img_pub
Rubriques

Les riches sont rarement modestes

On a beaucoup raillé David Brooks, pour avoir suggéré dans un récent article au New York Times, que les riches devraient "respecter un code de bienséance" et ne pas vivre le style de vie somptueux qu'ils peuvent se permettre. Je ne tiens pas à participer à cette raillerie générale à son égard; je vais plutôt parler un peu de l'économie de l'étalage de la richesse.  

Le 23 octobre 2014 à 11h13

La première chose à dire est que, s’attendre à ce qu’un riche ne fasse pas étalage de sa richesse relève, bien sûr, de l’irréalisme. Si vous avez le sentiment que dans les années 1950 et 1960, les riches étaient plus discrets, eh bien, c'est parce qu'ils n'étaient pas aussi riches que ceux d’aujourd’hui. Ni dans l’absolu, ni relativement. La dernière fois que notre société était aussi inégale qu’aujourd'hui, la consommation du luxe (les grands manoirs, les yachts…) était tout autant ostentatoire - il y a bien une raison pour que Mark Twain appelle cette période, l'âge d'or.

De plus, pour beaucoup de riches, tout tourne autour de l’exhibition. Vivre dans une demeure de 3.000 m2 n'est pas beaucoup plus agréable que d’habiter dans une maison de 500 m2. Il y a bien, je crois, des personnes qui savent apprécier une bouteille de vin de 350 dollars, ce n’est pas le cas de la plupart des gens qui l’achètent et qui ne remarqueraient même pas sa différence avec une bouteille de 20 dollars, ou peut-être même une achetée de chez Trader Joe’s. Même l’intérêt que l’on porte pour les vêtements couteux est lié aufait que d'autres personnes ne puissent pas se les offrir. Donc, il s’agit en grande partie d’une question d’étalage - comme le sociologue et économiste Thorstein Veblen pourrait bien vous l’avoir dit.

Le "code de bienséance" réduirait le plaisir de l’étalage

Pourquoi s’intéresse-t-on à l’affichage de richesse, plutôt qu’à la taxation sur une partie des revenus ? Vous pourriez dire que les impôts réduisent l’envie de devenir riche; mais c’est aussi le cas des lois somptuaires qui sanctionnent l’enrichissement. Donc, en fait, le "code de bienséance" réduirait le plaisir de l’étalage (auquel beaucoup de personnes aspirent et pour lequel on dépenserait des tonnes d'argent).

Plus que ça. Si vous pensez que c'est mauvais pour la société d'avoir des gens qui étalent leur relative richesse, c’est que vous avez, en effet, accepté l'idée que la grande richesse génère des externalités négatives pour le reste de la population– ce qui est un argument en faveur de l'imposition progressive qui va au-delà de la maximisation du chiffre d'affaires.

Et encore une chose : Pensez à tout ce que cela peut révéler sur la croissance économique. Depuis les années 1980, le pays a connu une expansion économique considérable, mais qui n’a profité qu’aux plus riches, pour qui l'utilité marginale par dollar dépensé est non seulement faible, mais qui de plus repose sur un jeu de concurrence à somme nulle. Ainsi, une grande partie de notre croissance économique n'aura finalement servi à rien. Sauf à accélérer la course effrénée vers les revenus élevés.

Maintenant, il est temps pour moi de prendre le chemin du bureau, à pied et en transports publics, où je vais jubiler de ma supériorité morale et railler ceux qui n'ont pas gagné autant de distinctions académiques que moi. Oh, attendez …

Traduit de l'anglais par Raja Khabcheche

© 2014 Le New York Times

Par Rédaction Medias24
Le 23 octobre 2014 à 11h13

à lire aussi

Casablanca-Settat. Le modèle d’attractivité du poumon économique du Royaume touche-t-il à sa limite ?
ECONOMIE

Article : Casablanca-Settat. Le modèle d’attractivité du poumon économique du Royaume touche-t-il à sa limite ?

Concentration des richesses, saturation foncière, essor rapide des périphéries et décrochage de certains territoires : une étude présentée le 20 avril 2026 met en évidence les déséquilibres croissants de la région et appelle à un basculement vers un modèle de développement plus équilibré et multipolaire. Détails.

Seafood Expo Global : Rio de Oro change de cap et lance une offensive stratégique sur le marché marocain
Entreprises

Article : Seafood Expo Global : Rio de Oro change de cap et lance une offensive stratégique sur le marché marocain

À Barcelone, le groupe a dévoilé le rebranding de ses marques "Abha" et "Palomar", avec l’ambition de mieux segmenter son offre et capter une demande locale en forte évolution.

Marine royale. Ce que cache réellement la piste des sous-marins sud-coréens
Defense

Article : Marine royale. Ce que cache réellement la piste des sous-marins sud-coréens

Face à la montée des tensions régionales et à l'importance vitale du Détroit de Gibraltar, le Maroc prépare-t-il sa mue sous-marine ? Si un document financier sud-coréen évoque l’horizon 2027 pour la vente de trois submersibles, la réalité des contrats de défense impose la prudence.

SIAM 2026. Un rebond agricole tiré par la production et la croissance du PIB agricole
AGRICULTURE

Article : SIAM 2026. Un rebond agricole tiré par la production et la croissance du PIB agricole

L’ouverture de la 18ᵉ édition du Salon international de l'agriculture au Maroc (SIAM) 2026 acte un net redressement de l’agriculture. Portée par un retour des pluies et des indicateurs en forte amélioration, la campagne 2025-2026 s’annonce sous de meilleurs auspices, avec une production céréalière attendue à 90 millions de quintaux et une hausse du PIB agricole estimée à 15%.

Exclusive excerpt. In the corridors of the Interior Ministry, the night the autonomy plan was born
CULTURE

Article : Exclusive excerpt. In the corridors of the Interior Ministry, the night the autonomy plan was born

In "Morocco, the Challenge of Power", published this week by Le Cherche Midi, Abdelmalek Alaoui retraces 70 years of Moroccan state-building. From independence to the post-Covid reordering of the world, the president of the Moroccan Institute of Strategic Intelligence deciphers what he calls “the Morocco code” — the implicit grammar that has enabled the kingdom to establish itself as a regional power. Médias24 is publishing an exclusive excerpt devoted to a pivotal moment: the spring of 2007, when, inside an Interior Ministry turned into a war room, jurists, diplomats and technicians crafted, word by word, the autonomy plan for the Sahara — the document that would redefine the terms of the conflict before the United Nations.

Bonnes feuilles. Dans les couloirs du ministère de l'Intérieur, la nuit où le plan d'autonomie est né
CULTURE

Article : Bonnes feuilles. Dans les couloirs du ministère de l'Intérieur, la nuit où le plan d'autonomie est né

Dans "Maroc, le défi de la puissance", qui paraît cette semaine au Cherche Midi, Abdelmalek Alaoui retrace 70 ans de construction d'un État. De l'indépendance aux recompositions post-Covid, le président de l'Institut marocain d'intelligence stratégique déchiffre ce qu'il appelle "le code Maroc" — cette grammaire implicite qui a permis au royaume de s'imposer comme puissance régionale. Médias24 publie les bonnes feuilles consacrées à un moment charnière : le printemps 2007, lorsque dans les bureaux du ministère de l'Intérieur transformé en quartier général, juristes, diplomates et techniciens ont fabriqué, mot par mot, le plan d'autonomie pour le Sahara - le document qui allait redéfinir les termes du conflit devant les Nations unies.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité