Les ultimatums réduisent les chances de paix
À coups d’ultimatums successifs, Donald Trump tente de contraindre l’Iran à rouvrir le détroit d’Ormuz, au risque d’accentuer les tensions dans une région déjà sous haute pression. Derrière cette stratégie, un rapport de force assumé qui interroge sur l’efficacité de la diplomatie américaine face à un adversaire déterminé à ne pas céder.
À trois reprises ces derniers jours, le président américain Donald Trump a lancé des ultimatums à l’Iran pour qu’il rouvre le détroit d’Ormuz au commerce mondial.
Le premier a fixé à Téhéran quarante-huit heures de répit, le second a fait mieux en prolongeant la trêve à cinq jours. Puis ce jeudi 26 mars, il a encore récidivé en ajoutant dix jours. En cas de refus, menace Trump, les forces américaines lanceraient de nouvelles attaques contre les installations énergétiques iraniennes. Entre temps Washington avait soumis un plan de paix de quinze points exigeant de l’Iran l’abandon de son programme nucléaire, la remise de son stock d'uranium enrichi, et l’arrêt de son soutien aux groupes armés dans la région.
Comme on pouvait s’y attendre, les autorités iraniennes ont rejeté les ultimatums américains, et nié toute négociation avec Washington sur ces nouvelles propositions. La raison de ce rejet est simple, cette vieille civilisation est fière et fonctionne différemment. Elle considère qu’elle a été injustement attaquée par la coalition américaine pour mettre la main sur toute la région et ses richesses.
Ce n’est pas la première fois que le président Trump fait usage d’ultimatums excessifs, avant de proposer un recours moins douloureux. Il a usé par le passé de cette démarche avec ses alliés comme avec ses adversaires. C’est dans son ADN, et son récent plan de paix proposé à l’Iran en est la meilleure preuve. Mais dans une région aussi inflammable que le Moyen-Orient, Trump préfère faire usage d’ultimatums et de menaces, en lieu et place de la diplomatie et du dialogue.
Au lieu d’offrir de vraies perspectives de paix, ces ultimatums traduisent en réalité un rapport de forces qui s’ajoute aux fracas de la guerre. Ils trahissent l’incapacité de Trump à résoudre pacifiquement la crise avec l’Iran qui a déjà de graves conséquences sur tout le Moyen-Orient et sur l’économie mondiale. On se rappelle de ses multiples ultimatums lancés contre la Russie, et de ce qui en est advenu. En juillet dernier, il avait lancé un ultimatum de 50 jours à Moscou pour parvenir à une paix immédiate avec l’Ukraine, puis ce délai a été réduit à 12 jours, mais qui s’en souvient encore ? Poutine continue allègrement sa guerre en Ukraine sans se soucier des injonctions de l’Américain. Mieux encore, Trump se prévaut de son amitié avec Poutine, et leurs liens n’ont jamais été rompus malgré toutes les menaces.
On peut comprendre qu’en temps de guerre, un ultimatum peut constituer un outil diplomatique et stratégique pour arriver à une paix raisonnable. Mais dans la guerre en cours qui oppose les Etats-Unis et Israël à l’Iran, les objectifs n’ont jamais été aussi flous et contradictoires. D’un côté Israël souhaite détruire les installations militaires, et remplacer tout bonnement le régime iranien dans un pays dont la population avoisine les 100 millions d’âmes. De l’autre, Washington se limiterait à réduire le danger nucléaire de l’Iran, et affaiblir ses capacités offensives sans toucher pour autant à son architecture politique.
En règle général un ultimatum précède la guerre pour l’éviter et donner une chance à une résolution pacifique du différend. Or dans la guerre contre l’Iran, le recours à cet instrument est, à l’inverse, actionné pour donner du répit aux combats, et obtenir des concessions, comme l’ouverture du détroit d’Ormuz. En principe on fait donc usage d’un ultimatum quand toutes les options pacifiques sont épuisées, et que seule la guerre demeure l’unique et la dernière issue. L’ultimatum est la dernière mise en demeure adressée à un adversaire, avant qu’une action militaire conséquente ne soit menée.
L’ultimatum sert alors à mettre la pression maximale pour imposer aux belligérants un choix binaire, soit céder ou subir les conséquences de son entêtement. Il peut servir dans certains cas à encadrer l’escalade, en fixant des conditions claires, avant de passer à une action plus coercitive. On se rappelle dans ce cas des ultimatums adressés par le président russe Poutine à l’Occident pour mettre fin à l’élargissement de l’OTAN, avant son invasion de l’Ukraine en 2022. De même ceux du président George Bush à Saddam Hussein en 2003, le sommant de quitter le pouvoir sous quarante-huit heures avant de l’attaquer. L’ultimatum n’est pas simplement une arme politique, il est aussi un instrument psychologique pour démoraliser l’adversaire et obtenir de lui plus de concessions.
Cependant dans le langage du président Trump l’usage excessif des ultimatums est devenu si fréquent qu’il perd de sa crédibilité. Il l’a d’abord exercé contre ses propres alliés européens comme sur ses adversaires, en voulant conquérir leurs territoires, ou en taxant abusivement leurs exportations. Cela s’est mué chez lui en un rituel qu’il déploie dès qu’on lui montre de la résistance, ou alors quand on défie son pouvoir. Dans les faits, l’ultimatum chez Trump est rarement un dernier avertissement. Il est le commencement d’une nouvelle étape, une brève escale dans le marchandage auquel cet homme d’affaires est habitué.
Le plus humiliant dans la démarche de Trump à l’égard de l’Iran c’est qu’il s’est résolu enfin à appeler ses alliés Européens à venir à la rescousse pour assurer la libre circulation maritime dans le détroit d’Ormuz. Après les avoir longtemps méprisés et menacés par d’autres ultimatums, le voilà en train de les supplier pour lui porter secours, et partager le fardeau de cette guerre que les Européens n’ont pas initiée. Il s’est même, et maladroitement, permis de critiquer leur manque d’enthousiasme et d’engouement pour s’engager rapidement dans cette bataille dont ils subissent de plein fouet les conséquences économiques.
Trump fait semblant d’ignorer que cette guerre a été pensée et exécutée secrètement entre lui et le Premier-ministre Israélien, et que les Européens n’en étaient pas informés. Dès le déclenchement des hostilités, tous les responsables politiques du vieux continent ont demandé l’arrêt immédiat de ces frappes illégales aux yeux du droit international. Ils ont exigé, mais en vain, le retour à la table de négociation, au dialogue et à la désescalade, mais n’ont obtenu que rejet et dédain. Le Français Macron a demandé un moratoire aux hostilités, le Britannique Starmer a condamné des frappes choquantes, et exigé une sortie rapide de cette guerre. Quant au Chancelier Allemand Merz, il a lui aussi prôné l’arrêt immédiat des combats.
Les Européens sont pris entre deux guerres qu’ils n’ont pas choisies. L’une menaçante et déstabilisante en Ukraine, et l’autre contre l’Iran qui leur coûte chère parce qu’elle touche aux matières énergétiques et aux marchés. Ils assistent passivement, contemplant en spectateurs impuissants, des guerres qu’Israéliens et Américains leur imposent et qu’ils n’ont pas voulues. Après avoir marqué leur refus de cette confrontation contre l’Iran, ils cherchent maintenant à jouer un rôle de second rang dans sa résolution. Ils agissent ainsi pour ne pas froisser Washington, se contentant de surveiller le détroit d’Ormuz. Ce comportement en dit long sur leur passivité et leur forme de soumission à Trump, dont ils redoutent les remontrances et les colères.
C’est sans doute pour cette raison que le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a pris la parole au nom de tous les Européens pour dire qu’il est confiant dans la possibilité de trouver une voie pour débloquer en premier lieu le détroit d’Ormuz. Avant, ajoutait-il, de trouver une issue pacifique à la guerre que les Etats-Unis et Israël mènent à l’Iran. L’administration Trump a fait savoir aux Européens que ce sont eux qui bénéficient le plus des exportations énergétiques qui passent par le détroit. Et ce sont donc eux qui devraient prendre en charge la libre circulation maritime pour assurer leurs besoins en matières énergétiques, et non les Américains.
Dans la guerre que livrent les Etats-Unis et Israël à l’Iran, les ultimatums ne sont pas que ceux qu’on annonce publiquement. Ils prennent plusieurs formes différentes comme les sanctions économiques, les lignes rouges qu’il ne faut jamais transgresser, et toutes les autres démonstrations de force pour imposer, par la contrainte, des nouvelles réalités. Par définition, un ultimatum repose sur un pari risqué, celui de voir l’adversaire céder en premier, ce qui est rarement acquis. Car, lorsque les enjeux sont existentiels et concernent la souveraineté d’un Etat, céder à l’ennemi devient politiquement suicidaire. L’ultimatum produit dans ce cas l’effet inverse de celui recherché. Il durcit les positions, réduit l’espace de négociation, et rend la confrontation l’unique recours qui reste aux belligérants.
C’est dans cette perspective qu’il faudrait appréhender le plan de paix de quinze points que Trump vient de soumettre à l’Iran. Ce n’est pas encore un document officiel, ni un accord conclu, mais un ensemble d’exigences extrêmement dures qui s’apparentent plus à un autre ultimatum qu’à un plan de paix. Autrement dit, on cherche par ces nouvelles contraintes à imposer aux Iraniens de renoncer à toute ambition nucléaire, de limiter les missiles balistiques, d’arrêter le soutien aux groupes armés de la région, et de garantir en sus la sécurité du détroit d’Ormuz. En échange, le plan propose une levée des sanctions sous conditions strictes. Trump a-t-il proposé un plan de paix ou alors un plan de reddition et de capitulation ?
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