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L’extrême-droite aux Pays-Bas, gouverner c’est composer

Il n’y a qu’en France où l’extrême-droite exige l’obtention d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale pour gouverner le pays. Partout ailleurs en Europe, l’extrême-droite compose avec les autres partis pour former des coalitions viables comme en Italie, Hongrie ou Slovaquie. Aux Pays-Bas, le parti extrémiste PVV de Geert Wilders arrivé premier, a lâché du lest pour constituer une coalition qui puisse diriger le pays pour les quatre années à venir. Faute d’une majorité confortable, ce parti était contraint de composer avec trois autres partis de centre droit pour former un nouveau gouvernement.

Le 5 juillet 2024 à 14h36

Les négociations pour constituer cette équipe ont été longues et ardues. Ces difficultés étaient à l’évidence prévisibles entre quatre partis de l’extrême-droite et de la droite néerlandaises. Le premier parti arrivé en tête, le PVV de l’islamophobe Geert Wilders, disposait de 37 sièges sur 150 suite aux élections de novembre dernier. Il devait par conséquent composer avec des partis de droite et du centre pour former un gouvernement. Une entente a été trouvée avec le VVD du centre-droit de l’ancien Premier-ministre Mark Rutte, le Nouveau Contrat Social, NSC centriste, et le parti pro-agriculteurs le BBB.

C’est cette coalition hétéroclite qui a permis d’aboutir à un accord pour doter le pays d’un nouveau gouvernement qui puisse assurer une stabilité pendant ces moments de crise que traverse non seulement le pays, mais toute l’Europe. Wilders, qui ne faisant pas l’unanimité sur lui, avait renoncé au poste de Premier-ministre en mars dernier après l’avoir réclamé et tenté de l’imposer. Son retrait de la course, au même titre que les chefs des autres partis, a été sans doute la condition pour donner une chance à la formation de cette coalition.

Il fallait trouver une personnalité conciliante, et non clivante comme l’est Wilders, pour diriger cette équipe. On avait pensé à un moment à l’ancien ministre de l’enseignement, puis de l’intérieur, Ronald Plastrek membre du parti de gauche travailliste PvdA pour diriger ce gouvernement. Si Wilders avait donné son aval à cette nomination, c’est que Plastrek avait à plusieurs reprises exprimé des positions proches de lui. Après plusieurs délibérations, les chefs des quatre partis se sont mis d’accord sur Dick Schoof comme nouveau Premier-ministre.

Le choix de Schoof pour remplacer Mark Rutte est significatif à plusieurs égards. Schoof est un haut fonctionnaire non-partisan. Il était le chef des renseignements, efficace et discret mais peu connu du grand public. Dès sa nomination, il affirma sa détermination à mettre en œuvre le programme du nouveau gouvernement et principalement la politique d’admission en matière d’asile qui sera, selon lui, la plus stricte jamais menée dans le pays.

Sur les quinze ministères qu’il dirigera, cinq reviendront au parti de Wilders PVV dont, à l’évidence, le département Asile et Migrations, et le commerce extérieur qui reviennent à Marjolein Faber et Reinette Klever, deux adeptes notoires de la théorie du remplacement. Le parti de la ruralité BBB prend en charge l’agriculture, le VDD libéral conservateur se charge de la Finance. Le NSC centre droit créé juste l’année dernière prendra les rênes des affaires étrangères et de l’éducation nationale.

Kaspar Veldkamp, nommé à la tête de la diplomatie, est âgé de soixante ans et traine derrière lui une solide et large expérience en diplomatie. Il était directeur de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, et a passé de longs séjours dans les ambassades stratégiques en Grèce, Israël, Etats-Unis mais aussi à Bruxelles au sein de l’UE. Une Marocaine, Nora Achahbar, ancienne procureure et membre de NSC, a été nommée secrétaire d’État aux allocations familiales.

À peine installé, ce gouvernement de coalition fait déjà face à une grande polémique. Le chef de l’Alliance politique de gauche annonçait qu’il déposerait une motion de défiance visant les ministres du parti d’extrême-droite, Reinette Klever et Marjolein Faber, pour avoir propagé des théories du complot et proféré des injures racistes. Le député Frans Timmermans, ancien diplomate et commissaire européen pour le climat et membre du parti travailliste, a attaqué sévèrement ces deux responsables les qualifiant de cheval de Troie au cœur de l’Etat de droit.

Pour éviter les couacs et maintenir son unité, la coalition a rédigé une charte dans laquelle sont inscrites les réformes à mener et dont le gouvernement devrait tenir compte. Sa rédaction et les idées retenues ont demandé des semaines d’âpres négociations pour arriver à des compromis et à l’établissement d’un programme commun. Les quatre partis ont voulu ainsi éviter les dérapages et les divisions au sein de la coalition, ou des contestations et rappels à l’ordre de la part de l’Union européenne.

À la lecture de ce programme, le premier principe sur lequel les partis se sont mis d’accord est évidemment de restreindre le droit d’asile et l’immigration. Des dispositions concrètes seront prises pour aller vers des règlementations strictes en matière d’asile, et des mesures drastiques pour mieux contrôler l’immigration. Selon le rapport établi, les flux migratoires exercent une pression sur le logement, les soins de santé, l’éducation, les ressources financières et la cohésion sociale.

Le gouvernement compte prendre de nouvelles initiatives qui comprennent des procédures d’admission plus strictes pour dissuader les nouvelles arrivées, l’expulsion forcée des personnes sans permis de séjour valide, et le retour immédiat chez eux des migrants irréguliers. Toutes ces mesures risquent de déplaire aux instances de l’Union-européenne qui viennent de voter en avril dernier le Pacte pour la migration et l’asile. On ne voit pas comment Bruxelles pourrait autoriser La Haye à renier cet accord qui engage l’ensemble des membres de l’Union, et qui réitère l’obligation de respecter les droits humains des migrants.

Pour parer à tout rejet de la part de Bruxelles, le gouvernement compte obtenir des dérogations à l’UE pour appliquer cette politique mais, admet Geert Wilders, cela serait difficile. Sur le chapitre économique, la nouvelle équipe inscrit sa politique dans un schéma libéral avec comme objectif, et à titre d’exemple, la réduction des taxes pour relancer la croissance, et la construction de quatre nouvelles centrales nucléaires au lieu de deux préconisées par l’ancien gouvernement.

En matière de politique étrangère, la coalition continuera à assurer l’Ukraine de son soutien politique, militaire, financier et moral. Sur ce point, les médias ont révélé que Geert Wilders a émis certaines réserves concernant ce sujet où il semble moins enthousiasmé. Quant aux rapports avec l’Union Européenne, la coalition a affiché son opposition à toute nouvelle adhésion, et compte même diminuer sa participation au budget de l’UE. Cependant ce qui retient le plus l’attention c’est la volonté clairement affichée de ce gouvernement de transférer l’ambassade des Pays-Bas de Tel Aviv vers Jérusalem.

Toutes les idées annoncées dans le programme gouvernemental ont suscité bien des interrogations au sein de la classe politique néerlandaise en général, et plus particulièrement chez les partis d’opposition qui affutent déjà leurs armes pour contrer cette politique. Cette dernière se demande déjà comment le nouveau gouvernement peut-il se mettre à dos l’UE sur plusieurs dossiers, dont l’immigration, et risque par ailleurs de se mettre en porte à faux avec la légalité internationale concernant le transfert de l’ambassade vers la ville d’Al-Quds.

Face à toutes les difficultés qui s’annoncent, le nouveau Premier-ministre Dick Schoof a montré sa fermeté face à tous les partis de la coalition, à commencer par le chef du parti extrémiste PVV. Je suis sans parti, et je ne me vois pas être tenu en laisse par Wilders, a-t-il affirmé. Schoof, grand amateur de marathon qu’il est, usera sans doute toutes ses capacités d’endurance pour affirmer son autorité, tout en maintenant une entente entre les composantes de cette coalition enfantée dans la douleur. Mais pourra-t-il contrôler tous les conflits idéologiques qui ne tarderont pas à apparaitre entre les membres de cette coalition hétérogène, et à neutraliser surtout l’électron libre qu’est Wilders ?

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