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L’hommage comme exercice d’admiration

De Paris à Rabat, auteurs et éditeurs ont été célébrés avec ferveur, entre hommage aux figures majeures du patrimoine littéraire et reconnaissance d’écrivains encore trop méconnus.

Le 28 avril 2025 à 15h00

Les étoiles se sont alignées en ce mois d’avril, lequel a été une période propice pour le livre et l’édition marocaine tant à Paris qu’à Rabat. En effet, à quelques jours d’intervalle, auteurs et éditeurs marocains ont été célébrés, d’abord comme invités d’honneur au Festival du livre à Paris, puis au Salon international de l’édition et du livre dans la capitale du Royaume.

C’est une occasion si rare qu’on ne peut que s’en réjouir et mesurer sa portée quand on sait le chemin parcouru par l’édition au Maroc et l’absence de reconnaissance longtemps subie par les auteurs des années durant. Certes, il reste encore du chemin à parcourir et, en matière d’édition, bien des maillons demeurent absents ou à parfaire dans la chaîne du livre. Mais ne boudons pas ces deux moments de plaisir où la lecture de la production intellectuelle locale a été fêtée et les noms et les œuvres des auteurs marocains dignement célébrés et généreusement évoqués.

Le plaisir de lire n’est pas onéreux, quoiqu’on en dise, et celui d’écrire est une autre manière de le prolonger. Mais la rencontre, lors de salons ou de festivals, entre le lecteur et l’auteur est un moment de bonheur pour les deux. C’est à la manifestation de ce bonheur que l’on assiste, lorsque, se promenant entre les travées de ces lieux de savoir jonchés de livres, on observe ceux qui lisent et ceux qui écrivent, discutant et échangeant ; ou lorsque tel auteur plus ou moins célèbre appose sa signature sur la page de garde blanche précédée du nom du lecteur quidam. L’auteur et son lecteur scellent un lien comme on scelle un pacte confraternel. Et peut-être un jour cet inconnu qui lit et cet auteur qui écrit se rencontreront et le second lira ce que le premier écrira. "On va ainsi de la lecture à l’écriture comme vers deux façons complémentaires de cultiver les lettres", dit l’écrivain et grand lecteur Maxime Cohen dans "Promenades sous la lune".

Les deux manifestations éditoriales, à Paris comme à Rabat, ont constitué aussi une belle opportunité pour rendre un hommage appuyé aux grands écrivains et poètes disparus et souvent oubliés, mais également à des auteurs de talent toujours en vie mais injustement méconnus ou peu lus par le plus grand nombre. Le Maroc en compte un certain nombre et de talent, les uns ayant résidé à l’étranger dans un exil choisi ou forcé, d’autres vivant dans le pays ou circulant librement entre l’exil et le Royaume. Entre deux rives, entre deux rêves.

C’est à deux d’entre ceux-là, et à bien d’autres, que le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) a tenu à rendre de vibrants hommages dans les deux manifestations à Paris comme à Rabat. Le hasard a voulu que l’on me propose de présenter deux rencontres, l’une au Festival du livre au Grand Palais à Paris dédiée au poète et écrivain disparu Mohammed Khaïr-Eddine ; et, à une semaine d’intervalle, une autre au SIEL à Rabat consacrée à Abdallah Bonfour, écrivain, professeur émérite et chercheur à l’Institut national des langues et civilisations orientales de Paris (INALCO).

A Paris, c’est l’écrivain et philosophe Olivier Mongin, ancien directeur de la revue "Esprit" qui a apporté un beau témoignage personnel sur sa rencontre dans les années 70 avec Mohammed Khaïr-Eddine lorsque ce dernier collaborait avec cette publication. Cette rencontre a compris aussi une lecture de Mustapha Bencheikh, professeur d’université et ancien doyen, dans laquelle il a analysé un livre posthume sous forme de journal intime, "On ne met pas un tel oiseau en cage", qui a été édité par son premier éditeur en France, William Blake &Co.

Ce fut donc avec une grande émotion que la vie et l’œuvre de ce grand poète ont été évoquées sous la belle verrière du Grand Palais à Paris, cette ville où son parcours erratique et tourmenté a commencé après son exil choisi.

Il y a 25 ans donc, Khaïr- Eddine nous quittait, laissant derrière lui une œuvre au souffle rare, incandescente et irréductible. De "Agadir", son premier roman paru en 1967, jusqu’à ses dernières publications, il n’a cessé d’écrire à la pointe de la langue et toujours là où la poésie bouscule l’histoire et la mémoire.

Salué par Sedar-Seghor, admiré part Sartre, Beckett et tant d’autres, il écrivait comme on se bat, avec les armes d’un verbe libre ancré dans la terre amazigh et tendu vers l’universel. Son ami et éditeur, le poète Jean Orizet, l’évoque et résume ainsi dans la préface de "Mémorial" paru en 1991 : "On a écrit à son propos que sa poésie doit autant à Rimbaud qu’au surréalisme et au fond culturel maghrébin. C’est vrai qu’elle a de Rimbaud la révolte, du surréalisme l’explosion d’images et de la culture maghrébine les racines".

Une reconnaissance "rare"

Comme dans ce pays on ne rend pas assez hommage aux vivants -et ce qui est bien dommage- c’est dans un tout autre registre et en sa présence qu’un autre auteur-chercheur dans les langues et cultures amazighes, Abdallah Bonfour, a été honoré par le CCME dans le cadre des rencontres et activités qu’il a organisées au Salon du livre à Rabat.

Amis, collègues et disciples ont évoqué des pans de la vie et de l’œuvre protéiforme de Abdallah Bonfour. Ce dernier a consacré la sienne à l’étude rigoureuse des langues et cultures amazighes, tant au Maroc qu’au Maghreb. Docteur en linguistique de la Sorbonne- (ayant soutenu sa thèse sous la direction de Roland Barthes)- puis agrégé d’arabe, il a enseigné à l’université Mohammed V de Rabat avant de s’installer en France pour enseigner à Bordeaux. Plus tard, il va rejoindre et enseigner à l’Institut national des langues et civilisations orientales (NALCO) à Paris, où il a dirigé le Centre de recherches berbères et le laboratoire Langues et cultures du Nord de l’Afrique et diasporas (LACNAD).

Les six intervenants, amis ou collègues universitaires de Bonfour (Khadija Mouhsine, Abdelghani Abou el Azm, Fouad Bellamine, Mohamed Sghir Janjar, Hassan Wahbi et Salem Chaker) ont mis l’accent sur la rigueur scientifique et l’engagement de son œuvre pour la reconnaissance de la culture amazigh, ainsi que sur son sens de l’amitié et son humanité. Son œuvre scientifique est en effet marquée, comme l’ont souligné tous les intervenants, par l’exigence intellectuelle et la profondeur analytique, et elle a grandement contribué à l’institutionnalisation des études amazighes. Mais Bonfour est aussi poète et critique d’art, milieu où il a évolué et tissé des liens d’amitié et de complicité artistique avec nombre d’artistes plasticiens, gens de théâtre et poètes, dont Mohammed Khaïr-Eddine qu’il a connu et fréquenté après le retour au Maroc de ce dernier en 1979.

Finalement, que reste-t-il au modérateur à dire d’autre ou de plus à propos de ces deux auteurs auxquels ces rencontres ont été dédiées, lorsqu’il a lui-même bien connu et fréquenté les deux et à la même époque ? Un modérateur est là pour présenter une rencontre, distribuer la parole et veiller à la durée de celle-ci. Voire, lors d’un débat conflictuel, tempérer ce qu’il pourrait y avoir d’excessif.

S’agissant d’un hommage, le terme est inapproprié. Cependant, comment modérer un témoignage amical, canaliser un débordement d’affection ou freiner un élogieux exercice d’admiration ? Mais c’est le modérateur, puisqu’ami et lecteur des deux personnes honorées, qui s’est automodéré pour rester dans son rôle, renonçant ainsi à l’exercice d’admiration pour celui d’information.

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Le 28 avril 2025 à 15h00

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