Liberté et modernité: un débat émotionnel sans fondement rationnel
L’imbrication de plusieurs faits de l’ordre quasiment de l’insignifiant, ou du simple détail pour dire les choses assez rapidement, a fini par prendre ces derniers temps la dimension d’événements sociaux. Nous en avons l’illustration, par exemple, dans les discussions houleuses suscitées autour du film "zin li fik", la manifestation "Femen", "les jupes des deux filles d'inzgan", "l'homosexuel de Fès ", etc.
Ces discussions se sont orientées dans deux directions.
L'une est détractrice, réfutant absolument toute sorte de compromis.
L'autre prenant plutôt le parti de la défense des thèses des libertés individuelles et de la modernité.
Dans les deux cas, ce qui est frappant c’est l’intérêt porté aux détails, à des faits ponctuels. Mais s’ils nous intéressent ici, c’est parce qu’ils se sont interagis pour marquer un moment social distinct. D'où le besoin d'en faire une approche scientifique, en s'octroyant des outils de réflexion efficients. Car il est de la plus haute importance de déchiffrer les signes de notre quotidienneté dont personne n’ignore la complexité; ce qui constitue une clé utile pour pouvoir prospecter d’une certaine manière le devenir social et politique de notre pays.
Demeurer passif devant " le bouillonnement "de ce type de détails, sans les traiter en profondeur, veut dire faire perdre pour le Maroc, aux plans sécuritaire et politique,l'opportunité de maîtriser les risques et les dérives qui peuvent en résulter, et qui peuvent même compromettre le "vivre ensemble" dans notre société.
L'histoire de l'anthropologie nous enseigne que l'exclusion de ces «détails», tels qu’ils apparaissent et se développent dans telle ou telle société, peuvent générer des dynamiques endogènes indésirables. En fait, l'extension accélérée des «détails», au centre ou à la périphérie, finit par s'autodéterminer et susciter une dynamique à même d’exercer une emprise sur l’imaginaire des gens. Le plus grave est qu’ils peuvent être instrumentalisés et constituer une source de force parallèle à l'Etat.
En ce sens que certains peuvent en faire un usage à portée de main pour prêcher des discours d'ordre politique, ou d'ordre religieux ou ethnique.
L'angle d'attaque de ces discours consiste à trouver des brèches dans l'union nationale et dans le compromis socio-culturel et historique, pour semer le doute et déséquilibrer la stabilité politique et institutionnelle du pays.
Par conséquent, ils se donnent le droit, sur la base de leur idéologie, de forger des lois internes différentes de celles instituées par l’Etat. C’est le cas par exemple des groupes "jihadistes", afin de légitimer spirituellement leur présence et crédibiliser intellectuellement leur fait d'agir.
"L'homme complet"
Parmi les éléments facilitateurs de ce genre de dérive, on peut citer:
1-La focalisation uniforme de l'Etat sur l'approche techniciste pour le développement économique et social (le capital matériel), en dénigrant le capital immatériel qui est le socle incontournable pour tout développement humain.
"L'homme émotionnel ", ou "L'homme culturel", constitue, rappelons-le, l'essence de tout changement, de toute remise en cause de l'histoire et de la société. La raison et l'émotionnel vont ensemble pour forger "L'hommos", ou ce qu'on appelle "L'homme complet".
L'érosion du capital immatériel provoquée par l'incurie de l 'Etat, et dont bénéficient les tendances déstabilisantes, entraîne la croissance et le clonage des détails, qui finissent par se transformer en événements sociaux démesurés.
2-L'emportement de l'opinion publique par ces «détails», dans un débat émotionnel et sans fondement rationnel, sans distance critique vis- à-vis des grands slogans des libertés individuelles, porte préjudice à l'implantation souhaitée de la modernité demandée. Tout le problème est donc de savoir comment être en phase avec la légitimité culturelle et historique de notre société profonde.
Les deux orientations relevées plus haut, en occultant cette question, constituent un blocage majeur quant à l'implémentation effective de la modernité et des libertés individuelles au sein de notre société. Sachant que liberté individuelle et respect de l’Etat de droit sont intimement liés. Aucune force n’a le droit de substituer à cet Etat pour juger et condamner.
La question qui se pose alors avec acuité est comment être en conformité avec notre spécificité pour que la modernité, les libertés individuelles, soient la résultante d'un processus structuré de transformations et de mutations sociales vers la stabilité et le bien-être des Marocains?
C'est à partir de cette question que le débat public doit prendre forme. Et à partir de cette question qu'il faut revisiter les réactions enthousiasmantes par apport aux demandes exacerbées des libertés individuelles qui basculent vers le tort de l'extrémisme.
L'hypertrophie des «détails sociaux» mutés en événements sociaux, sans contrôle et sans maîtrise politique, sécuritaire et spirituelle ne conduit que vers un manichéisme aveugle, vers une nouvelle génération de l'extrémisme qui guette notre stabilité et notre devenir et notre vivre en commun.
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