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L'impératif de l'inclusion sociale et économique

WASHINGTON, DC – De grands progrès ont été accomplis vers la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) depuis leur lancement en 2000. Malheureusement, de nombreux pays sont encore malgré tout loin de les atteindre. De plus, même dans les pays qui ont fait des progrès considérables, certains groupes – notamment les peuples autochtones, les habitants de bidonvilles ou de zones reculées, les minorités religieuses ou sexuelles et les personnes handicapées – restent exclus des progrès. Comme met en évidence un récent rapport de la Banque mondiale, en comprendre les raisons est essentiel pour veiller à ce que les futurs efforts de développement soient plus efficaces pour tous.  

Le 20 novembre 2014 à 10h29

L'exclusion sociale et économique n’est pas seulement un problème moral, elle est également extrêmement coûteuse. Un rapport de la Banque mondiale de 2010 sur l'exclusion des Roms des systèmes éducatifs et économiques en Europe avait estimé une perte de productivité annuelle de 172 millions de dollars au moins en Serbie, de 273 millions de dollars en République tchèque et de 660 millions de dollars en Roumanie (utilisant les taux de change d’avril 2010).

Les conséquences de l'exclusion

Ces pertes reflètent les conséquences profondes de l'exclusion. L'Organisation mondiale de la santé et la Banque mondiale ont trouvé que les enfants handicapés sont moins susceptibles d'entrer à l'école que leurs pairs non handicapés – et qu'ils sont également moins susceptibles de rester à l'école. En Indonésie, il y a un écart de 60% entre la part des enfants handicapés et non handicapés qui fréquentent l'école primaire et un écart de 58% pour l'enseignement secondaire. Les sentiments résultant de l'exclusion et de l'aliénation peuvent nuire à la cohésion sociale et même conduire à des troubles et des conflits.

Le programme de développement qui est en train d’émerger pour succéder aux OMD reflète une prise de conscience plus aiguë de l'importance critique de l'inclusion. Dans son rapport sur l'agenda post-2015, le Groupe de haut niveau de personnalités éminentes a mis en évidence l'inclusion, en précisant que «aucune personne – indépendamment de son origine ethnique, son appartenance sexuelle ou géographique, son handicap, sa race, ou toute autre situation – ne peut être privée des droits humains universels et d’opportunités économiques de base». Le prochain agenda du développement, est-il affirme, doit «mettre fin à la discrimination» et «lutter contre les causes de la pauvreté, l'exclusion et l'inégalité».

Dans ce contexte, il est peu surprenant que l'inclusion soit une pierre angulaire de la nouvelle proposition ambitieuse pour succéder aux OMD, les objectifs de développement durable (ODD) – à commencer par le processus de sélection des objectifs, dans lequel les pays en développement jouent un rôle de premier plan.

L'inclusion sociale et économique

Atteindre les objectifs d'inclusion sociale et économique ne sera pas facile. Les objectifs doivent être clairement définis, mesurables et réalisables, et ils doivent être soutenus par un suivi efficace, une évaluation et des cadres communs de reddition de comptes. En outre, un système doit être créé pour aider les pays à transformer les objectifs convenus au niveau mondial à l'Organisation des Nations Unies en mesures concrètes qui répondent à leurs circonstances économiques particulières et aux normes sociales locales.

À cette fin, le gouvernement du Mexique a organisé une série d'ateliers cette année, qui ont encouragé des représentants des gouvernements, des agences des Nations Unies, des banques multilatérales de développement et des universitaires à partager des visions, des bonnes pratiques et des méthodologies pour mettre en œuvre, évaluer et surveiller les objectifs inclusifs et durables. Ces discussions se sont fondées sur l'engagement de la communauté internationale pour lutter contre les causes structurelles de la pauvreté, des inégalités et de la dégradation de l'environnement.

L'inclusion sociale et économique se trouve au cœur des objectifs du Groupe de la Banque mondiale qui cherchent à éliminer l'extrême pauvreté et à stimuler une prospérité partagée. Après tout, ces objectifs ne pourront être atteints si les investissements de développement ne bénéficient pas à tout le monde ; assurer cela nécessitera un accent particulier sur les groupes qui ont depuis toujours été marginalisés. Voilà pourquoi le Groupe de la Banque mondiale a choisi l'égalité comme le thème central des Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international cette année.

Les politiques et les programmes qui visent une plus grande inclusion sociale ne font pas nécessairement plus ; il s’agit plutôt de faire les choses différemment. Grâce à une telle approche, l'Afrique du Sud a fait des progrès considérables, passant d’une ségrégation institutionnalisée à un idéal d'une «nation arc-en-ciel» en seulement deux décennies.

De même, le Bangladesh a avancé sur le thème de l’inclusion en élargissant la participation à son système de justice locale informelle, la shalish, qui était autrefois exclusif. Le projet de réduction de la pauvreté dans les Montagne du Nord du Vietnam, créé pour fournir de meilleurs services sociaux et des infrastructures durables aux pauvres villageois de la région, a démontré le rôle essentiel que les membres de communautés ethniques minoritaires peuvent jouer dans les initiatives de développement.

Enfin, le Projet d'éducation compensatoire pour le développement de tous les jeunes enfants du Mexique, axé sur l'expansion de l'accès aux services d’aide à la petite enfance et l'amélioration des résultats d'apprentissage dans les municipalités les plus marginalisées, a engagé une discussion avec les groupes exclus en vue d’identifier leurs besoins spécifiques. Par exemple, il prévoit une offre d’éducation bilingue, comme demandé par les parents autochtones.

Bien sûr, la conception d'un programme inclusif de développement post-2015 n’est que la première étape. Sa mise en œuvre nécessitera des politiques audacieuses et un renforcement de la coopération mondiale en vue de comprendre à la fois l'impact de l'inclusion et ses causes sous-jacentes.

En outre, les dirigeants mondiaux doivent appliquer les enseignements clés des OMD: des objectifs clairs, un financement adéquat et de meilleures données sont essentiels pour permettre des politiques fondées sur des preuves empiriques et pour contrôler leur efficacité dans le temps. Avec une telle approche, le prochain agenda de développement peut enfin faire en sorte que tous les groupes gagnent en termes d'opportunité économique et de progrès social.

Traduit de l’anglais par Timothée Demont

© Project Syndicate 1995–2014

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Le 20 novembre 2014 à 10h29

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