L’Iran et le baroud d’honneur
Sous la nouvelle présidence américaine, Israël a mené l’attaque dont il rêvait depuis des années : bombarder les sites nucléaires iraniens avec l’appui des États-Unis. Au-delà des destructions, l’opération a ravivé les tensions, fragilisé la région, et surtout banalisé la guerre hors cadre légal. La chronique d'Ahmed Faouzi.
A la fin du règne des démocrates en 2024, alors que l’armée israélienne continuait ses actes contre les civils palestiniens à Gaza, le président Joe Biden avait mis son veto à des frappes israéliennes contre les installations nucléaires iraniennes.
Dès l’arrivée de Donald Trump au début de cette année, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a réussi à le convaincre de l’autoriser à mener des opérations militaires contre les installations nucléaires iraniennes et d’y participer activement.
Dès le départ, l’objectif d’Israël se résumait à retarder, et non à anéantir, le programme nucléaire iranien. Pour effacer totalement la marche iranienne vers la bombe nucléaire, il lui aurait fallu mener des attaques terrestres, qui risquaient d’être longues et coûteuses. Certes, la suprématie militaire aérienne d’Israël a été totale et a fait la différence pendant cette confrontation qui a duré douze jours. Mais si les installations de surface, comme celles de Natanz et de Fordo, ont été détruites, et si des scientifiques furent assassinés, le savoir-faire iranien accumulé dans ce domaine reste protégé.
C’est en recourant à ces bombardiers furtifs que Trump est venu apporter son aide à Israël, tout en imposant par la suite un cessez-le-feu aux deux belligérants. Par ces avions capables de transporter des bombes de type GBU-57, dont chacune pèse quatorze tonnes, Washington a donné satisfaction à Netanyahou pour lui imposer par la suite l’arrêt des combats. Mais après ces frappes, personne ne peut affirmer catégoriquement si elles ont atteint leurs objectifs. Ce qui est cependant sûr, c’est que les installations ont été très endommagées, et qu’entre-temps, les Iraniens ont pu mettre à l’abri l’uranium enrichi.
Juste après son opération, Trump est apparu prêt pour clore cet épisode et éviter l’engrenage d’une guerre sans fin qui nuira incontestablement aux intérêts américains. Netanyahou voyait son appétit grandir et rêvait d’aller au-delà de la destruction des infrastructures nucléaires. Dans son envolée, et grisé par ce succès, il projetait l’assassinat du guide de la révolution islamique, et même un changement du régime.
Téhéran, qui tient comme à son habitude à des répliques symboliques, a informé Washington des missiles qui allaient tomber sur sa base militaire au Qatar afin d’éviter de faire des victimes. Ce fut l’ultime baroud d’honneur de l’Iran et la fin de cette séquence.
En mettant fin à ce conflit, Washington cherchait à éviter la détérioration de la situation régionale qui ne profitait qu’à ses adversaires, la Russie et la Chine. Trump sait que son attaque s’est déroulée en dehors de tout cadre légal et sans feu vert du Conseil de sécurité, et qu’il n’était dans l’intérêt de personne de la faire perpétuer.
Par contre, pour le Premier ministre israélien qui a mis Israël en danger, il espérait que les Américains s’y impliquent davantage, et le cessez-le-feu n’était pas pour lui la bonne affaire. L’Américain est venu tout simplement s’approprier la victoire et la récupérer à son avantage, tout en mettant fin à la guerre.
Depuis son premier mandat, Trump pensait que l’accord sur le nucléaire iranien signé en 2015, ne conduisait, au mieux, qu’à repousser de quelques années l’aboutissement à l’arme nucléaire. Dès 2018, il se retira de cet accord au grand désarroi des Européens, mais à la grande satisfaction de Netanyahou qui poussait vers l’implication armée des Américains contre l’Iran.
Depuis, la coopération entre les deux n’a jamais cessé pour affaiblir la position iranienne. En témoigne l’assassinat en janvier 2020, juste à la fin du premier mandat de Trump, du général iranien Qassem Soleimani, commandant de la force d’élite Al-Qods.
Enivré par ses récents succès militaires contre le Hamas à Gaza et le Hezbollah au Liban, le Premier-ministre israélien rêvait, dans un élan messianique, de venir un jour à bout de l’Iran et de sa menace nucléaire. Sans doute espérait-il aussi gagner en popularité chez lui, pour effacer de la mémoire des Israéliens le souvenir de son incapacité à prévenir l’attaque du 7 octobre. Washington, qui s’est impliqué au dernier moment dans le conflit, a repris en main ses avantages stratégiques en lui imposant son cessez-le-feu. Ce compromis a obéi aux injonctions de Washington qui veut rester le maitre du jeu de l’équilibre régional.
En revanche, ce sont les pays arabes de la région qui se retrouvent dans une situation délicate face à leurs opinions publiques. L’Iran et Israël mènent en réalité une lutte pour instaurer leur domination sur toute la région. Il y a quelques semaines, le président Trump effectuait sa première sortie dans la région du Golfe, où il a récolté de juteux contrats, sans effectuer cependant une escale en Israël. On a interprété cela comme un froid entre Trump et Netanyahou ce qui, aujourd’hui, parait erroné. Tout prête à croire que les plans d’attaques contre les installations nucléaires iraniennes étaient déjà sur la table entre ces deux alliés en attendant le jour J pour leur exécution.
Ces confrontations qui ont duré douze jours ont endommagé les économies d’Israël et de l’Iran. Des milliers d’Israéliens ont quitté le pays, les touristes ont boudé cette destination, et Israël a subi des dégâts et des morts infligés par les attaques des missiles iraniens.
En Iran, la destruction a également touché les grandes installations stratégiques du pays, et le pouvoir des Mollahs s’est lui aussi fissuré. Certes, le savoir-faire et l’uranium enrichi semblent préservés, mais les infrastructures démolies nécessiteront du temps pour les reconstruire et les faire redémarrer.
Tel Aviv aurait par ailleurs espéré renverser le régime iranien de l’intérieur par son propre peuple. Mais Israéliens comme Américains étaient convaincus que mener des opérations au sol pour déloger ce régime serait pour eux hasardeux et hautement risqué. Face à ces attaques aériennes répétées, l’armée iranienne a montré ses limites et ses faiblesses, et le pays s’est senti isolé et bien seul. Les Brics, cette alliance économique dont l’Iran est membre, ne lui a été d’aucune utilité, et la Chine, son proche allié, peu portée sur la confrontation, n’a pas voulu se lancer dans ce conflit.
Quant à la Russie, embourbée elle aussi dans sa guerre avec l’Ukraine, elle est restée elle aussi discrète et a réitéré des principes vagues qu’elle-même bafoue. En réalité, Poutine cherchait avant tout à ne pas détériorer sa complicité avec Trump pour lui faire admettre un jour ses conquêtes en Ukraine et faire accepter ses faits accomplis. Restent le monde arabe et l’Europe qui assistaient passivement à ces bouleversements sans pouvoir intervenir, craignant par-dessus tout les conséquences de cette guerre sur leurs propres sécurités.
Mais dans toutes ces confrontations qui ensanglantent le Moyen-Orient, c’est toujours la tragédie palestinienne qui sert d’alibi pour les déclencher. Non résolue, la question palestinienne demeure la matrice des conflits qui en découlent. L’Iran, comme d’autres pays hélas, use de cette cause juste pour servir sans états d’âme, leurs propres affaires internes et conforter ses hégémonies et ambitions régionales. Face à l’absence de perspective politique à ce drame, et faute de médiations honnêtes et sérieuses, cette région ne sortira d’une guerre que pour s’engouffrer dans une autre.
Dans ce drame, l’autre victime de cette guerre est le droit international qui fut allègrement bafoué par les États-Unis et Israël. Ceux qui ont construit cet ordre après la Seconde Guerre mondiale sont les mêmes qui sont en train maintenant de l’enterrer. Les attaques israéliennes comme américaines demeurent illégales aux yeux du droit international et violent la charte de l’ONU. L’usage de la force et de la violence pour régler les différends entre nations n’augure rien de bon ni pour le Moyen-Orient ni pour le monde.
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