L’Ukraine, un conflit qui défit la diplomatie internationale
On ne compte plus les réunions internationales qui se suivent et se ressemblent sur la guerre en Ukraine, aux Etats-Unis, en Europe et ailleurs, sans vraiment voir le bout d’une solution en perspective qui annonce la paix.
Bien que la crise oppose principalement l’Europe à la Russie sur fond de guerre en Ukraine, la médiation dans ce conflit reste exclusivement entre les mains des Américains. Pourquoi les Européens ont-ils ainsi déserté le champ de dialogue avec les Russes, leurs propres voisins, pour se soumettre au bon vouloir des Américains qui, eux, jouent les intermédiaires en fonction de leurs propres intérêts ?
On a vu au début de ce mois de décembre Steve Witcoff, l’envoyé spécial pour le Moyen-Orient du président Trump, revenir encore à Moscou pour rencontrer le président Poutine et lui vendre, sans grand succès, le plan de paix dont la première version fut rejetée par les Européens qui l’ont considérée trop favorable à la Russie.
Enorgueilli par le succès tout relatif sur Gaza, Witcoff fut secondé cette fois-ci par le gendre de Trump, Jared Kushner, l’autre magnat de l’immobilier, et rêvait d’engranger un nouveau succès auprès de Poutine. Une fois à Moscou, ils ont été refroidis autant par l’hiver moscovite que par la longue attente que Poutine leur a infligée avant de daigner les recevoir.
On se demande comment dès lors le premier plan de paix sur l’Ukraine, constitué de 28 points et concocté dans la précipitation, a pu être élaboré et avalisé par l’administration américaine, alors qu’il contenait les germes de son propre échec.
Ce plan prévoit de céder, sans négociation, des régions entières du territoire ukrainien, dont la Crimée, Donetsk et Lougansk aux Russes, et de geler la situation sur le reste du territoire ukrainien conquis par l’armée russe. Il préconise, en outre, la réduction de l’armée ukrainienne à 600.000 personnes au lieu de 800.000 actuellement, et d’inscrire dans la Constitution du pays de ne jamais rejoindre l’OTAN.
Au niveau économique, le plan préconise une compensation au profit des Américains pour garantir la sécurité de l’Ukraine face à toute attaque externe. D’autres mesures seraient prises à l’échelle internationale pour la reconstruction de l’Ukraine, incluant la création d’un fonds de développement. Un autre programme spécial serait élaboré par la Banque mondiale permettant la reconstruction des infrastructures gazières, la réhabilitation des zones impactées par la guerre, le développement de nouvelles infrastructures pour l’exploitation des ressources naturelles et minières.
Comme dans tout plan de règlement américain, le volet financier devient l’ossature essentielle à l’architecture politique de la démarche. Ainsi, la partie américaine s’est intéressée à la mobilisation des 100 milliards de dollars d’actifs russes gelés en Europe pour reconstruire l’économie ukrainienne. Elle a même demandé à l’Europe d’ajouter 100 autres milliards de dollars afin d’augmenter le montant des investissements pour aider à la reconstruction de l’Ukraine. Ces demandes répétées au financement des Européens, alors qu’ils ont été marginalisés dans la conception de ce plan de paix, ont été tout simplement rejetées par ces derniers.
Le plan américain aurait pu se concentrer sur le rétablissement de la paix entre la Russie et l’Ukraine, au lieu d’évoquer un bric-à-brac de propositions englobant des sujets aussi bien complexes que difficiles à imposer simultanément. Ainsi, on y a évoqué la prolongation de la validité des traités sur la non-prolifération, le contrôle des armes nucléaires, la réintégration de la Russie dans le G8, la levée des sanctions, l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, l’engagement à mettre en œuvre en Russie et en Ukraine des programmes éducatifs dans les écoles pour promouvoir la compréhension et la tolérance mutuelles, et bien d’autres suggestions.
Un plan remodelé
Face à l’enthousiasme américain initial, les Européens ont repris le plan de 28 points de Washington pour proposer leur version qu’ils ont ramenée à 19 points, le purgeant de certains paragraphes trop favorables à Moscou. Il n’est plus question de voir Moscou réintégrer le G8, ou d’offrir les actifs russes gelés en Europe pour financer l’effort de reconstruction en Ukraine. Tout le plan de l’administration Trump a été revu à la baisse, et a été totalement remodelé, le nettoyant ainsi de tous ses aspects les plus problématiques. L’ultimatum américain donné à Kiev pour accepter la proposition au plus tard le 27 novembre dernier est resté lettre morte, et Européens comme Ukrainiens n’en ont pas tenu compte.
Mais aux yeux des médias américains, celui qui assume la totalité de l’échec de l’approche n’est autre que Steve Witcoff lui-même, qui a prêché par tant de naïveté dans la conception de son projet de paix avec les Russes. L’agence Bloomberg s’est posé la question sur son impartialité en préparant ce plan de paix sur l’Ukraine, publiant les détails de la transcription de ses échanges avec le conseiller diplomatique du président Poutine, Iouri Ouchakov. Witcoff y évoque le règlement de la question ukrainienne en s’inspirant de son plan de Gaza. Il a même suggéré à son interlocuteur que Poutine appelle Trump pour le féliciter du succès à Gaza, avant la visite que devait effectuer aux Etats-Unis le président ukrainien.
Par ailleurs, si l’agence Bloomberg a révélé les détails des conversations de Steve Witcoff et du Russe Ouchakov, le média Axios a été le premier à révéler le contenu de l’accord négocié entre Witcoff et Kirill Dmitriev, PDG du Fonds d’investissement direct russe et ami de Poutine. Homme d’affaires russe qui connait parfaitement les Américains et les rouages de leur administration, Dmitriev paraissait être le co-auteur avec Witcoff du plan de paix initial pour l’Ukraine qu’ils ont concocté tous les deux en une seule journée, selon Axios. Dans la précipitation, c’est le secrétaire américain à la Défense Daniel Driscoll qui s’est rendu précipitamment à Kiev pour le remettre au président ukrainien, lui enjoignant de le signer dans les jours qui suivaient.
Selon la presse américaine, c’est donc Dmitriev lui-même qui a organisé les premières indiscrétions sur le document de l’accord auprès des médias américains, dans l’espoir de susciter des débats, ou provoquer des réactions de rejet ou d’adhésion. Il fallait être naïf pour penser que les Européens allaient accepter un tel projet qui fait la part du lion à la Russie au détriment des Ukrainiens. La réaction du vice-président JD Vance n’a pas tardé dès la fuite du document, quand il écrit sur son réseau qu’il y a un fantasme selon lequel si nous donnons plus d’argent, plus d’armes, plus de sanctions, la victoire serait à portée de main.
Puis JD Vance continue : la paix ne sera pas instaurée par des diplomates ratés, ou par des politiciens vivant dans un pays imaginaire. Elle pourrait être l’œuvre de personnes intelligentes, vivant dans le monde réel. Cette réaction du vice-président américain trouve une oreille attentive de Kirill Dmitriev qui lui répond sur le même réseau. C’est vrai, lui répond-il sur la même plateforme, les solutions fantastiques basées sur les faux récits de Biden n’ont fait que prolonger la guerre et ses souffrances. Nombreux sont les va-t-en-guerre européens qui cherchent le combat jusqu’au dernier Ukrainien. Or, souligne Dmitriev, le plan américain peut mettre fin au conflit en Ukraine, et restaurer la sécurité globale. Avant de conclure, bénis soient les faiseurs de paix.
Ainsi apparaissent au grand jour les connivences politiques entre Américains et Russes qui cherchent par tous les moyens à imposer aux Européens, et plus particulièrement aux Ukrainiens, une paix qui fait la part belle aux seuls intérêts américains et russes, au détriment d’un plan de paix équilibré qui préserve la justice et les intérêts de chacun. Depuis l’échec de l’annonce du premier plan américain, puis du silence qui a suivi sa refonte par les Européens, on est entré dans une nouvelle phase de diplomatie discrète et classique.
La question principale qui revient, et à laquelle il faudrait trouver une réponse, est comment concilier des vues contradictoires, entre celles de l’Ukraine, qui veut éviter une perte territoriale trop lourde tout en mettant fin à une guerre dont elle ne sortira pas victorieuse, et la Russie, qui veut obtenir une reconnaissance internationale de ses conquêtes et la levée des sanctions économiques ?
Face à cet imbroglio, le plan américain apparait trop avantageux pour Moscou, et trop contraignant pour Kiev qui a du mal à accepter de perdre une partie de son territoire et de sa souveraineté au profit de son puissant voisin.
à lire aussi
Article : Ligue des champions de la CAF : l’AS FAR élimine la RS Berkane et rejoint Mamelodi Sundowns en finale
Battu 1-0 à l’extérieur, le club rbati a validé son billet grâce à son succès 2-0 à l’aller, retrouvant l’ultime rendez-vous continental pour la première fois depuis 1985, où il avait été sacré.
Article : Éducation : le Maroc renforce sa coopération avec l’université chinoise Beihang
Le ministère marocain de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports a signé vendredi 17 avril à Rabat une convention de partenariat avec l’université chinoise Beihang University, visant à renforcer la coopération bilatérale en matière d’enseignement, de recherche scientifique et d’innovation technologique.
Article : Sahara : Bruxelles se projette déjà sur l’investissement
Sur Medi1TV, la haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères a présenté l’issue "politique" du différend autour des provinces du Sud comme un facteur d’accélération d’une dynamique européenne déjà amorcée sur le terrain.
Article : Agents de gardiennage : vers la fin des journées de 12 heures payées seulement 8
Le gouvernement, en concertation avec les partenaires sociaux, veut corriger une situation persistante en revoyant le cadre légal applicable aux amplitudes horaires dans la sécurité privée.
Article : Cinéma. Dans “Calle Málaga”, Maryam Touzani célèbre la vie et lève le tabou de la vieillesse
Né de la douleur, de la perte et du besoin de garder vivant le souvenir de sa mère, le nouveau film de Maryam Touzani se veut un hommage à la renaissance. Dans les rues de Tanger, la réalisatrice nous confie son souhait de transformer la vieillesse en un privilège et de faire de la fiction un espace de liberté pour filmer la persistance de l'être et l'amour de la vie.
Article : Race to the bunkers: Algiers rattled by the FAR’s technological rise
Satellite images circulating on social media point to unusual activity across the border. The Algerian army appears to be stepping up the construction of underground structures, underscoring its concern over the precision of Moroccan strike systems.