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MAGA part en guerre

Entre calcul politique et pari stratégique, l’intervention de Donald Trump contre l’Iran replonge Washington dans un scénario déjà vu : celui d’un conflit mal défini, aux répercussions globales et aux issues incertaines.

Le 14 avril 2026 à 16h14

BERLIN — Il y a dix ans, Donald Trump a battu Hillary Clinton et remporté la présidence américaine en grande partie grâce à ses critiques de la guerre imprudente en Irak et de l’establishment politique qui en était responsable. Les néoconservateurs sous la présidence de George W. Bush avaient entraîné le pays dans un bourbier, gaspillant le sang et les richesses des Américains, et Clinton, alors qu’elle siégeait au Sénat américain, avait soutenu cette guerre. Trump a promis de donner la priorité à l’Amérique en préservant le pays de coûteuses "guerres sans fin".

Puis, après son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, Trump est devenu le premier homme politique de l’histoire à réclamer le prix Nobel de la paix. À l’automne, il a affirmé avoir personnellement mis fin à "huit guerres en seulement huit mois". Mais le prix a été décerné à la leader de l’opposition vénézuélienne María Corina Machado. Snobé, Trump s’est transformé en belliciste, intervenant au Venezuela et enlevant son président en janvier, puis, avec Israël, entrant en guerre contre l’Iran.

Trump semble avoir supposé que, comme au Venezuela, l’élimination des principaux dirigeants politiques et militaires iraniens – au premier rang desquels le Guide suprême Ali Khamenei et des personnalités telles qu’Ali Larijani – renverserait ou neutraliserait le régime du jour au lendemain. Lorsque l’Iran a au contraire réagi en fermant le détroit d’Ormuz et en attaquant des infrastructures critiques à travers le Moyen-Orient, Trump s’est retrouvé en un instant dans une guerre enlisée, sans objectifs clairement définis et sans stratégie autre qu’un vœu pieux.

Une fois de plus, les réalités dures et impitoyables du Moyen-Orient ont rattrapé un président américain qui est entré en guerre sous l’illusion de la toute-puissance des États-Unis. Le régime iranien s’est non seulement révélé stable, mais a réussi à étendre la guerre à l’ensemble de la région (la "station-service de l’économie mondiale") tout en profitant de revenus exceptionnels tirés de ses propres exportations de pétrole, qui comptent parmi les seules cargaisons transitant encore par le détroit. En conséquence, l’"expédition" américano-israélienne contre la République islamique a dégénéré en une crise économique mondiale et a assombri le climat politique parmi les électeurs américains à l’approche des élections de mi-mandat de cette année.

Le régime iranien reste fermement aux commandes, sans aucune intention de céder. Survivre à une offensive de grande envergure menée par la superpuissance militaire mondiale et la puissance dominante de la région, tout en conservant 440 kilogrammes d’uranium hautement enrichi ainsi que ses capacités en matière de missiles et de drones, constituerait un triomphe sans précédent.

De même, l’échec des États-Unis à rouvrir le détroit d’Ormuz et à garantir la sécurité du transit des cargaisons de pétrole et de gaz constituerait une défaite très visible, aux implications régionales et mondiales considérables. Les rivaux et adversaires de l’Amérique auraient la preuve du déclin de l’hégémon, ce qui leur donnerait le feu vert pour mener leurs propres "excursions" de politique étrangère à travers le monde.

À l’instar de la guerre en Ukraine, le conflit avec l’Iran met en évidence une révolution en cours dans les technologies et les tactiques de combat. Des drones bon marché, produits en masse et déployés à l’aide de l’IA, permettent désormais aux puissances mineures de tenir tête aux technologies militaires occidentales et russes les plus avancées et les plus coûteuses. Le principe de la guerre asymétrique qui a conduit les États-Unis à l’échec en Irak et en Afghanistan s’applique aujourd’hui plus que jamais : "Vous avez peut-être les montres, mais nous avons le temps".

Supposons que les États-Unis soient finalement vaincus dans le Golfe et que le régime iranien reste au pouvoir et contrôle son programme nucléaire. L’influence de la République islamique dans le Golfe s’en trouvera renforcée de manière décisive, et son emprise sur l’économie mondiale sera encore plus forte. Alors qu’elle poursuivra ses programmes nucléaires et balistiques, l’élimination par Israël de ses mandataires régionaux cessera progressivement d’avoir de l’importance.

L’Europe, pour sa part, continue d’affirmer que la guerre de Trump n’est pas la sienne. Mais en dehors du Moyen-Orient, c’est l’Europe qui subira le plus durement les conséquences. À l’instar de la guerre en Ukraine, celle-ci se déroule aux portes de l’Europe. Que cela plaise ou non aux Européens, ils y sont impliqués. Une déstabilisation prolongée du Moyen-Orient affectera leur sécurité plus que celle de quiconque. Contrairement à la Chine et aux États-Unis, l’Europe et la Méditerranée orientale sont à portée des missiles balistiques iraniens.

L’administration Trump s’est engagée dans cette guerre en faisant fi des leçons que les États-Unis ont apprises à leurs dépens en Irak et en Afghanistan, et sans la moindre tentative de coordination avec ses alliés européens. Dans le même temps, les signes d’un retrait américain du soutien à l’Ukraine deviennent impossibles à ignorer.

Alors qu’une nouvelle crise géopolitique dangereuse se déroule à ses portes, l’Europe se retrouve complètement seule. Les Européens, eux aussi, ne doivent pas ignorer les leçons de la dernière décennie. Une véritable sécurité exige de faire le nécessaire pour faire de l’Europe une puissance souveraine à part entière.

© Project Syndicate 1995–2026

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Le 14 avril 2026 à 16h14

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