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Maroc-Espagne : des relations de passion et d’intérêts

La dernière Réunion de haut niveau Maroc-Espagne a confirmé la dynamique positive des deux dernières années, portée par un climat de confiance retrouvée et une coopération en expansion.

Le 8 décembre 2025 à 12h45

Le 4 décembre s’est tenue à Madrid la XIIIe Réunion de haut niveau entre les gouvernements du Maroc et de l’Espagne. Le climat de la rencontre et les accords signés sont venus confirmer qu’une énergie positive et une attitude constructive continuent d’imprégner les relations entre les deux pays. Cette réunion a été saluée par une salve de satisfactions des deux partenaires : une relation d’exception, un modèle de voisinage, un partenariat stratégique, une coopération de confiance, une alliance en mouvement…

Cet optimisme est le résultat d'un long cheminement porté par des vagues de flux et de reflux dans les relations hispano-marocaines. Mais, dans les moments de crise, les deux parties ont toujours su prendre leur part de responsabilité pour maintenir le cap d’une coopération construite patiemment contre vents et marées.

L'Espagne et le Maroc ont ancré leur coopération dans un cadre fondateur : le Traité d'amitié, de bon voisinage signé en 1991. Ce traité a été précédé par la signature en 1957 du traité diplomatique entre les deux pays et par l’Accord de Madrid de 1975, établissant les conditions de retrait de l’Espagne du Sahara. Le Traité d'amitié et de voisinage a été revisité en 2012, à la dixième réunion bilatérale tenue dans un contexte favorable tant attendu après quatre années de léthargie. Une dixième réunion sanctionnée par la ʺDéclaration de Rabatʺ qui a scellé la reconnaissance par les deux pays du "caractère stratégique et multidimensionnel" que revêt leur relation bilatérale.

La onzième et la douzième réunions de haut niveau tenues respectivement en 2015 à Madrid et en 2023 à Rabat ont confirmé l'ambition commune des deux Royaumes d'édifier une "alliance innovante à l'avant-garde de l'association euro-méditerranéenne", de "consolider le partenariat économique et les liens culturels et humains entre les deux sociétés".

Entre ces deux réunions, une Déclaration conjointe en 2022 a mis l’accent sur le renforcement du dialogue politique permanent basé sur les principes de transparence, de respect mutuel et de mise en œuvre des engagements dans un esprit de confiance. Les liens d'amitié et d'estime unissant les deux pays ont été rappelés par les deux visites du Souverain espagnol effectuées au Maroc en 2014 et en 2019 à l'invitation du Roi du Maroc et par les visites des Premiers ministres et des ministres espagnols et marocains tant au Maroc qu’en Espagne.

Cette dynamique vertueuse a produit des résultats politiques et économiques tangibles. Le dialogue politique a trouvé sa voie de cheminement vers une compréhension réciproque facilitée par le retour de la confiance. La valeur des échanges commerciaux a atteint le montant appréciable de 24 milliards d’euros. L’Espagne est devenue le premier partenaire commercial du Maroc devant la France, le deuxième marché hors UE, après les États-Unis.

Même si, dans cette dynamique, le Maroc réalise un meilleur score dans la couverture de sa balance commerciale bilatérale, il n’en demeure pas moins que la pénétration de nos produits sur le marché espagnol reste concentrée sur quelques produits de la confection et bonneterie, les produits de la pêche et les fils et câbles pour l’électricité.

L’Espagne est aussi l’un des principaux investisseurs au Maroc avec près de 1,9 milliard d’euros d’investissements cumulés. On compte environ 16.000 entreprises espagnoles exportatrices au Maroc et plus de 600 sont établies dans notre pays. Le Maroc offre aux sociétés ibériques des opportunités d’affaires dans divers domaines, en particulier dans les secteurs des infrastructures, de l’eau et de l’assainissement, du dessalement ainsi que des énergies renouvelables.

L’Espagne a mobilisé des lignes de financement spéciales pour aider ses entreprises à gagner encore plus de positions dans notre pays. Du côté du Maroc, les entreprises nationales sont encore timides dans l’investissement en Espagne. Elles manquent d’accompagnement dans la pénétration du marché ou la création de joint-ventures.

La série impressionnante d’accords signés dans les trois ou quatre dernières rencontres de haut niveau a fini par produire une densification des relations sectorielles et une diversification des champs de coopération. Le potentiel à exploiter est encore large. Plusieurs secteurs émergents présentent des opportunités substantielles pour renforcer les partenariats dans l’agroalimentaire, le textile technique, l’automobile, l’aéronautique, le digital, le tourisme, les infrastructures, la logistique, les services… Le Mondial 2030 est perçu non seulement comme un événement sportif majeur, mais également un levier pour stimuler l’investissement, la coopération bilatérale dans des secteurs économiques clés.

Malgré ces acquis et ces perspectives, les relations entre le Maroc et l’Espagne n’ont, en fait, jamais été un long fleuve tranquille. Une simple rétrospective pas lointaine nous renvoie aux crises économiques provoquées par les conflits agricoles et de la pêche, la crise politique de l'îlot Leila en 2002, la tension diplomatique après des visites de dirigeants espagnols à Ceuta et Melilla en 2003, la crise migratoire et diplomatique en 2021 après l'accueil de Brahim Ghali en Espagne.

Les relations entre le Maroc et l'Espagne vivent aussi sous le signe récurrent du paradoxe. Alors que les relations économiques creusent des sillons de la complémentarité, les stéréotypes qui prévalent en Espagne au sujet du Maroc, les perceptions négatives qui persistent dans certaines couches de la société font ressurgir un climat pervers aux moindres soubresauts. Ils entravent le fonctionnement fluide et apaisé des relations entre les deux pays qui ont pourtant en commun un héritage culturel et humain singulier. La coopération, culturelle, sociale et humaine, n’est pas encore à la mesure du partenariat économique.

Les sources d’inquiétudes sont aussi d’ordre politique : outre les enclaves, les deux pays doivent résoudre la question sensible du plateau continental. La gestion de l’immigration illégale et des mineurs est aussi un sujet épineux.  Ces sujets de contentieux ne devraient pas être traités a minima. Certes nous savons que le débat public en Espagne sur les relations avec le Maroc reste difficile, souvent chaotique et qu’il ne conduit pas toujours à une approche rationnelle des problèmes et des enjeux sous-jacents.

Trop souvent ce débat est mobilisé à des fins de politique ou de polémique intérieure, ce qui ne peut avoir que des conséquences négatives sur la sérénité de ces relations et sur la capacité collective à les faire évoluer au mieux. Toute crise dans les relations, surtout si elle s’accompagne d’une certaine tension politique intérieure, conduit immanquablement à voir s’entasser sur la place publique tous les problèmes plus ou moins liés, tous les clichés plus ou moins anciens, toutes les hantises que l’inconscient collectif tend spontanément à associer aux relations avec le Maroc : le Sahara et la décolonisation, l’immigration et les pateras, l’islam et le terrorisme pour ne prendre que les thèmes les plus récurrents. Préserver ces relations des effets nocifs du cycle politique, des enjeux de politique intérieure est un impératif pour agir dans la sérénité et la pérennité.

La rencontre de haut niveau a vraisemblablement traduit la vitalité de la coopération marocco-espagnole, qui se manifeste à tous les niveaux, que ce soit dans le secteur économique public et privé et le monde des entreprises et au niveau politique, diplomatique et sécuritaire. Elle a exprimé, à juste titre, la volonté des deux pays à intensifier, et exploiter au mieux le potentiel de consolidation des relations bilatérales à court et à moyen terme. Or, pour atteindre cet objectif, de grands principes clés doivent être respectés : pérenniser la confiance, agir pour résoudre les legs conflictuels de l’histoire, définir les intérêts mutuels des deux parties, établir des cadres d’objectifs communs, épouser un mode de gouvernance impliquant les divers acteurs, engager un mécanisme dédié au suivi et à l’évaluation du dialogue partenarial. Nos relations avec l’Espagne sont complexes, empreintes de passion et d'intérêts. C'est une relation en construction permanente.

En réponse au constat sur les questions non encore résolues entre le Maroc et l’Espagne, il est une erreur qu’il faut absolument éviter : celle qui consisterait à opposer aux questionnements sur l’avenir l’image-reflet de relations institutionnelles harmonieuses et d’un progrès économique et social permanent et sans risque.

Contre la tentation de l’évasion dans l’imaginaire, on peut penser que c’est en jouant la carte de la clarté politique, de la reconnaissance lucide de nos difficultés et de nos tensions que l’on pourra faire croître ce qui dans nos relations doit être préservé à tout prix : une certaine intimité, un respect mutuel et une fréquentation suffisamment intense pour produire un avenir commun.

Parce que le Maroc se trouve à quelques encablures de l'Espagne, la géographie et l'histoire ont donné à ces deux voisins l’opportunité d'être des partenaires incontournables.  Cette mitoyenneté séparée par l'espace le plus étroit de la Mare Nostrum rappelle sans cesse ce que les deux pays ont en commun, au-delà des intérêts bien compris: des liens séculaires, un héritage culturel partagé, des aspirations collectives moins étrangères les unes aux autres qu’on ne le croit souvent. Tout incite à faire de cette position privilégiée un vecteur de convergence des modèles de développement économique, politique et social.

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Le 8 décembre 2025 à 12h45

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