Meloni à Alger, pour l’amour du gaz algérien
Derrière une visite éclair présentée comme "de travail et d’amitié", la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni s’est rendue à Alger pour consolider les approvisionnements gaziers de son pays. Un déplacement express qui illustre, au-delà des discours diplomatiques, les enjeux énergétiques et géopolitiques au cœur des relations entre Rome et Alger.
L’Italienne Georgia Meloni a effectué le mercredi 25 mars une visite éclair en Algérie, la deuxième dans ce pays après celle effectuée en janvier 2023. Ce nouveau et bref séjour qui a duré juste quelques heures a été qualifié par les deux capitales de visite de travail et d’amitié. Il s’est concentré principalement sur la sécurisation des approvisionnements en gaz algérien qui risquerait d’être réorienté vers d’autres marchés européens.
L’Algérie est un partenaire stratégique de Rome dans le domaine énergétique et plus particulièrement gazier. Elle fournit près d’un tiers, c’est-à-dire entre 30 et 36% de la consommation italienne, principalement via le gazoduc TransMed qui fonctionne à pleine capacité sous forme GNL. L’objectif de Meloni par ce déplacement est d’abord de sécuriser, et éventuellement augmenter, les flux gaziers en provenance de l’Algérie pour faire face aux disruptions des approvisionnements en provenance des pays du Golfe.
L’Italie comme l’Algérie ont réaffirmé lors de cette courte visite leurs volontés de renforcer la coopération bilatérale via les compagnies nationales ENI et Sonatrach. De même elles ont décidé la mise en valeur du gaz de schiste et de prospecter l’exploitation du gaz offshore pour augmenter à terme les flux des exportations du gaz algérien vers l’Italie.
Aucun détail financier n’a été révélé lors de ce séjour, ni les nouveaux volumes que l’Algérie pourrait éventuellement octroyer à Rome. Ce qui est certain, c’est que le gazoduc TransMed est déjà saturé et ne permet pas des volumes supplémentaires. Toute hausse significative nécessiterait à l’évidence un autre gazoduc ou le transport maritime par des méthaniers.
Cependant les deux pays se sont mis d’accord à cette occasion pour mettre sur pied une Chambre de commerce algéro-italienne pour accompagner l’évolution des échanges commerciaux et les investissements. On se demande comment les deux capitales ont tardé sur le lancement de cette institution alors que les échanges entre les deux pays ont atteint en 2025 presque 13 milliards d’euros, et que les investissements italiens sont estimés à 8 milliards d’euros.
On relève par ailleurs que lors de la visite de Meloni à Alger, le gouvernement algérien a déployé tous ses efforts pour bien accueillir cette responsable européenne qui, depuis son arrivée à la tête de l’Etat italien, courtise l’Algérie pour son gaz.
Meloni a su saisir au bon moment la dégradation des relations entre Alger et Madrid puis Paris sur fond du Sahara marocain pour bien avancer ses pions. Ainsi, lors de ce séjour, la partie algérienne a qualifié les relations avec l’Italie de multidimensionnelles et d’un niveau sans précédent. Et pour Rome, l’Algérie a été qualifiée de partenaire de grande importance stratégique, en raison certainement de ses exportations de gaz vers l’Italie.
On ne pourrait inscrire la visite de la responsable italienne à Alger que dans la stratégie italienne de diversification énergétique qui s’est déclenchée suite aux confrontations militaires entre la Russie et l'Ukraine en 2022. La guerre menée par la coalition américano-israélienne contre l’Iran, les attaques contre les installations gazières dans cette région et la fermeture du détroit d’Ormuz ont poussé plusieurs pays à chercher à s’approvisionner ailleurs, notamment au Nigéria et en Algérie.
L’Italie importait des pays du Golfe 10% de sa consommation alors que 30% provenaient de la seule Algérie. On comprend dès lors pourquoi les Italiens ont présenté ce séjour comme une mission d’urgence pour sécuriser leurs fournitures en gaz. Et on comprend surtout pourquoi Rome ne s’est encore pas alignée sur la communauté internationale pour reconnaitre la marocanité du Sahara.
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