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Moi Marco Rubio, nouveau Secrétaire d’État Américain

De la Chine à l'Ukraine, en passant par l'Amérique latine, le nouveau Secrétaire d'État, Marco Rubio, ambitionne de redéfinir la politique étrangère américaine tout en consolidant ses alliances historiques. Dans cette chronique, Ahmed Faouzi se glisse dans la peau du Secrétaire d’État US et livre une réflexion intime et stratégique sur son parcours, ses valeurs et les défis colossaux qu’il devra relever à la tête de la diplomatie américaine.

Le 22 novembre 2024 à 11h32

Malgré mon passé tumultueux avec le nouveau président élu Donald Trump, il a fini par concéder à ma nomination à la tête de la diplomatie du pays. Le président a fait abstraction de toute nos querelles d’hier. Je lui sais gré pour cet honneur qui me va directement au cœur, et espère être à la hauteur de cette immense responsabilité. Servir l’Amérique et défendre son prestige et ses intérêts à l’international est pour moi un devoir.

Je pense que la page des attaques ad hominem entre nous deux est définitivement tournée. Il est temps maintenant de s’atteler à relever tous les défis qui attendent une grande puissance comme la nôtre. Le président a déclaré que je serai un ardent défenseur de notre nation. Il le pense sincèrement, et je ne peux que le croire. Sa déclaration me décrivant comme un combattant sans peur, qui ne reculera devant rien, me va directement au cœur.

Je me suis opposé fermement à Trump déjà lors des Primaires présidentielles républicaines en 2016. Nous nous sommes tant vilipendés à cette époque. À vrai dire, ce n’était pas mon but, et encore moins mon éducation. Mais c’est la politique américaine qui aiguise de la sorte nos instincts primaires. Elle nous pousse par moment à nous montrer combatifs et agressifs, à nos opposer les uns aux autres pour faire le show, dans le but de gagner le suffrage du peuple.

Je me rappelle que lors de cette élection, j’ai talonné de peu Trump après le dépouillement des votes. Il me vient à l’esprit aussi l’avoir moqué un moment pour l’excès de son teint et la taille de ses mains qu’il agite mécaniquement pour exprimer ses idées. Sur ce registre Trump est un as dans les insultes et les insanités. Il m’a, pour sa part, traité de tous les noms pour me ridiculiser. Cela m’amusait mais je n’en garde aucune rancune. Je pense que la hache de guerre est définitivement enterrée entre nous deux.

Quand j’ai perdu l’État de Floride lors des primaires pour être le candidat des républicains, un grand sentiment d’échec s’est abattu sur moi. C’est dans cet État où j’ai poursuivi mes études universitaires et effectué toute ma carrière politique. J’avais annoncé en ce temps qu’en cas d’échec de ma candidature à l’investiture républicaine, je renoncerai immédiatement à celle de sénateur de Floride. J’avoue que c’était une décision hâtive de ma part. J’ai dû, par la suite, changer d’avis suite à des pressions du parti, et de certains de mes proches.

Je ne me suis pas trompé en prenant cette décision de revenir dans l’arène politique. J’ai pu constater, peu après, combien ma popularité restait forte et solide en Floride. Pour les élections sénatoriales de 2016, ma candidature au sein du parti républicain a dépassé les 72% des votants. Et lors des élections de cette même année, j’ai raflé la mise par l’obtention de 52% de voix face à mon adversaire démocrate Patrick Murphy qui en a obtenu 44%. Cette confiance en ma personne s’est renouvelée lors des élections de 2022 par l’obtention d’un meilleur score de 57,7%.

Je pense, en mon âme et conscience, que ma popularité provient de mon implication totale dans la gestion des affaires nationales. Elle procède sans doute aussi de mes origines cubaines modestes que je n’ai jamais cachées. Mon père Mario et ma maman Oria, ont fui le régime cubain en 1956. En arrivant à Miami, lui est devenu Barman, et elle gouvernante dans un hôtel. Ces deux êtres, que je chéris le plus au monde, trimaient pour faire vivre une famille nombreuse. Mes parents naviguaient entre les tendances religieuses. Je fus baptisé dans la foi mormone durant ma jeunesse, mais je suis devenu par la suite un fervent catholique.

Mon épouse Jeannette est une ancienne pom-pom girl qui animait les matchs de football américain the Dolphins of Miami. C’est là où je l’ai rencontrée quand je pratiquais ce sport national purement américain. On ne peut faire mieux pour quelqu’un qui veut réellement s’intégrer. Je suis donc de cette génération d’origine hispanique, dont les parents sont venus d’ailleurs, comme Nikki Haley ou Suzana Martinez, qui ont fait l’effort de s’adapter rapidement aux us et coutumes de leur pays d’accueil.

Toutes mes études je les ai menées à l’université de Floride, où j’ai obtenu un doctorat en droit en 1996. Mon premier stage, qui s’est avéré capital pour ma carrière qui s’annonçait, fût effectué dans le cabinet de Ileana Ros-Lehtinan, elle aussi membre du parti républicain. Ileana a fui, elle aussi, Cuba avec sa famille alors qu’elle avait juste huit ans. En arrivant en Floride elle ne parlait que l’Espagnol. Cette dame est devenue, à la force du poignet, l’une des pointures du parti républicain en Floride comme au niveau national, en raison de son caractère bien trempé. Elle a joué un rôle majeur dans mes orientations politiques.

J’ai appris bien des choses avec et auprès de cette dame. Ses expériences quand elle était élue à la Chambre des représentants, et quand elle présidait la commission des affaires étrangères, m’étaient de grande utilité. Elle m’informait de certains dossiers et de la complexité des relations internationales. Pour elle, ce qui importe est la manière de faire face aux aléas pour défendre les intérêts américains. En 2017, Ileana a quitté ses fonctions. Elle fût embauchée par la société de lobbying Gump Strauss and Feld pour représenter et défendre les intérêts des Émirats Arabes Unis.

J’ai suivi à mon tour un chemin presque similaire au sien, et elle en était pour beaucoup dans mon cheminement professionnel. Je suis devenu à mon tour un élu à la Chambre des représentants de Floride que j’ai présidée par la suite. J’ai été élu sénateur également et ai présidé la commission pour les petites et moyennes entreprises. J’y ai piloté ensuite un autre comité restreint sur les renseignements, domaine aussi sensible que stratégique. Les conseils prodigués par Ileana et l’expérience accumulée auprès d’elle, m’ont été de grande utilité pour m’imposer.

À l’opposé de ce qu’on propage sur moi, je ne suis pas un anti-immigration extrémiste. Sur ce dossier, je suis bien plus modéré que Donald Trump et d’autres membres du parti républicain. Je garde toujours à l’esprit que je suis moi-même un enfant de la migration. Je me remémore souvent les souffrances que ma famille a endurées pour fuir le communisme et la répression à Cuba. Mes parents ont peiné pour élever leurs enfants dans la dignité pour en faire de bons citoyens américains.

Je mesure les difficultés qui m’attendent au Département d’État. J’estime qu’à mon âge, et avec toutes mes expériences accumulées, je pourrais imprégner une nouvelle dynamique à la diplomatie de mon pays. Je ne voudrai pas critiquer mon prédécesseur Antony Blenkin. J’avoue cependant qu’il était souvent en plein ciel dans les avions, que sur terre avec les humains. Sous le mandat de Biden, les crises se sont multipliées à travers la planète, et notre monde est devenu plus dangereux que par le passé. Blenkin et Biden ainsi que tout le parti démocrate doivent en assumer la responsabilité.

Ma volonté est ferme pour remédier à tout cela. Je compte accorder pendant ce mandat une attention bien particulière à l’Amérique latine, région souvent négligée par mes prédécesseurs. Je suis pour un resserrement de nos liens économiques et le renforcement de la démocratie dans ces contrées et proches voisins. Des pays comme le Venezuela et Cuba devraient se démocratiser davantage pour permettre une expression populaire libre et indépendante. Mon vœu est de repositionner l’Amérique latine comme une priorité stratégique pour les États-Unis.

Qu’on me comprenne bien. Avec Moscou, je ne suis pas un fervent défenseur de la Russie. Mais au fond de moi, je pense que la guerre en Ukraine doit rapidement prendre fin par un règlement négocié. Je m’oppose à l’aide militaire intense que mon pays accorde à l’Ukraine. J’estime que les pays européens devraient porter une part des charges, je ne dirai pas supérieure, mais au moins équitable au fardeau dont les américains assurent une grande partie.

Je reste cependant persuadé que la menace la plus grave à notre système et à notre civilisation proviendra de la Chine. La rivalité avec Pékin est structurelle, et toute réussite de leur part est un échec pour nous. J’ai appelé par le passé à armer massivement Taïwan, pays démocratique, face à l’impérialisme chinois. J’ai demandé à leur livrer les armes les plus sophistiquées pour mieux se défendre. Je répète, j’ai demandé à les leur livrer, et non à leur vendre.

Les chinois m’avaient déclaré persona non grata chez eux après les évènements de Hongkong. Je pense qu’en tant que Secrétaire d’État, ils vont me permettre de leur rendre visite, pour leur dire la vérité en face. Je reste persuadé que le danger pour nous n’est pas Poutine mais la Chine. Notre combat sera aussi en Indopacifique qui ne peut, en aucune manière, être soumis au bon vouloir d’un régime communiste comme celui qui prévaut en Chine. Avec nos alliés dans cette région, nous défendront la liberté de circuler, et nos valeurs de liberté et de démocratie.

Les autres crises se gèreront d’elles-mêmes, comme au Moyen-Orient. Notre soutien à Israël restera total, indéfectible et inébranlable. Ce soutien est comme une loi ou un commandement inscrit dans notre constitution. Ce pays joue un rôle stratégique, protégeant nos intérêts dans la région et bien au-delà. Les institutions israélo-américaines, comme celle bipartisane de l’IAPAC, ne permettraient aucune déviation à cette tradition. En Afrique les interventions russes et chinoises nous inquiètent au plus haut degré. Nous comptons y renforcer les capacités de nos partenaires et alliés dans ce continent.

Je sais que ma nomination à la tête de la diplomatie américaine a irrité certains pays dès son annonce. L’Algérie en a été le premier en raison de mes initiatives passées. Je sais que je suis la bête noire de ses généraux. Ils me reprochent mon action quand, en 2022, j’ai appelé le Département d’État d’appliquer tout simplement la loi américaine qui prône des sanctions contre les pays qui achètent massivement les armes russes qui dépassent leurs propres capacités.

C’est dans cet esprit que j’ai pris l’initiative d’adresser cette missive à Antony Blinken le 14 septembre 2022. Je lui ai souligné que les autorités algériennes sont un des principaux acheteurs mondiaux d’équipements militaires russes. Ce n’était pas un mensonge, mais un fait réel établi qui inquiète nos alliés en Afrique du Nord et en Europe méridionale. Ce comportement s’oppose de surcroit à la loi américaine countering adversaries through sanctions, qui autorise la prise de sanctions à l’encontre de toute partie qui commerce avec la Russie dans ce domaine.

L’Algérie est, et demeure, l’un de ces pays pivots qui continuent ce commerce bravant nos lois. J’estime que les autorités de ce pays contreviennent aux intérêts suprêmes des États-Unis d’une manière flagrante et surtout irresponsable. Il faut que les dirigeants de ce pays sachent que cette position n’a rien à voir, ni de près ni de loin, avec la question du Sahara qui les oppose à leurs voisins marocains. Sur ce dossier nous avons reconnu la marocanité de cette région à la fin du premier mandat de Trump. Cette reconnaissance est irréversible, et je compte bien la réaffirmer, haut et fort, dès que l’occasion se présente.

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Le 22 novembre 2024 à 11h32

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