Abdelouahed Jraifi
Auteur et chercheur en TICMutations silencieuses du secteur télécom au Maroc
Loin des gros titres, plusieurs évolutions sont en cours et pourraient, dans les années à venir, modifier durablement notre façon de nous connecter.
D’abord, il y a la montée en puissance d’Internet par satellite, notamment avec Starlink, un service développé par SpaceX. Contrairement aux réseaux classiques, qui reposent sur des sites et des câbles, cette technologie permet d’accéder à Internet directement depuis l’espace. Résultat : même les zones les plus isolées peuvent être connectées plus facilement, ce qui aide à réduire la fracture numérique. Mais une innovation encore plus marquante émerge : le "direct-to-cell".
Réellement, cela signifie que les satellites pourront se connecter directement à nos téléphones mobiles, sans passer par les antennes terrestres. Demain, cela permettra d’envoyer des messages, passer des appels et accéder à Internet, même sans réseau classique, notamment en cas d’urgence ou dans les zones non couvertes. Face à ces évolutions, une question fondamentale se pose : quel sera le rôle des opérateurs marocains comme Maroc Telecom, Orange Maroc et Inwi ? Eux qui ont investi massivement dans les infrastructures (stations mobiles, fibre optique…) pourraient voir une partie du trafic leur échapper.
En parallèle, un autre changement, plus discret, est en train d’impacter leurs revenus : la transformation du roaming (l’utilisation du mobile à l’étranger). Aujourd’hui, de plus en plus d’opérateurs internationaux proposent des forfaits incluant plusieurs pays sans surcoût important. Par exemple, Free offre des abonnements avec de nombreuses destinations incluses.
Conséquence : un touriste peut utiliser son téléphone au Maroc sans forcément générer beaucoup de revenus pour les opérateurs locaux. Ces derniers deviennent parfois de simples fournisseurs de réseau, tandis que la relation client et les profits se déplacent vers des acteurs internationaux. Toutes ces évolutions restent encore peu visibles pour le grand public, mais elles mettent sous pression un secteur déjà fragilisé : les revenus traditionnels baissent, tandis que les investissements (fibre, 5G, énergie) continuent d’augmenter.
En réalité, on assiste à un changement de fond : la valeur ne se situe plus seulement dans les infrastructures, mais de plus en plus dans les services numériques et les grandes plateformes mondiales. Autrement dit, notre connexion mobile pourrait ressembler de plus en plus à un "cloud" accessible partout.
Le Maroc a des atouts importants : le développement du très haut débit, l’arrivée de la 5G et des événements majeurs comme la Coupe du monde 2030, qui vont accélérer les investissements.
L’enjeu sera de trouver le bon équilibre : continuer à moderniser les réseaux, tout en s’adaptant aux nouvelles technologies, y compris satellitaires. Au-delà de la technique, une question essentielle se pose : celle de la souveraineté numérique.
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