Nos élections et l’international
Durant les jours de campagne, les partis politiques marocains se sont surmenés pour faire part de leurs programmes. Mais s’il y a un dénominateur commun à beaucoup de ces programmes, c’est le peu d’intérêt porté à l’international.
Notre pays vient d’organiser les élections le 8 septembre pour désigner une nouvelle majorité qui aura à diriger le pays pendant les prochaines cinq années. Durant les jours de campagne, nos partis politiques se sont surmenés pour faire part, à travers les médias, de leurs programmes et de ce qu’ils comptent réaliser pour le pays une fois au pouvoir.
Certains d’entre eux ont pu développer de vrais programmes politiques et économiques aux électeurs. D’autres n’ont fait que répéter de grandes idées, qui semblent difficiles à mettre en œuvre, ou tout simplement déconnectées des réalités. Pour une partie d’entre eux, les programmes manquaient de rigueur, de chiffres et d’idées innovantes.
Mais s’il y a un dénominateur commun à beaucoup de ces programmes, c’est le peu d’intérêt porté à l’international. Dans les pays développés, les grands thèmes relatifs à la mondialisation, aux relations régionales et internationales, aux zones de conflits et à l’économie mondiale, font partie des débats et des choix proposés aux électeurs.
Il est vrai que les questions internes intéressent plus les citoyens. Elles concernent le pays et son espace interne, qui est un espace structuré et homogène sur lequel on peut facilement agir. Une politique qui vise l’extérieur désigne, à l’opposé, un espace ouvert, hétérogène non structuré, et parfois conflictuel. Tout programme politique qui vise l’extérieur nécessite de prendre en compte les autres forces concurrentes qu’il faut soit convaincre, soit soumettre, et avec lesquelles, en tout cas, il faudra négocier.
Accroître les capacités d’influence à l’étranger
Un parti politique doit, en principe, prendre en considération cet environnement extérieur pour mieux agir sur le plan intérieur tout en accroissant ses capacités d’influence à l’étranger. L’interne et l’externe agissent l’un sur l’autre à travers le gouvernement mis en place. Ce dernier est chargé, d’appliquer son programme économico-sociale pour lequel il a été élu, en tenant compte des contraintes et autres pesanteurs extérieures.
Cette conscience de notre environnement mondial, permet de répondre aux comportements des autres acteurs internationaux, et de s’y préparer en y apportant des réponses adéquates. Les autres pays ont eux aussi des intérêts à défendre chez nous. Plus on anticipe sur les événements internationaux, plus on est en mesure de s’adapter rapidement à un monde en perpétuel mouvement, et mieux on sert les intérêts du Maroc.
C’est pour cette raison que l’intégration des questions internationales dans les programmes de nos partis politiques, doit être pris au sérieux et ne pas attendre d’arriver au gouvernement, pour commencer à y réfléchir et à y apporter des idées. Notre environnement mondial est de plus en plus complexe et parfois même incertain. Il est donc difficile à appréhender, et c’est pour cette raison qu’il doit être sérieusement et constamment pris en considération pour pouvoir mieux gouverner.
Parmi tous les sujets abordés dans les programmes des partis politiques, les questions internationales doivent avoir voix aux chapitres. Comment un parti, une fois au gouvernement, doit-il se comporter à l’international pour renforcer ses alliances, attirer les investissements, promouvoir le commerce et le tourisme, défendre les intérêts de nos citoyens dans le monde, ou renforcer tout simplement l’image du pays.
Camoufler les échecs intérieurs
Il est vrai que dans certaines contrées du monde, les questions internationales sont parfois évoquées pour justifier le désordre intérieur en l’imputant aux forces étrangères. Cette démarche est souvent adoptée pour escamoter la responsabilité du gouvernement face à des événements qu’il n’arrive pas à maîtriser, ou simplement qui le dépassent.
Certains pays de l’Union européenne condamnent la politique menée par Bruxelles pour camoufler leurs échecs intérieurs. Ils présentent les autres membres comme des réels dangers. L’UE devient donc une sorte d’exutoire qui permet de déplacer les problèmes, et faire miroiter aux électeurs l’origine supposée de leurs malheurs. Elle a été le bouc émissaire pour la droite britannique pour quitter l’Union.
Les questions internationales peuvent aussi devenir pour les partis politiques qui arrivent au pouvoir, des alibis et moyens pour imposer des réformes difficiles à faire accepter. La mondialisation ou la concurrence étrangère peuvent mener à imposer des réformes pour être plus compétitif à l’international. L’extérieur devient, dans ce cas-là, par opportunisme, l’occasion de contenir la poussée des revendications internes.
Face aux menaces extérieures qui nous guettent, les programmes des partis politiques doivent contenir leurs visions à l’international. Une fois au gouvernement, ils seront censés répondre aux défis qui se poseront au-delà de nos frontières. Ils doivent savoir par conséquent répondre aux comportements des autres acteurs internationaux, et agir sur un environnement international en perpétuel changement.
Il existera toujours une tension constante dans les programmes politiques entre la nécessité de répondre aux exigences de son électorat à court terme et la formulation d’objectifs stratégiques à l’international pour le pays à long terme. Pour suivre l’évolution internationale, nos partis politiques doivent moderniser leurs structures et processus décisionnels pour refléter les mutations rapides du Maroc comme celles du monde dans lequel ils évoluent.
La campagne électorale qui vient de clore a démontré la capacité de certains partis politiques à mieux s’approprier la révolution digitale pour communiquer avec les citoyens. Ce sont les jeunes qui ont répondu plus facilement et massivement à cette approche. La pandémie Covid a été pour quelque chose dans cette évolution. Notre classe politique sait maintenant comment se dérouleront les élections de 2026 et doit s’y préparer dès maintenant. Cinq ans c’est court dans la vie d’une nation.
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