Nous sommes tous des Humains
Nous sommes tous des Américains, Nous sommes tous Charlie, Nous sommes tous des Parisiens...
"Nous sommes tous des Américains", avait titré le quotidien parisien Le Monde, en septembre 2001. "Nous sommes tous Charlie", avait clamé l’ensemble de l’humanité le 11 janvier 2015. "Nous sommes tous des Parisiens", disait en chœur une grande partie de cette même humanité en novembre 2015.
Personne, peut-être, n’a dit, que nous sommes tous des Humains.
48 heures avant ‘Paris’, un double attentat aussi condamnable qu'odieux et innommable avait lieu à Beyrouth, la banlieue Sud de la Capitale du pays du Cèdre. Mais ses victimes n’ont pas eu droit à la même condamnation, au même engagement, à la même médiatisation.
Or, même Facebook s’est mêlé à la réaction face au 13 novembre. Un espace censé être universel procède donc à de la discrimination (France/Liban). En effet, une mesure de sécurité basée sur la géolocalisation a été proposée aux Parisiens.
Ensuite, il a été suggéré de rendre hommage aux victimes des attentats de Paris en insérant un fond bleu blanc rouge sur les profils des Facebookeurs. Les Libanais n’ont pas eu droit au même hommage.
Derrière, il y a le Hezbollah. Est-ce alors une mauvaise victime? Il y a une hiérarchie dans la victimisation également.
On était inégaux devant la culture et la civilisation, aujourd’hui nous le sommes au niveau du sang, de la douleur et de la compassion.
Une discrimination d'origine historique?
Conception européo-centriste? Celle-ci n’est pas nouvelle.
Déjà à la fin du 19e, l’Afrique était considérée par Hegel comme anhistorique. Le grand philosophe allemand estimait en 1830 que l’Afrique ne faisait "pas partie du monde historique", qu’elle ne montrait "ni mouvement, ni développement". "Ce que nous comprenons en somme sous le nom d’Afrique, c’est un monde anhistorique non développé entièrement prisonnier de l’esprit naturel, et dont la place se trouve encore au seuil de l’histoire universelle…"
Même le spécialiste du Maghreb Charles André Julien s’est inscrit dans ce concert nihiliste en considérant que "l’Afrique Noire, la véritable Afrique, se dérobe à l’histoire universelle" (Abdelmoughit Benmessaoud Tredano, "Intangibilités des frontières coloniales et espace étatique en Afrique", préface de Mohamed Bennani et postface d’Amadou Mahtar M’bow, Paris, L.G.D.J, 1989,225 pages, p.18).
Même la Chine n’a pas été épargnée. Hegel disait à propos de ce pays berceau de la civilisation humaine que "le monde de l’Asie orientale, essentiellement le monde chinois (…), se trouve dans un (…) âge infantile de l’histoire…" (G.W. F. Hegel, "La raison dans l’histoire", Collection 10/18, 1955, 311 pages, p.282).
En juillet 2007, quelques semaines après son élection, le président N. Sarkozy a tenu le même langage: "L'homme africain (n'était) pas assez entré dans l'histoire."
Lutter d'abord contre une idée
"La barbarie de l'action est précédée par celle de l'esprit, écrit Thérèse Delpech. La politique ne pourra être réhabilitée sans une réflexion éthique. Sans elle, nous n'aurons ni la force de prévenir les épreuves que le siècle nous prépare, ni surtout d'y faire face si par malheur nous ne savons pas les éviter." (Thérèse Delpech, "L'Ensauvagement", Paris, Grasset/Fasquelle, 2005, 366 p.30, compte rendu de l’ouvrage in Cahiers de l’Histoire sociale, N° 26)
Le terrorisme est d’abord une idée et une culture. Et si on ne nomme pas les choses par leur nom, rien n’arrêtera cette peste brune…
La lutte contre le Wahhabisme, l’obscurantisme et l’extrémisme doit devenir une priorité pour toute la communauté internationale. Entre la vente d’armes, les intérêts bassement matériels et les droits de l’homme, et la civilisation et la vie tout court, il faut choisir.
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