img_pub
Rubriques

Nouvelles du monde et de soi

Faut-il jouer la fiction contre la spectaculaire falsification de la vie ? Choisir la littérature, la lecture de la poésie (celle des journaux ayant disparu avec les journaux) contre ce qui, désormais, s’écrit tous le jours, vite, trop vite et si vide de sens ? Contre cette incessante volubilité de l’instantané qui fait parler le plus grand nombre, de tout et de rien, mais de rien surtout. N’avoir rien à dire et s’entêter à en parler est devenu une activité naturelle adoptée par tous et portée par un flux ininterrompu de mots. "Une seule et longue phrase sans césure à jamais inintelligible", comme l’écrivait le poète Saint-John Perse dans "Exil".

Le 27 décembre 2024 à 11h57

Hier encore, lorsqu’on parlait de médias, on pensait au journal ou à la radio, puis, plus tard, à la télévision mais on lisait. Et l’on a cru si fort que l’information se lisait, s’écoutait ou se regardait sur un écran, le soir seul ou en famille, quand elle était récapitulée ou résumée dans un journal qu’on disait télévisé.

Trois médias délivrant une information écrite et information audiovisuelle. Le système d’information, pensait-on, avait atteint son apogée, ses limites ou son plafond de verre. Mais voilà que l’information est devenue communication. Pour cette dernière on avait le téléphone. Mais voilà aussi que ce dernier, allié au poste de télé et à celui de l’ordinateur va donner naissance à une autre machine de communication disruptive qui s’en va épuiser le pouvoir des mots et l’articuler avec celui du son et de l’image avant de le mettre à la portée de tous et de chacun.

Est-ce l’ultime média ? Allez savoir quand chaque jour, toute invention apporte son lot d’innovations et nous éloigne du monde d’hier et de la galaxie Gutenberg que l’on croyait éternelle. Internet, nouveau média, ultime média ? Marshal Mc Luhan, philosophe et théoricien de la communication, celui qui disait à raison que le "le média est le message", prédisait, trente ans avant la création d’internet, qu’ "un nouveau média ne s’ajoute jamais aux médias antérieurs et ne les laisse jamais intacts."

Cette brève et mélancolique médiation sur l’art presque perdu de la lecture du journal, ou de la lecture tout court, s’est imposée lors d’une promenade après avoir jeté un regard sur un lot de journaux abandonné dans un de ces nouveau kiosques d’un chic étonnant installés récemment dans l’avenue Mohammed V à Rabat. Livres, majoritairement piratés, et divers magazines étrangers sont alignés sur des étagères dans un petit kiosque au beau design fait de bois et de verre transparent.

Le kiosquier, hier encore assis à même la chaussé devant un amoncellement de publications de tous genres, est, là, installé dans un fauteuil à roulettes scrollant en souriant sur l’écran de son téléphone. A ses pieds, deux paquets encore ficelés contenant quelques quotidiens nationaux en arabe et en français. "Pourquoi ne sont-ils pas déballés, lui demanda-t-on ?" "A quoi bon ? personne ne me les achète."

Pourtant, aujourd’hui, avec ces kiosques modernes et flambant neufs, ces livres en tous genres et dans plusieurs langues jouxtant des magazines aux titres aguichant… "On aurait aimé avoir ça quand les gens lisaient, soupira le kiosquier sans lever les yeux de son smartphone."

A entendre ce marchand de journaux, la lecture de ce qu’on appelait "les nouvelles" est en passe de devenir, si elle n’est pas devenue, aussi rare que l’extase, comme disait le penseur roumain Cioran à propos du rire. Alors pourquoi écrire et pour qui ?

Nouvelles du monde et de soi
Nouveaux kiosques à livres à Rabat.

Aujourd’hui, "les nouvelles" qui défilent sur l’écran du marchand de journaux ne se nomment plus ainsi. Elles sont si instantanées et furtives qu’elles relèvent d’un genre inédit qu’il faudrait, comme l’écrivait le philosophe Wittgenstein dans (Remarques Mêlées), retirer cette expression de la langue  "et la donner à nettoyer pour pouvoir ensuite la remettre en circulation."

Mais elle circule, elle circule déjà la nouvelle, toute nouvelle et sans cesse renouvelée dans la grande lessiveuse des réseaux dits sociaux où, comme le déplorent les auteurs de "Une presse sans Gutenberg", J.F Fogel Et Bruno Patino, "chacun se déplace trop vite pour être témoin , même furtif, de sa propre solitude." On est ce qu’on partage, car chacun produit sa propre information dans sa solitude et donne de ses nouvelles à d’autres solitudes où le faux côtoie le pathétique, et celui-ci le tragique le désinvolte ou le violent. Point de débat d’idées, nulle confrontation des esprits. Une simple juxtaposition de soliloques hallucinés et de monologues nerveux.

En repassant chez le kiosquier au retour de la petite promenade en ville, un autre paquet de journaux bien ficelé venait de lui être livré. "C’est pour les abonnés d’une administration, dit-il sans grand enthousiasme. Ils ne viendront même pas le réclamer alors qu’il est déjà midi." Il poussa du pied le paquet sous une étagère où un roman piraté de Marc Lévy côtoie la traduction en arabe de "Mein Kampf" de Hitler (Kifahi), et les mémoires de Michelle Obama en anglais, voisinent avec ceux de son mari Barak en français.

Sur l’étagère du dessus, on peut apercevoir aussi la "Phénoménologie de l’esprit" de Hegel en livre de poche Garnier- Flammarion. Hegel, qui n’était pas que philosophe phosphorant sur la dialectique et la philosophie de l’histoire, a même exercé en tant que journaliste et avait écrit dans "Notes et fragments", entre 1803-1806 : "La lecture du journal, le matin au lever, est une sorte de prière du matin réaliste. On oriente vers Dieu ou vers ce qu’est le monde, son attitude à l’égard du monde. Cela donne la même sécurité qu’ici, que l’on sache où l’on en est."    

Par
Le 27 décembre 2024 à 11h57

à lire aussi

La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka
Quoi de neuf

Article : La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka

Lors du MAP Town Hall organisé à Rabat, le ministre de l’Équipement et de l’Eau a détaillé cinq priorités : dessalement, interconnexions entre bassins, équité territoriale, préservation des ressources et valorisation de l’expertise marocaine à l’international.

Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance
TOURISME

Article : Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance

Le tourisme marocain est en avance sur son propre calendrier. Alors que l’objectif officiel reste fixé à 26 millions de visiteurs en 2030, les performances récentes poussent déjà le secteur à préparer l’étape suivante : une nouvelle feuille de route pouvant viser 30 millions d’arrivées et près de 200 milliards de dirhams de recettes.

Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca
Quoi de neuf

Article : Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca

En 2022, seuls 1.647 employeurs sur près de 315.000 cotisants ont bénéficié des contrats spéciaux de formation, selon le Conseil, qui recommande un fonds dédié, la digitalisation des démarches et un meilleur accès pour les TPME et les indépendants.

Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026
La séance du jour

Article : Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026

L’indice principal s’est établi à 18.563,40 points, dans un volume d’échanges de 237,9 MDH sur le marché central, avec Managem, TGCC et Alliances parmi les valeurs les plus actives.

La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP
Mines

Article : La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP

C’est l’histoire d’un minerai longtemps négligé qui revient au centre du jeu industriel. Alors que les prix du soufre atteignent des niveaux historiques, OCP prépare dès 2027 la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite, avec Managem et d’autres acteurs miniers en toile de fond. Explications.

Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial
Quoi de neuf

Article : Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial

Après dix-sept années passées à La Mamounia, Lamia El Ghorfi a annoncé son départ de la Direction de la communication et des projets culturels. Elle indique vouloir se consacrer à un projet familial, tandis que son successeur sera dévoilé dans les prochains jours.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité