Lemine Ould Salem
Journaliste spécialiste des questions africainesŒil d’Afrique. Sénégal : une place pour deux hommes
L’élection présidentielle prévue le 24 mars au Sénégal se joue essentiellement entre le candidat du pouvoir sortant et celui de l’opposition radicale. Lemine Ould M. Salem, journaliste spécialisé dans les questions africaines, inaugure aujourd’hui une nouvelle chronique hebdomadaire pour Médias24, et présente les deux hommes.
Au Sénégal, après un mois de confusion née de l’annonce, le 3 février, par le président Macky Sall, du report de la présidentielle initialement prévue le 25 février, la campagne pour l’élection du cinquième président de cette république d’Afrique de l’Ouest, indépendante depuis 56 ans, a finalement été lancée le 11 mars dans la précipitation.
Au lieu des trois semaines prévues par les textes, les Sénégalais n’auront, cette fois, que quinze jours pour écouter les prétendants au poste de chef de l’Etat déballer leurs programmes.
Cette entorse à la législation a été imposée par le Conseil constitutionnel qui, le 6 mars, a exigé la tenue du scrutin avant la fin du mandat du président sortant prévue le 2 avril. Ce dernier, se pliant à cette décision, a alors convoqué les électeurs pour le 24 mars. Ce que la juridiction constitutionnelle a immédiatement validé.
Pour la première fois dans l’histoire de ce pays, un des rares d’Afrique habitué aux alternances au pouvoir par les urnes, 19 candidats vont s’affronter. Mais tous n’ont pas les mêmes chances. Excepté deux, les autres devraient se contenter de jouer les figurants.
Le duo qui tient le rôle de têtes d’affiche est constitué des représentants des deux camps qui, depuis trois ans, prennent en otage la scène politique sénégalaise à coups d’émeutes, de violences, de procès et de prison : Amadou Ba, le candidat officiel du camp présidentiel sortant, et Bassirou Diamaye Faye, le bras droit du principal opposant Ousmane Sonko dont le dossier de candidature a été rejeté en janvier par le Conseil constitutionnel.
En Afrique, les candidats du pouvoir étant rarement battus dans ce genre de scrutin, Amadou Ba part sans doute avec le sentiment d’être le favori. Cet inspecteur des impôts et domaines de 63 ans, passé par plusieurs ministères dont ceux des Finances et des Affaires étrangères, avant d’être nommé Premier ministre de septembre 2022 au 6 mars dernier, a été choisi par Macky Sall dans un "souci de maintenir la stabilité et la continuité des politiques économique et sociale" du président sortant. Mais le dauphin du président a très vite été contesté au sein de son propre camp.
Plusieurs figures historiques de la coalition qui soutient le président Macky Sall, dont Benno Bokk Yakaar (BBY), ont quitté le camp présidentiel en raison du choix d’Amadou Ba en tant qu’éventuel successeur du président sortant. Parmi eux, l’ancien Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne et l’ancien ministre de l’Agriculture Aly Ngouille Ndiaye, qui ont d’ailleurs choisi, eux aussi, de se porter candidat à cette présidentielle.
Selon nombre d’analystes, la confusion longtemps entretenue par le président Macky Sall au sujet de sa volonté de briguer ou pas un troisième mandat, avant d’annoncer le 3 juillet son souhait de quitter le pouvoir au terme de son second mandat, a été fortement dictée par le souci de voir son camp déchiré par les candidatures multiples.
Un programme souverainiste et anticolonialiste
Candidat de "rupture" face à celui du "système", Bassirou Diomaye Faye, 44 ans, doit sa présence à cette présidentielle en quelque sorte au hasard. Numéro 2 de l’ex-parti des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (PASTEF) − aujourd’hui dissous après les violences souvent mortelles qui ont opposé les militants de cette formation et les forces de l’ordre entre mars 2021 et juin 202 −, Bassirou Faye ne se serait pas retrouvé à briguer la présidence si son ami et mentor Ousmane Sonko n’en avait été empêché.
Cet homme qui électrise la scène politique sénégalaise depuis cinq ans a vu sa candidature rejetée par le Conseil constitutionnel en janvier, du fait de sa condamnation au printemps dernier à six mois de prison avec sursis pour diffamation. Une peine qui le prive de ses droits électoraux durant cinq ans. Le "plan B" de l’ex-PASTEF était d’ailleurs à deux doigts de voir sa candidature échouer devant le Conseil constitutionnel.
Détenu en compagnie de son mentor dans une prison de Dakar, depuis avril 2023, pour "diffusion de fausse nouvelle, outrage à magistrat et diffamation envers un corps constitué", il ne doit la validation de sa candidature qu’au fait qu’il n’avait pas encore été jugé.
Libéré en même temps que son ami Sonko jeudi dernier, à la faveur d’une loi d’amnistie voulue par le président Sall pour apaiser le climat politique trop tendu depuis trois ans, Bassirou Diomaye Faye est le seul candidat qui n’a pas pu lancer sa propre campagne.
Son programme, qui se veut celui de la rupture avec le "système" mis en place depuis l’indépendance en 1960, s’articule autour des thèmes du discours souverainiste et panafricaniste, avec des attaques récurrentes contre "la mafia d’État", les multinationales et l’emprise économique et politique exercée selon lui par l’ancienne puissance coloniale, la France.
La recette avait réussi à son mentor lors de la présidentielle de 2019. Sonko y avait surpris en se classant troisième avec environ 15% des voix, alors qu’il se présentait pour la première fois. A son bras droit, il promet aujourd’hui une victoire au premier tour.
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