Palestine, une énième conférence pour une énième résolution
Une nouvelle conférence devait avoir lieu du 17 au 20 juin à l’ONU pour tenter, une fois de plus, de réaffirmer le droit des Palestiniens à un État indépendant, vivant côte à côte avec Israël. Cette initiative de solution à deux États fut lancée par le président Emmanuel Macron lors de sa visite en Arabie-Saoudite à la fin de l’année dernière, au moment où l’armée israélienne continuait, sans discernement, ses attaques meurtrières contre des populations civiles palestiniennes sans défense à Gaza.
Cette réunion a été reportée sine die en raison de la guerre entre Israël et l'Iran. Mais elle n'est pas annulée. Elle reste à l'ordre du jour.
Que sortira-t-il de cette réunion sur ce douloureux problème palestinien qui empoisonne le monde, et que la communauté internationale traine depuis la naissance de l’ONU à nos jours, sans pouvoir entrevoir une solution juste, équitable et pérenne ? Verrons-nous une lueur d’espoir à ce conflit persistant, ou alors cette conférence sera, comme toutes les précédentes, un simple rituel et un rappel fade des principes qui, à force de les réitérer, sont devenus creux et vides de sens ?
Cette initiative lancée par le président français et le prince héritier saoudien était un geste pour répondre aux opinions de la région qui ne comprenaient pas comment le pays des droits de l’Homme tergiverse à reconnaitre l’Etat palestinien ? Comment peut-il rester silencieux et insensible à tant de massacres de Palestiniens, sans réagir et condamner les crimes commis par l’armée israélienne ? Pire, selon plusieurs rapports documentés, la France continuait à fournir allègrement à Israël des armes en abondance pendant ce temps de conflit, et elle est donc complice des crimes de guerre en cours.
Certes, Macron a laissé entendre à cette occasion que son pays reconnaitra, au moment voulu, l’État de Palestine, sans pour autant fixer une date précise à cette annonce. On verra si la conférence de haut niveau quand elle aura lieu à New-York sera l’occasion d’une telle annonce, et si la France rejoindra enfin les autres nations européennes, comme l’Espagne, l’Irlande et la Norvège, en reconnaissant officiellement et ouvertement l’État de Palestine, malgré toutes les pressions qu’elle subit pour ne pas emprunter cette voie.
C’est sans doute l’Arabie saoudite qui confirme, par cette initiative co-décidée avec Paris, sa place stratégique dans l’échiquier mondial et une force incontournable à tout équilibre régional. Aux yeux de la communauté internationale, en plus de son rôle religieux et de ses richesses pétrolières, elle est devenue l’État-pivot dans ce Moyen-Orient en trouble et en pleine reconfiguration politique.
C’est pour cette raison que le gouvernement israélien de Benyamin Netanyahou a fait depuis longtemps une fixation d’établir avec le royaume saoudien, ne serait-ce qu’une bribe de relation officielle, pour l’afficher ostensiblement comme une victoire. Cependant, ce souhait qui était plausible à un moment, ne l’est plus aujourd’hui, en raison du comportement guerrier de Netanyahou et de sa politique insensée de vouloir effacer par tous les moyens les Palestiniens de Gaza.
En impliquant l’ONU dans l’organisation de cette conférence, Ryad comme Paris sont conscients de l’utilité de cette démarche pour l’inscrire dans un processus conforme à la légalité internationale. Ils auraient pu organiser une conférence ad hoc dans l’un ou l’autre pays, mais cela n’aurait aucun impact légal sur le processus de paix lui-même. C’est ainsi que cette proposition fut soumise au vote à l’Assemblée générale de l’ONU le 3 décembre de l’année dernière, où elle a obtenu l’aval de la communauté internationale. Une large majorité de 157 délégations a approuvé l’organisation de la conférence, à l’exception d’Israël et des États-Unis toujours réfractaires à ce genre d’exercice.
On connaît la frilosité de la diplomatie israélienne à tout ce qui se rapporte à l’ONU et aux résolutions la concernant. C’est pourtant cette organisation qui lui a donné naissance et son statut juridique actuel, et l’a reconnue comme telle dans le concert des nations. La sensation qu’a Israël d’être mis au ban de la société internationale est due uniquement à sa politique agressive et meurtrière et à son non-respect des résolutions.
Ainsi, les décisions de cette nouvelle conférence reprendront les mêmes thèmes ressassés par le passé. C’est-à-dire tout ce que nous savons déjà, et ce que l’ONU a accumulé comme recommandations et directives sur ce différend. Elles seront non contraignantes et ne trouveront aucun écho ni chez les dirigeants actuels d’Israël ni dans l’administration américaine. Le représentant permanent israélien n’a-t-il pas déchiré un jour, publiquement et devant les pays membres, la charte même des Nations unies, celle qui a donné son acte de naissance à l’État d’Israël ?
A l’issue de cette conférence, on pourrait comme d’habitude lire une résolution qui demande à Israël, pays occupant, de mettre fin à sa présence illicite dans les territoires palestiniens dans les meilleurs délais. De cesser immédiatement toute implantation des colonies et de faire évacuer les colons des territoires palestiniens. Elle pourra recommander à Israël de se retirer également des territoires palestiniens et de réparer les dommages causés aux populations civiles. Elle rappellera sans doute à Israël la nécessité d’établir un État palestinien sur les frontières de 1967. Mais Israël, enfermée dans une logique suicidaire, n’en aura cure. Elle ne prête aucune attention à ces injonctions qu’elle considère comme de la rhétorique onusienne.
Face à ce dédain, la communauté internationale ne peut rester passive et insensible aux horreurs de la guerre et à la tragédie humaine en Palestine. Pour des raisons morales et éthiques, l’ONU doit agir d’urgence pour arrêter les massacres de civils innocents. L’humanité ne peut tolérer outre mesure ces cycles dévastateurs de morts et de destruction massive des biens, d’écoles et d’hôpitaux, sous le regard passif de l’Occident, historiquement responsable de cette tragédie.
Cet Occident, et à sa tête les Etats-Unis, est moralement responsable de la situation en Palestine. Il sait pertinemment que ce conflit ne peut être résolu ni par une guerre permanente ni par une occupation sans fin. Et il faudrait, un jour ou l’autre, permettre aux Palestiniens, comme aux Israéliens, de vivre dans deux pays aux frontières sûres et reconnues, dans des Etats souverains et indépendants, qui vivent dans la paix, la sécurité et la dignité. Mais cette paix ne peut être atteinte sans la résolution juste et équitable de ce conflit qui a assez duré.
Le conflit israélo-palestinien est en effet au cœur de l’instabilité régionale. Il compromet gravement les perspectives de développement de cette partie si sensible du monde. Il porte en outre atteinte et préjudice aux droits humains, et alimente par là même ce cycle tragique de ressentiment et de violence entre les peuples de la région et bien au-delà. C’est également cette violence israélienne, délibérée et aveugle, et dont les civils sont les premières victimes, qui alimente à son tour une partie de l’antisémitisme de par le monde.
Alors comment cette conférence fera passer ce message de paix aux Israéliens et aux Américains qui comptent certainement la bouder par dédain ou par mépris ? A coup sûr, tôt ou tard, ils finiront par écouter la voix de la majorité des nations, celle de la raison et du bon sens qui appellent à mettre fin à cette tragédie humaine de notre temps. En soi, cette conférence aura le mérite au moins de rappeler l’essentiel aux humains. Que la pérennisation du statu quo de ce conflit est devenue aussi tragique que cette guerre elle-même qui risque de s’étendre au-delà du Moyen-Orient.
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