img_pub
Rubriques

Pénurie d'eau, nouvelle menace pour la sécurité nationale et internationale

Dans un monde souffrant de plus en plus de stress hydrique, les eaux partagées sont un enjeu de pouvoir et font l’objet de compétitions entre les pays, voire entre les différents usagers. Ce combat pour l’eau attise les tensions politiques et exacerbe l’impact sur les écosystèmes.  

Le 11 juillet 2014 à 11h13

MOSCOU – Le Vietnam est devenu, le 19 mai, le 35e Etat partie à la Convention des Nations Unies sur le droit relatif aux utilisations des cours d’eau internationaux à des fins autres que la navigation. Cette convention entrera donc en vigueur le 17 août 2014, 90 jours plus tard conformément à ses statuts.

50 ans ont été nécessaires à l’élaboration de son texte et à l’atteinte du nombre d’Etats requis, révélant un réel problème du système multilatéraliste contemporain. Certes la gestion et l’allocation des ressources en eau partagées continuent d’opposer les Etats, et l’on peut comprendre que les gouvernements et les professionnels de l’eau aient longtemps préféré doter leurs cours d’eau d’accords de bassins plutôt que d’instruments juridiques internationaux, mais ce délai de 50 ans ne peut s’expliquer que par un manque de leadership politique. Ainsi, même s’il est légitime de se réjouir de cette entrée en vigueur tant attendue, il convient de ne pas se reposer sur nos lauriers.

La consommation en eau augmente plus vite que la population mondiale

Près de 60% de l’eau douce coule dans des fleuves transfrontaliers, or seulement 40% d’entre eux bénéficient d’accords de bassins. Dans un monde souffrant de plus en plus de stress hydrique, les eaux partagées sont un enjeu de pouvoir et font l’objet de compétitions entre les pays, voire entre les différents usagers. Ce combat pour l’eau attise les tensions politiques et exacerbe l’impact sur les écosystèmes.

Mais la véritable mauvaise nouvelle est que la consommation en eau augmente plus vite que la population mondiale – deux fois plus vite au vingtième siècle. Plusieurs agences des Nations unies prédisent que d’ici 2025, 1,8 milliard de personnes vivront dans des régions frappées de pénurie absolue en eau, c’est-à-dire, entre d’autres termes, qu’il n’y aura pas d’eau en quantités suffisantes pour l’Homme et pour l’environnement. Deux tiers de la population mondiale seront confrontés à des situations de stress hydrique, c’est-à-dire à une pénurie des ressources en eau renouvelables.

Si rien n’est fait, la demande en eau dépassera de beaucoup la capacité d’adaptation de nos Sociétés. Ce qui pourrait se traduire par des migrations massives, par la stagnation économique et par des conflits, le tout constituant une nouvelle menace pour la sécurité nationale et internationale.

La Convention des Nations unies sur les cours d’eau internationaux ne doit pas être de celles qui finissent dans un tiroir. Les enjeux sont trop importants. Dans le contexte actuel de changement climatique, de demande croissante en eau, de croissance démographique, de pollution et de ressources surexploitées, tout doit être fait pour consolider le cadre juridique de la gestion des bassins hydrographiques. Notre sécurité environnementale, notre développement économique et notre stabilité politique en dépendent.

La convention s’appliquera bientôt à tous les cours d’eau transfrontaliers sillonnant les territoires de ses Etats signataires, pas uniquement aux grands bassins. Elle comblera les lacunes et les insuffisances des accords existants et fournira une couverture juridique aux nombreux cours d’eau internationaux de plus en plus surexploités.

Le monde compte 276 bassins transfrontaliers et à peu près autant d’aquifères transfrontaliers. Adossée à des financements appropriés, à une volonté politique et à l’implication des parties prenantes, la convention peut aider à faire face aux défis de l’eau. Mais le pourra-t-elle ?

Un agenda ambitieux devrait être adopté maintenant et le contexte s’y prête puisque la communauté internationale négocie le contenu des objectifs de développement durable, objectifs voués à prendre la suite des objectifs du millénaire pour le développement dont le processus se terminera en 2015. A Green Cross, nous espérons que les nouveaux objectifs, qui devront être atteints d’ici 2030, contiendront un volet dédié aux problématiques de gestion des ressources en eau.

La communauté internationale devra aussi bientôt se mettre d’accord sur la suite à donner au Protocole de Kyoto sur les changements climatiques. Les changements climatiques impactent directement le cycle de l’eau, ce qui veut dire que tous les efforts engagés pour limiter les émissions de gaz à effet de serre aideront à stabiliser les régimes pluviométriques et à réduire le nombre de phénomènes hydrologiques extrêmes auxquels de plus en plus de régions sont confrontées.

Un cadre juridique international s'impose

L’entrée en vigueur de la convention des Nations unies sur les cours d’eau internationaux pose cependant autant de nouvelles questions qu’elle n’en posait avant. Qu’impliquera sa mise en œuvre en pratique ? Comment les pays l’appliqueront-ils sur leurs territoires et en relation avec leurs voisins ? Quelle sera la réponse des continents américains et asiatiques qui ont largement ignoré la convention jusqu’à présent ?

De plus, comment la convention cohabitera t-elle avec la convention sur la protection et l'utilisation des cours d'eau transfrontières et des lacs internationaux déjà en vigueur dans la plupart des pays européens et d’Asie centrale et qui, depuis février 2013, s’est ouverte à la ratification par tous les états membres des Nations unies ? Et quel sera l’impact de la mise en œuvre de la convention sur les accords de bassins existants ?

Les pays ayant ratifié la convention des Nations unies sur les cours d’eau internationaux doivent maintenant s’attaquer à sa mise en œuvre et en profiter pour aller plus loin dans leurs efforts de protection et d’utilisation durable des eaux transfrontalières. Quels outils, y compris financiers, la convention leur fournira t-elle ?

Plusieurs instruments juridiques peuvent être mis en œuvre en synergie : la convention de Ramsar sur les zones humides, la convention sur la lutte contre la désertification et la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques pour n’en citer que quelques unes. L’entrée en vigueur si longtemps reportée de la convention des Nations unies sur les cours d’eau internationaux devrait être vue par ses signataires comme l’occasion d’encourager ceux qui ne sont pas engagés dans des accords de coopération à vraiment travailler sur ces questions.

Clairement, les politiques et les diplomates, seuls, ne pourront faire face aux défis auxquels nous sommes confrontés. Le monde a besoin de leaders politiques ainsi que de l’implication du secteur privé et de la société civile. La mise en œuvre effective de la cconvention des Nations unies sur les cours d’eau internationaux ne se fera pas sans eux.

Ces aspects, souvent sous-estimés, sont la condition sine qua non d’une coopération réussie et générant des bénéfices à long-terme. La participation de l’ensemble des parties prenantes (notamment des populations concernées), et le développement des capacités à identifier et partager les bénéfices liés aux ressources en eau partagées devraient faire partie intégrante de toute stratégie visant à promouvoir la coopération entre les Etats.

© Project Syndicate 1995–2014

Tags : miel
Par
Le 11 juillet 2014 à 11h13

à lire aussi

La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka
Quoi de neuf

Article : La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka

Lors du MAP Town Hall organisé à Rabat, le ministre de l’Équipement et de l’Eau a détaillé cinq priorités : dessalement, interconnexions entre bassins, équité territoriale, préservation des ressources et valorisation de l’expertise marocaine à l’international.

Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance
TOURISME

Article : Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance

Le tourisme marocain est en avance sur son propre calendrier. Alors que l’objectif officiel reste fixé à 26 millions de visiteurs en 2030, les performances récentes poussent déjà le secteur à préparer l’étape suivante : une nouvelle feuille de route pouvant viser 30 millions d’arrivées et près de 200 milliards de dirhams de recettes.

Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca
Quoi de neuf

Article : Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca

En 2022, seuls 1.647 employeurs sur près de 315.000 cotisants ont bénéficié des contrats spéciaux de formation, selon le Conseil, qui recommande un fonds dédié, la digitalisation des démarches et un meilleur accès pour les TPME et les indépendants.

Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026
La séance du jour

Article : Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026

L’indice principal s’est établi à 18.563,40 points, dans un volume d’échanges de 237,9 MDH sur le marché central, avec Managem, TGCC et Alliances parmi les valeurs les plus actives.

La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP
Mines

Article : La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP

C’est l’histoire d’un minerai longtemps négligé qui revient au centre du jeu industriel. Alors que les prix du soufre atteignent des niveaux historiques, OCP prépare dès 2027 la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite, avec Managem et d’autres acteurs miniers en toile de fond. Explications.

Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial
Quoi de neuf

Article : Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial

Après dix-sept années passées à La Mamounia, Lamia El Ghorfi a annoncé son départ de la Direction de la communication et des projets culturels. Elle indique vouloir se consacrer à un projet familial, tandis que son successeur sera dévoilé dans les prochains jours.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité