img_pub
Rubriques

Plus de récoltes pour une moindre consommation d’eau

Selon l'Onu, les sécheresse sont les "catastrophes naturelles les plus coûteuses de la planète". Elles coûtent de 6 à 8 MM de dollars par an. Sur le plan humain, et depuis 1900, elles ont frappé 2 milliards d’individus, coûtant la vie à plus de 11 millions de personnes.

Le 11 août 2014 à 11h27

C’est la raison pour laquelle notre planète se révèle si vulnérable, les régions les plus affectées comprenant aujourd’hui l’Australie, l’Afrique sub-saharienne, l’Asie du Sud, l’Amérique du Nord et du Sud, ainsi que le Moyen-Orient.

 

STANFORD – Dans la mesure où l’agriculture représente en moyenne 70% de la consommation d’eau à travers le monde, la logique exigerait que ce secteur s’inscrive au cœur des mesures de préservation. Dans cette perspective, il existe une technologie éprouvée, susceptible d’atténuer considérablement l’impact des sécheresses: l’ingénierie génétique (IG).

Parfois qualifié de mécanisme de "modification génétique", l’IG permet aux phytogénéticiens de conférer de nouvelles caractéristiques à certaines variétés agricoles – telles que la capacité à retenir davantage l’eau. Bien que la recherche et le développement soient entravés par l’opposition de militants et par l’excès des réglementations gouvernementales, le développement de variétés d’IG résistantes à la sécheresse fait son apparition dans de nombreuses régions du monde.

Ces vingt dernières années, les variétés de ce type ont été cultivées sur plus d’1,5 milliard d’hectares, par plus de 17 millions d’exploitants agricoles répartis dans 30 pays – sans pour autant perturber le moindre écosystème, ni causer les moindres maux d’estomac. À travers le monde, ces nouvelles variétés ont généré d’"importants bénéficies économiques nets au niveau des exploitations, à savoir 18,8 milliards de dollars en 2012, et avant cela quelque 116,6 milliards de dolars" entre 1996 et 2012, selon un récent rapport de Landes Bioscience.

La plupart de ces nouvelles variétés végétales sont destinées à résister aux herbicides, de sorte que les agriculteurs puissent recourir à des pratiques de culture plus écologiques, faisant intervenir un moindre travail des sols ; de nombreuses autres variétés ayant également été élaborées pour résister aux nuisibles et autres maladies susceptibles de ravager les récoltes. D’autres encore présentent une valeur nutritionnelle supérieure, idéales pour les populations des pays en voie de développement, qui peinent à bénéficier des nutriments les plus nécessaires à une vie productive et en bonne santé.

Cultiver de nouvelles variétés résistantes à la sécheresse

Mais plus important encore, l’atout majeur, à la fois en termes de sécurité alimentaire et d’environnement, résidera à long terme dans une capacité à cultiver de nouvelles variétés capables de tolérer les périodes de sécheresse et autres contraintes liées aux ressources en eau. En effet, la plus petite réduction des volumes d’eau utilisés pour l’irrigation pourrait revêtir des avantages considérables, et notamment dans les régions les plus concernées par la sécheresse.

Afin d’élaborer de telles variétés, les chercheurs en biologie végétale ont identifié les gènes capables de réguler l’utilisation d’eau, et les ont transférés vers d’autres variétés importantes, leur permettant ainsi de croître en consommant pourtant une eau en moindre quantité et de qualité inférieure, telle que l’eau recyclée ou particulièrement chargée en sels minéraux naturels. Les chercheurs égyptiens ont démontré qu’en transférant un seul et unique gène à partir de l’orge et en direction du blé, les variétés pouvaient tolérer une pénurie d’eau pendant une période plus prolongée. Cette nouvelle variété résistante à la sécheresse ne nécessite qu’une irrigation de 1/8e par rapport aux cultures de blé traditionnelles ; les cultures pouvant, dans certains déserts, ne solliciter que l’eau de pluie.

D’autres types de variétés d’IG, de type résistantes aux maladies et aux nuisibles, améliorent indirectement l’efficience de la consommation d’eau. Dans la mesure où la plupart des pertes liées aux maladies et aux nuisibles surviennent une fois les variétés arrivées à pleine croissance – à savoir lorsque la majeure partie du volume d’eau nécessaire à cette croissance a d’ores et déjà été fournie – cette faculté de résistance signifie un rendement agricole supérieur par unité d’eau investie. En bref, les exploitants agricoles sont en mesure de générer davantage des récoltes pour une moindre consommation d’eau.

Préserver l’eau selon d’autres mécanismes

Les technologies d’ingénierie génétique moléculaire ont également la faculté de préserver l’eau selon d’autres mécanismes. Un tiers des terres irriguées à travers le monde ne permettent pas la culture de variétés agricoles en raison de la présence de sel – conséquence de fertilisations répétées. Afin de pouvoir exploiter les plus de 200.000 hectares de terres irrigables qui chaque année ne sont pas cultivées, les scientifiques ont renforcé la tolérance au sel de variétés aussi diverses que la tomate ou le colza. Ces variétés transformées sont capables de croître sur des sols salins, et peuvent être irriguées par des eaux saumâtres, en conservant l’eau douce à d’autres fins.

Les obstacles réglementaires

Compte tenu de ces atouts potentiels, on s’attendrait à ce que de telles technologies soient universellement saluées et encouragées. Or, elles se heurtent à de solides obstacles réglementaires. L’Europe interdit par exemple massivement la culture de variétés d’IG ; et bien que l’Inde ait approuvé une variété de coton résistante aux insectes, ces cultures n’ont toujours pas été amorcées. Même lorsque des variétés d’IG sont bel et bien cultivées, nombre de réglementations infondées sur le plan scientifique et excessivement lourdes poussent considérablement à la hausse le coût de production de nouvelles autres variétés, tenant à l’écart du marché de nombreuses espèces pourtant prometteuses.

Ces décisions s’avèrent irrationnelles, dans la mesure où elles appréhendent le risque de manière illogique. Elles autorisent l’utilisation largement dérégulée de nouvelles variétés de plantes et micro-organismes pourtant élaborées selon des procédés moins précis et moins prévisibles, au prétexte qu’elles se révéleraient en quelque sorte plus "naturelles", tout en imposant de strictes réglementations – voire interdictions – aux variétés faisant intervenir les connaissances et les méthodes les plus abouties.

Tandis que s’amenuisent les ressources en eau, que s’étiolent les récoltes les plus frappées par la sécheresse, et que ne cessent de grimper les prix alimentaires, la nécessité d’une agriculture résiliente se fait de plus en plus évidente – et de plus en plus urgente. À condition de mettre en place des politiques publiques plus rationnelles, nous pourrions faire face à ces défis dès aujourd’hui. Combien de malheurs prévisibles et de morts inutiles faudra-t-il encore déplorer pour que nos dirigeants retrouvent enfin la raison ?

Traduit de l’anglais par Martin Morel

© Project Syndicate 1995–2014

Par
Le 11 août 2014 à 11h27

à lire aussi

La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka
Quoi de neuf

Article : La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka

Lors du MAP Town Hall organisé à Rabat, le ministre de l’Équipement et de l’Eau a détaillé cinq priorités : dessalement, interconnexions entre bassins, équité territoriale, préservation des ressources et valorisation de l’expertise marocaine à l’international.

Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance
TOURISME

Article : Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance

Le tourisme marocain est en avance sur son propre calendrier. Alors que l’objectif officiel reste fixé à 26 millions de visiteurs en 2030, les performances récentes poussent déjà le secteur à préparer l’étape suivante : une nouvelle feuille de route pouvant viser 30 millions d’arrivées et près de 200 milliards de dirhams de recettes.

Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca
Quoi de neuf

Article : Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca

En 2022, seuls 1.647 employeurs sur près de 315.000 cotisants ont bénéficié des contrats spéciaux de formation, selon le Conseil, qui recommande un fonds dédié, la digitalisation des démarches et un meilleur accès pour les TPME et les indépendants.

Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026
La séance du jour

Article : Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026

L’indice principal s’est établi à 18.563,40 points, dans un volume d’échanges de 237,9 MDH sur le marché central, avec Managem, TGCC et Alliances parmi les valeurs les plus actives.

La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP
Mines

Article : La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP

C’est l’histoire d’un minerai longtemps négligé qui revient au centre du jeu industriel. Alors que les prix du soufre atteignent des niveaux historiques, OCP prépare dès 2027 la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite, avec Managem et d’autres acteurs miniers en toile de fond. Explications.

Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial
Quoi de neuf

Article : Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial

Après dix-sept années passées à La Mamounia, Lamia El Ghorfi a annoncé son départ de la Direction de la communication et des projets culturels. Elle indique vouloir se consacrer à un projet familial, tandis que son successeur sera dévoilé dans les prochains jours.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité