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Pourquoi je défends Much Loved-Zin li fik

Qu’on l’apprécie ou qu’on le déteste, Nabil Ayouch est un réalisateur qui sait prendre des risques. Much Loved est un film convaincant qui brosse un tableau réaliste et touchant du milieu des prostituées au Maroc.

Le 5 juin 2015 à 0h00

A l’issue de la projection privée du film le plus décrié de l’histoire du cinéma marocain, ma grille de lecture évidemment subjective peut se résumer en trois mots: impertinent, drôle et très émouvant.

Contrairement à certaines accusations, la démarche du film n’est pas de heurter les sensibilités morales des Marocains ou de dénoncer la prostitution mais simplement de la montrer sous son vrai visage.

L’esthétique de ce long métrage apporte un vent de fraicheur inédit au cinéma marocain car le réalisateur ose l’indicible et brise les tabous en étalant publiquement certaines dérives du Maroc.

On peut critiquer l’œuvre de Nabil Ayouch après l’avoir vue, mais certainement pas l’accuser d’exploiter la misère humaine sous prétexte qu’il se doit comme cinéaste de porter haut les couleurs de son pays.

Accusé de salir l’image du Maroc et des femmes marocaines, il faut rappeler qu’il avait connu une levée de boucliers de moindre ampleur après son film sur les enfants des rues (Ali Zaoua). Une triste réalité que déjà certains esprits chagrins ou chauvins voulaient occulter à tout prix.

Indéniablement, son nouveau film secoue le cocotier en ébranlant les certitudes de concitoyens refusant d’admettre que la prostitution existe au Maroc et qu’elle n’est pas l’apanage de l’Occident.

Sa force ne réside pas dans l’originalité du scénario qui ne fait que s’inspirer d’une certaine réalité que tout le monde connaît, mais dans le jeu étonnamment crédible du casting.

La cadence du rythme narratif est soutenue sans aucune longueur grâce à l’alternance savamment dosée de scènes provoquant des fou-rires et des émotions à fleur de peau.

Si le film est très écrit au niveau du scénario, ce qui frappe d’emblée c’est que Nabil Ayouch a laissé une incroyable liberté d’action à ses actrices pour s’exprimer comme bon leur semble.

Au regard de la crudité naturelle de plusieurs dialogues, il semble improbable qu’il en soit le seul auteur à moins qu’il n’ait baigné dans le milieu de la prostitution depuis sa tendre enfance.

La prestation de l’actrice principale Loubna Abidar (Noha) est à cet égard tellement convaincante et le choix de la retenir dans le casting du film est indéniablement une réussite. Elle crève littéralement l’écran en ne donnant absolument pas l’impression de jouer un rôle de composition.

Le langage est certes extrêmement cru mais Nabil Ayouch n’a pas inventé le fil à couper le beurre avec ses actrices qui jouent des rôles de péripatéticienne, et pas de saintes.

L’esthétique des images d’orgie avec les richissimes saoudiens entourés de dizaines de prostituées renvoient aux oeuvres picturales des peintres flamands Jérôme Bosch ou de Brueghel l’Ancien.

On y retrouve des atmosphères où la laideur et l’hypocrisie sont sublimées avec des personnages mêlant débauche et morale. 

Les nombreuses humiliations imposées contre monnaies trébuchantes rappellent aussi celles du cultissime « Salo ou les 120 jours de Sodome » réalisé par le réalisateur italien Pier Paolo Pasolini.

Tout comme lui, Ayouch montre la toute-puissance de l’argent permettant de soumettre et de disposer du corps des femmes déshumanisées. La scène où elles sont obligées de miauler vautrées est significative de certaines dérives qui bradent les valeurs humaines et la valeur de l’humain.

Les insultes proférées contre le réalisateur portent sur sa « impardonnable » francophonie et francophilie incompatibles avec les valeurs morales d’un pays dont il ne connaîtrait pas les mœurs et les limites.

Faux, archifaux ! Il sait indéniablement mettre en relief certains traits de la société marocaine comme la notion de hchouma qui dicte les comportements vis-à-vis de la collectivité.

La scène émouvante où Nouha se rend au domicile maternel illustre à merveille la schizophrénie marocaine où l’argent du pêché est acceptée par sa mère malgré ses valeurs moralisatrices.

Le choix du titre du film « Zin li fik » (la beauté qui est en toi) est un bon résumé car derrière la vulgarité de façade se cache une humanité profondément touchante des prostituées malgré leur statut d’objet sexuel.

Bien évidemment, ce n’est pas un film à mettre entre toutes les mains mais sa thématique dérangeante n’est pas destinée aux enfants ou aux familles désireuses de le visionner sur petit écran.

C’est l’ultra-réalisme du film qui doit gêner ses détracteurs quotidiennement confrontés à des scènes de grande vulgarité dans la rue et qui refusent de les revivre de leur plein gré sur le grand écran.

Dommage car ce conte pourrait servir de catharsis à ceux qui persistent à fantasmer un Maroc parfait.

Si Ayouch n’a rien à voir avec l’univers loufoque du réalisateur John Waters, il s’en rapproche car lui aussi dans les années 1970 avait révolté de nombreux spectateurs avant de devenir une véritable icône du cinéma américain.

Pour reprendre la phrase d’un collègue particulièrement bien inspirée, « le mérite du film de Nabil Ayouch est que grâce à lui, il y aura un avant et un après Much Loved ». 

Par Rédaction Medias24
Le 5 juin 2015 à 0h00

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