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Que vont nous apporter les prochaines élections européennes ?

Le mandat du parlement européen actuel prend fin avec les élections qui se dérouleront ce mois de juin à travers les vingt-sept Etats membres. Durant ses cinq dernières années, cette institution a vu le monde se transformer au tour d’elle. Guerre en Ukraine, menaces russes, hésitation américaine, montée de puissance de la Chine, et perte d’influence en Afrique et au Moyen-Orient. C’est dans cet environnement que les électeurs européens sont appelés à élire leurs députés dans un environnement en plein bouleversement.

Le 29 avril 2024 à 16h39

Une nouvelle configuration sortira de cette élection qui dessinera la politique générale au sein de l’Union pour les cinq prochaines années. Avec notre pays, le parlement européen a été mis, par le passé, à contribution par certains de ses membres, et non moins amis, pour contrer les intérêts du Maroc. Ce fut le cas La première fois avec l’Espagne, après l’hospitalisation du chef du Polisario en avril 2021. Une seconde fois avec la France quand elle a poussé à l’adoption d’une résolution anti-marocaine en janvier 2023 sous couvert des droits de l’homme. Depuis, ces deux pays sont revenus à de meilleurs sentiments à notre égard.

L’intérêt que porte les citoyens européens à l’institution législative de l’Union varie d’une nation à l’autre. Selon certains sondages, parmi tous les membres de l’Union, la France est le pays où l’intérêt affiché pour l’élection de cette année reste faible par rapport aux élections européennes de 2019. Seuls 47% des citoyens français interrogés se disent intéressées par cette échéance, contre plus de de 70% pour les Allemands et les Néerlandais, et près de 60% des Espagnols et des Italiens.

Ainsi, et en comparaison avec les élections de 2019, les intentions de vote pour l’élection de juin progressent dans la majorité des pays membres selon des sondages effectués par l’Eurobaromètre. Les néerlandais sont 72% à vouloir voter, contre 61% en 2019, les Hongrois passent de 50% à 60%, les italiens de 51% à 59%, et les grecs de 50% à 56%. Seuls les français stagnent autour de 46% d’intention de vote pour cette échéance.

Par ailleurs, une grande majorité des citoyens européens de l’Union déclarent, à 60%, être intéressés ou très intéressés par l’élection des eurodéputés lors des élections de juin, selon Eurobaromètre publié le 17 de ce mois. Ce taux est supérieur de onze points par rapport aux intentions de vote lors de l’élection de 2019. Les citoyens européens ont conscience des dangers qui les entourent et des défis qui faut relever.  Les enjeux sont, cette fois-ci, plus élevés par rapport aux élections européennes précédentes.

C’est cette conscience qui fait que ces élections parlementaires ne sont plus considérées comme de second ordre. Les citoyens européens ont pris conscience que face à la Russie, à l’éventuelle arrivée d’un Donald Trump menaçant à la tête des États-Unis, et face aux défis économique et migratoire, l’Europe demeure leur dernier et seul refuge pour s’organiser et se défendre. Pour eux, leurs pays, pris séparément, sont faibles et vulnérables. Ils ne pourront venir à bout de leurs difficultés et des défis qui les menacent qu’ensemble et collectivement.

On assiste donc en Europe à une certaine normalisation de l’idée de la nécessité absolue de travailler en commun par crainte des défis extérieurs par des peuples connus pour être foncièrement attachés à leurs fortes identités respectives. Le débat ne se situe plus désormais au niveau des clivages entre pro-européens et eurosceptiques comme autrefois. Il se porte désormais davantage sur les orientations politiques que l’Union adoptera pour défendre ses propres valeurs et ses intérêts. Même les partis d’extrême-droite, hier populistes et rebelles, ne contestent plus l’existence de l’Union, ils tendent progressivement à la transformer de l’intérieur.

Selon un sondage effectué par Ipsos en mars dernier, sur un échantillon d’une population de 26000 personnes issues de 18 Etats membres, les intentions de vote ne chambouleront pas la structure actuelle du parlement européen. Le parti populaire européen, PPE, devrait conserver sa place de premier groupe avec presque le même nombre de sièges 177. Viendra après l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates S&D avec 136. La troisième place reviendra au groupe Renaissance, Renew, avec une projection de 85 sièges au lieu de 102 actuellement, enregistrant ainsi une perte de 17 sièges.

L’extrême-droite connaitrait une évolution certaine, et serait renforcée au sein de deux groupes distincts. D’abord au niveau du groupe Identité et Démocratie, ID, qui pourra passer de 59 sièges à 81, avec 22 députés de plus. Ensuite au sein du groupe des Conservateurs et réformistes, CRE, qui obtiendrait huit sièges additionnels, passant de 68 à 76 élus parlementaires. L’avancée de l’extrême-droite, si elle se confirme, se fera au détriment des écologistes et des verts donnés comme le groupe qui risque de basculer de 72 à 55 députes seulement.

Tous les pronostics donnent l’extrême-droite comme la quatrième force politique au sein de l’Union. Sa progression se fait au détriment du groupe Renaissance qui a été présidé par Stéphane Séjourné depuis 2021 jusqu’à sa nomination à la tête de la diplomatie française au début 2024. Selon toute vraisemblance, Renaissance comme les écologistes ou l’Alliance progressiste de gauche, seraient les perdants au profit des forces d’extrême-droite qui montent inéluctablement dans la presque totalité des pays membre de l’Union.

Malgré la montée attendue de l’extrême=droite, tout laisse à croire que les rapports de force au sein du parlement européen ne devraient pas fondamentalement changer. Les partis et les groupes pro-union, majoritaires comme le PPE, S&D et Renew, devraient avoir les coudées franches pour adopter les politiques qu’ils décident, et s’assurer une majorité pour voter les lois. La progression des partis de la droite radicale, CRE, ou nationaliste comme ID, peut cependant entrainer une multiplication de tentatives de blocage et de nuisance sur certains textes relatifs par exemple à l’immigration ou à l’environnement.

Cette percée prévisible des partis extrémistes au sein du parlement européen traduit leur montée irréversible à l’intérieur des pays membres. La droite nationaliste est déjà au pouvoir dans pays comme la Pologne et en Italie, elle est à la porte du pouvoir aux Pays-Bas avec le parti pour la liberté, ou en forte progression comme en France au Portugal. Tout laisse apparaitre que cette force montante sera au pouvoir dans les années à venir, aussi bien au niveau de chaque État membre qu’au niveau des institutions européennes elles-mêmes.

Cette nouvelle recomposition attendue du parlement européen devrait nous inciter, nous marocains, et dès maintenant, à repenser nos méthodes et réadapter nos politiques à l’égard de l’Union Européenne en général, et plus particulièrement vis-à-vis du Parlement européen. Pendant longtemps, cette instance a été utilisée, par nos adversaires, comme par certains de nos alliés, pour contrer nos intérêts stratégiques. Notre parlement, et à l’évidence nos partis politiques qui le composent, devraient, dès maintenant, s’atteler à cette tâche.

Le Maroc a redessiné sa politique avec les puissances étrangères comme avec les États-Unis la Chine, les pays du Golfe tout en proposant des politiques ambitieuses à l’égard de notre continent africain avec des ouvertures sur le Sahel et l’Atlantique. Ces initiatives prometteuses donneront incontestablement aux parlementaires européens une idée sur ce qu’est devenu le Maroc et ce qu’il leur propose et offre en termes de stabilité, de sécurité et de croissance.

Les tensions du passé entre cette institution européenne et le Maroc ont été soit l’œuvre de notre adversaire de l’Est, ou parfois des manœuvres de nos proches alliés du nord qui sont revenus maintenant à de meilleurs sentiments à notre égard. Avec le Portugal et l’Espagne, deux membres de l’UE, le Maroc organisera en 2030 la coupe du monde, qui sera là une occasion de plus pour renforcer davantage les relations entre l’Union et le Maroc, et plus globalement entre l’Europe et l’Afrique.

Le nouveau parlement européen s’inscrit dans un moment critique pour l’Europe. Le discours du président français Emmanuel Macron, prononcé à la Sorbonne ce 25 avril, était lucide quand il a averti du déclin de l’Europe, qu’elle est mortelle et qu’elle peut mourir de ses propres décisions. Si vous voulez résister au changement de règles en cours, à l’escalade de la violence, à la désinhibition des capacités du continent européen, le continent européen doit s’adapter en termes de concept stratégique, a-t-il annoncé.

Macron a proposé aux européens la création d’une nouvelle structure politique pour prendre les décisions qu’il faut sur l’immigration, la lutte contre la criminalité organisée, le terrorisme et la cybercriminalité. Il a même défini les cinq secteurs stratégiques sur lesquels les européens doivent se concentrer, à savoir l’Intelligence Artificielle, l’informatique quantique, l’espace, la biotechnologie et les nouvelles énergies. Le nouveau parlement européen qui verra le jour en juin se penchera certainement sur tous ces défis qui assaillent le vieux continent. Mais les députés des vingt-sept qui le composent sauront-ils à la hauteur des défis qui les attendent ?

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Le 29 avril 2024 à 16h39

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