img_pub
Rubriques

Qui veut être président des Etats-Unis?

Contrairement aux idées reçues, il existe de nombreux motifs de s'interroger sur les raisons de briguer le poste de président des Etats-Unis. Certes, il y a la gloire d'être élu l'homme le plus puissant du pays, d'entendre l'hymne personnel du président des Etats-Unis "Hail to the Chief" d'être salué par les militaires et d'être appelé "M. le Président". On préside d'élégants dîners d'Etat. On n'a jamais à prendre la file d'attente avant de prendre l'avion. Pourtant, les présidents manquent rarement de blanchir sous le harnais (et même si en l'espèce les cheveux de Joe Biden sont déjà blancs, le poids de sa charge ne va pas manquer de se faire sentir).

Le 12 avril 2021 à 16h01

WASHINGTON, DC – Les raisons de ce poids sont évidentes: les plans les mieux conçus tournent mal; des surprises désagréables attendent cet homme à chacun de ses pas. A ses débuts, l'administration de Biden semblait être un modèle d'efficacité, surtout par rapport au mandat chaotique de Donald Trump. Même avec une transition tronquée, une conséquence de l'insistance absurde et ruineuse de Trump sur le fait qu'il aurait remporté les élections, Biden et ses principaux collaborateurs semblaient bien préparés à gouverner. La cérémonie d'investiture de Biden, sous haute surveillance, s'est déroulée sans heurts, malgré les tensions qui ont persisté après l'attaque du Capitole du 6 janvier. Quelques heures plus tard, il signait 17 décrets et donnait des directives visant à inverser les politiques de Trump, par exemple en arrêtant la construction du mur à la frontière mexicaine.

La première priorité législative et exécutive de Biden a été de maîtriser la pandémie de Covid-19, jusque-là hors de contrôle. Selon certains experts, la mauvaise gestion de la crise sanitaire par Trump a coûté inutilement la vie à plusieurs centaines de milliers d'Américains.

Les premières mesures de Biden, notamment la marche arrière sur le retrait de Trump des organisations multinationales ainsi que la mise en œuvre de politiques sur l'environnement et sur l'égalité des droits, sont allées encore plus loin que celles de tout autre président moderne annulant les politiques de son prédécesseur. Personnage affable et accessible, Biden s'est révélé finalement plus ferme que prévu. Il a maintenu ses appels à l'union nationale, mais si les Républicains n'avaient pas eu l'intention de collaborer avec lui, en dépit de bonnes raisons de penser qu'ils n'iraient pas si loin, Biden a démontré qu'il était prêt à poursuivre ses travaux sans eux.

Un tsunami de défis

Les Républicains trumpifiés, devenus plus partisans que jamais, s'opposent même à une proposition d'expert visant à renforcer l'insuffisance manifeste des effectifs de police du Capitole. Certains Trumpiens ont insisté sur le fait que l'émeute du 6 janvier au Congrès, déclenchée par Trump et qui s'est soldée par la mort de cinq personnes, n'était pas une affaire de première importance.

A la mi-février, le large consensus à Washington, parmi ceux qui ne font pas partie du culte de Trump, était que Biden "n'avait pas commis le moindre impair". Mais ensuite, sa présidence, en apparence enchantée, a essuyé un tsunami de défis. A moins de poursuivre les pratiques de Trump, Biden ne pouvait pas faire grand-chose pour empêcher que toute l'Amérique centrale et le Mexique se passe le mot, selon lequel son administration serait plus clémente envers les immigrés. Début avril, le nombre de franchissements de la frontière avait atteint son plus haut niveau depuis 15 ans, dont un nombre record d'adolescents et d'enfants non accompagnés de leurs parents, ce qui a saturé la capacité du gouvernement à les prendre en charge.

Biden, dans un rare fait de verbiage, et malgré son intention manifeste de diriger une administration transparente, a prétendu qu'il ne s'agissait pas d'une crise et que ce phénomène n'était pas très différent de ce qui s'était passé chaque année à peu près à la même époque. Dans un autre rare faux pas, son administration s'est montrée opaque au sujet des conditions de vie dans certains camps de réfugiés frontaliers.

Depuis longtemps l'immigration se révèle être une question politiquement insoluble aux Etats-Unis, et les Républicains ont profité de l'occasion pour mettre Biden dans l'embarras à ce sujet. Sa nomination de la vice-présidente Kamala Harris à la tête du groupe de travail visant à réduire le nombre de migrants a été un honneur mitigé. La mission de Harris consiste à cerner les "causes profondes" du phénomène migratoire, comprendre pourquoi tant de personnes en provenance du Salvador, du Guatemala et du Honduras veulent émigrer, ou envoyer leurs enfants sur cette route extrêmement dangereuse vers le nord. Les causes profondes se définissent en termes de gouvernements corrompus, d'économies mal en point, de violence des gangs et du changement climatique, aucun de ces problèmes ne pouvant bénéficier d'une solution à court terme.

L'administration Biden n'avait pas non plus anticipé la réapparition d'un autre problème tenace, la facilité à se procurer des armes. Mais deux fusillades de masse en moins d'une semaine à la fin du mois de mars à Atlanta puis à Boulder au Colorado ont remis cette la question à l'ordre du jour. Cependant, le contrôle des armes à feu est beaucoup plus populaire auprès de l'opinion publique que du côté des politiciens élus à Washington, qui craignent encore le pouvoir de la National Rifle Association (NRA), bien qu'elle fasse l'objet de contestations judiciaires.

Accomplir de grandes choses

Ce qui a changé ces dernières années, c'est la puissance croissante des défenseurs du contrôle des armes à feu. A chaque massacre de masse, ces défenseurs se disent que cette fois-ci, ils ont une chance de triompher. C'est ce qu'ils disent en ce moment. La proposition la plus populaire consiste à étendre la vérification des antécédents sur les acheteurs d'armes à feu. Sauf qu'en l'espèce, le tireur de Boulder avait passé avec succès une vérification de ce type. Biden a notamment renouvelé une interdiction des armes d'assaut, mais il ne permet pas pour autant à ce problème de lui barrer la route vers d'autres priorités.

La priorité la plus urgente de Biden est désormais son programme d'infrastructure de plus de 2.000 milliards de dollars. Je pense que la décision de Biden de "miser gros" sur cette question, ainsi que sur le plan de sauvetage contre la pandémie de près de 2 milliards de dollars auparavant, reflète en partie une rivalité souterraine entre Biden et Barack Obama: Obama était prudent et Biden, son lieutenant dévoué, se montre délibérément audacieux. Obama a fait des concessions face aux Républicains, qui se sont opposés de toute façon aux propositions.

Le concept d'infrastructure de Biden est généreux, c'est le moins que l'on puisse dire: Pete Buttigieg, le Secrétaire d'Etat aux transports, le définit comme "le fondement qui permet aux Américains de prospérer". Le programme de Biden va bien au-delà de l'ancien concept d'infrastructure routes-ponts-eau, qui ne représente en fait qu'une infime partie du plan, mais contient entre autres le changement climatique et les soins à domicile pour personnes âgées. Une deuxième partie, relative aux écoles et au logement abordable, doit être proposée plus tard. Le programme énorme et les taxes qui en découlent rencontrent l'opposition des deux partis, mais une décision parlementaire établissant qu'il peut être adopté au Sénat par 51 voix (par conciliation) représenterait une aide énorme en faveur de Biden.

Certains présidents se laissent aller au "syndrome de Mount Rushmore" en déployant beaucoup d'énergie afin d'accomplir de grandes choses. Biden, lui qui en temps normal n'élève jamais la voix et cultive une apparence modeste, tente sa chance de passer à la postérité.

© Project Syndicate 1995–2021

Par
Le 12 avril 2021 à 16h01

à lire aussi

Le musée du continent africain devrait ouvrir à la fin de 2027 (Mehdi Qotbi)
CULTURE

Article : Le musée du continent africain devrait ouvrir à la fin de 2027 (Mehdi Qotbi)

Porté par la Fondation nationale des musées, le futur musée du continent africain a franchi une étape décisive. Le président Mehdi Qotbi nous annonce que le plus grand complexe muséal d'Afrique, dont les travaux de gros œuvre ont dépassé 85%, entre dans sa phase finale avant une ouverture au public lors du dernier trimestre 2027.

Le jardinier marocain de Jany Le Pen expulsé vers le Maroc pour séjour irrégulier
Quoi de neuf

Article : Le jardinier marocain de Jany Le Pen expulsé vers le Maroc pour séjour irrégulier

Selon une information révélée par Le Parisien, Hatim B., un Marocain de 32 ans qui effectuait des travaux de jardinage chez Jany Le Pen, veuve de Jean-Marie Le Pen, a été expulsé le jeudi 23 avril vers le Maroc. En situation irrégulière en France depuis 2017, il faisait l’objet d’une mesure d’éloignement décidée par le préfet des Hauts-de-Seine.

Maghreb : une visite américaine dans un contexte de pression croissante sur l’Algérie
NATION

Article : Maghreb : une visite américaine dans un contexte de pression croissante sur l’Algérie

Annoncée par le département d’État, la tournée de Christopher Landau, du 27 avril au 1er mai, intervient dans un contexte marqué par l’implication croissante de Washington dans le suivi du dossier du Sahara et de ses prolongements onusiens.

Ordre des experts-comptables : le scrutin s’annonce serré (liste)
ECONOMIE

Article : Ordre des experts-comptables : le scrutin s’annonce serré (liste)

Le scrutin du 21 mai pour le renouvellement du Conseil national de l’Ordre des experts-comptables met en concurrence 41 candidats pour 11 sièges. Parmi eux, se dégagent des profils issus de grands cabinets internationaux, comme EY, Deloitte, Mazars, BDO, KPMG ou Grant Thornton, des figures expérimentées déjà présentes dans les instances de l’Ordre et des profils plus récents, illustrant les équilibres internes de la profession.

Protection des femmes victimes de violence : lancement officiel de la cellule centrale à Rabat
Quoi de neuf

Article : Protection des femmes victimes de violence : lancement officiel de la cellule centrale à Rabat

À Rabat, le ministère de la Solidarité a lancé la cellule centrale de prise en charge des femmes victimes de violence, chargée de renforcer la coordination institutionnelle, de superviser les structures territoriales et d'améliorer l’accompagnement juridique, psychologique et social des victimes.

Bourse de Casablanca : le MASI chute de 1,69%, les volumes grimpent à 667 MDH
La séance du jour

Article : Bourse de Casablanca : le MASI chute de 1,69%, les volumes grimpent à 667 MDH

La Bourse de Casablanca a clôturé la séance du 24 avril 2026 en baisse, avec un MASI en recul de 1,69% à 18.815,18 points. Les échanges ont atteint 667,11 MDH, dominés par Managem, Minière Touissit et Attijariwafa bank.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité