Rayane et la solidarité internationale
Le petit Rayane, âgé de cinq ans n’aura pas survécu à sa chute dans un puits profond de 32 mètres au village d’Igran au nord du Royaume. Les autorités, comme les citoyens, se sont relayés pendant cinq jours pour le sortir vivant dans une opération de sauvetage, vécue en direct, qui a tenu en haleine l’opinion publique marocaine et le monde entier.
Cet incident dramatique a fait unir les Marocains de tous bords dans un grand élan de communion. La mort de Rayane a provoqué une émotion considérable au sein de notre société comme à travers le monde. De nombreux hommages ont afflué de différentes contrées pour saluer sa mémoire ainsi que les efforts menés par les sauveteurs dont la course contre la montre a été suivie en direct.
Si le soutien des Marocains à un des leurs en danger paraît naturel et coule de source, la solidarité internationale exprimée sur le sort de Rayane par la communauté internationale a été, par contre, aussi bien exceptionnelle qu’une grande surprise. Comment un fait divers, qui aurait pu rester local, a-t-il pu nourrir tant d’émotion à travers toute la planète ?
Certes beaucoup d’éléments sont entrés en jeux pour donner à ce drame une dimension internationale. D’abord, le fait que la victime soit un enfant, puis la mobilisation, autour de lui, des hommes et des moyens mis en œuvre pour le sauver, a accru cet intérêt. Les relais des réseaux sociaux sont venus par la suite amplifier cette tragédie. Conséquence : le monde entier avait les yeux rivés sur le Maroc espérant voir notre enfant sauvé. Le destin en a voulu autrement.
Profond engagement humain
En principe, la solidarité internationale répond à une définition bien précise. Elle désigne les actions d’assistance à un pays ou à une population en situation d’urgence ou en détresse, qui se trouve dans l’incapacité d’y répondre par ses propres moyens. C’était le cas lors du séisme d’Haïti en 2010, du tremblement de terre à l’Aquila en Italie en 2009, ou lors de la famine qui a sévi en Éthiopie en 1984 et 1985.
La solidarité internationale face aux tragédies est l’expression d’un profond engagement humain vis-à-vis de nos semblables qui implique l’assistance et la compassion. C’est un état d’esprit et une prise de conscience collective face aux événements tragiques. Elle signifie également que tous les peuples font partie d’un seul ensemble humain, conscient qu’il est de la nécessité de venir en soutien à ceux qui se trouvent dans la détresse et le besoin.
Avec Rayane, la solidarité qui était un idéal est devenu subitement un fait palpable, unifiant des individus au-delà des frontières. Elle est consciente, volontaire, et surtout désintéressée. Entre États, les gouvernements la conditionnent généralement à leurs propres intérêts. Pour les individus, la compassion et l’amour de ses semblables porte naturellement à l’entraide désintéressée, même si la politique les divise trop souvent.
L’égoïsme entre les nations aboutit souvent à l’indifférence et parfois à la confrontation. Les relations internationales développées tout au long du 20e siècle, après des guerres destructrices et interminables, ont fait de la solidarité la finalité et le fondement de notre interdépendance. En temps de paix comme en temps de guerre.
Dans le cas de Rayane, ce sont principalement les individus qui ont déclenché, à travers le monde, cette salve de solidarité. Elle était spontanée, instantanée et massive, démontrant ainsi la conscience de tout un chacun d’être un maillon de la chaîne humaine. Cette solidarité a élargi le principe de responsabilité qui ne concerne plus que les États, mais intègre désormais les personnes.
C’est certainement à cause de cette marrée de consolation massive de par le monde, que ce drame a pris de l’ampleur. La solidarité internationale ne se conçoit plus que si elle englobe tout le monde. Face à cette tragédie humaine la communauté internationale s’est unie dans la douleur. C’est ce genre d’entraide et de compassion qu’il faut intégrer dans tout projet de paix entre les nations.
C’est la grande leçon que ce drame nous a enseignées. Les signes de solidarité exprimés donnent à notre société humaine une grande conscience d’elle-même et de son unité face aux tragédies et aux imprévus. Ils rendent visibles les liens qui rattachent les individus entre eux face à l’égoïsme et à l’enfermement sur soi qui les guettent. La solidarité prévient le risque de désagrégation que l’humanité encourt.
Une mondialisation solidaire
Pa ailleurs, le développement et la banalisation des réseaux sociaux ont démontré, dans cette affaire comme dans bien d’autres, qu’ils sont mobilisateurs de masses, pour le meilleur comme pour le pire, et le font mieux que les médias traditionnels. Ils véhiculent rapidement l’information, accueillent simultanément les réactions du grand public, et les multiplient à l’infini.
Ils sont devenus des outils de communication, de promotion, de propagande, et surtout de mobilisation à grande échelle. Chaque jour de nouvelles audiences apparaissent qui consomment les images immédiates diffusées à grande échelle créant un phénomène d’addiction et de dépendance aux réseaux sociaux. L’ont se rappelle le rôle joué par les réseaux lors des révoltes arabes durant ce qu’on appelait le printemps arabe.
La barrière entre le domestique et l’international s’amenuise de plus en plus et notre monde s’apparente au village global, pour reprendre l’expression du canadien Marshall MacLuhan. Par ce geste solidaire à l’égard du petit Rayane, l’humanité est devenue comme un seul corps social uni avec le peuple marocain dans la douleur de l’épreuve.
Face aux dangers sanitaires et environnementaux qui menacent l’humanité, la solidarité internationale témoignée à Rayane est venue réconforter et réconcilier l’humanité avec elle-même. Elle nous a donné à cette triste occasion l’espoir que la race humaine peut relever les défis des temps modernes. En nous rappelant aussi nos faiblesses et nos défaillances, elle a élargi l’idée de notre responsabilité collective.
La courte vie de Rayane est venue délivrer le message que vivre en société nous impose des obligations à l’égard des autres humains. Chacune de nos actions porte une part de responsabilité vis-à-vis de nos contemporains. Nous sommes unis les uns aux autres par ce devoir de solidarité. La mondialisation qu’on a voulue seulement économique doit faire place à une mondialisation solidaire face aux drames humains. Le passage sur terre de Rayane a servi à promouvoir cette cause.
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