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Réforme de l'Islam et arrières-pensées

Le 16 mars 2015 à 12h28

On lira avec intérêt le texte de Jaouad Benaissi, car il représente de manière symptomatique la pensée d’une époque.

Sur le plan formel, le débat qu’il suscite demeure nécessaire malgré les controverses à prévoir, et précisément en raison de ces controverses.

Sur la question du traitement de fond de l’Islam et de sa réforme, ce texte reste malgré tout assez basique et ressemble à tant d’autres, avant lui, sur ce même thème: la violence contenue au sein le du Coran expliquerait la prolifération des fondamentalismes et “l’épidémie“ terroriste.

Or, il nous semble que la question fondamentale qui interroge nos sociétés n’est pas tant la démonstration de la réalité des passages violents du Coran, versets à l’appui, que la question de la légitimité, à la fois dans le religieux et dans le politique.

Ces versets existent, il faut en convenir. Mais ils existent aussi, et en abondance dans l’Ancien et même le Nouveau Testament, auréolé pourtant des mêmes mythes fondateurs, charité et amour du prochain que l’Islam (pensons aux Évangiles selon Mathieu).

La question qui devrait nous interpeller, est pourquoi notre époque convoque-t-elle presque systématiquement la question religieuse pour justifier telle ou telle politique, institutionnelle, éducative, médiatique ou intellectuelle.

Pourquoi précisément notre époque, permet-elle le “bricolage“ religieux qui va à son tour autoriser le “bricolage“ politique?

Ne s’agit-il pas de la question centrale du déficit de légitimité, à la fois de nos sociétés et celle de leurs représentants et de leur difficile confrontation avec la complexité? Les télescopages historiques, l’abolition de la lenteur dans tous les apprentissages et les formations autorisent désormais une culture “self service“ où chacun s’improvise théologien, sociologue, analyste politique ou imam.

De même qu’il faut un langage spécifique pour lire une ordonnance médicale ou un langage numérique, il faut avoir une profondeur historique et une maîtrise des textes pour permettre leur interprétation.

Sinon, que dire alors de la violence de Jésus lui-même: «Je ne suis pas venu apporter la paix sur le monde, mais le glaive; je suis venu diviser le fils et le père, la fille et la mère, la bru et la belle mère.»

Que dire de ce même Dieu, jaloux de son pouvoir, de la soumission et de l’incitation dans le combat pour Dieu: «Qui aime son père et sa mère plus que moi n’est pas digne de moi, qui ne marche pas sur mes traces, chargé de sa croix, n’est pas digne de moi, qui veut sauver sa vie la perdra et qui a perdu sa vie, à cause de moi la trouvera» (Mathieu 10, 34-36).

Et surtout comment oublier que la Bible commence par le meurtre d’un frère contre son frère (Caïn et Abel) et se termine par la crucifixion d’un fils abandonné par son Père?

Quant à l’Ancien Testament, il regorge — voir le livre de Josué — d’appels meurtriers. Là aussi, la question centrale est: quand le politique se trouve en panne d’arguments légitimes, il va puiser dans le religieux pour rhabiller d’une onction sacrée une politique injustifiable.

Des textes théologiques du 17ème siècle ont montré comment les colons américains se sont emparés du livre de Josué pour justifier l’extermination des Indiens d’Amérique; pareil pour l’Espagne et ses Rois très Catholiques, qui a exterminé à tour de bras afin d’évangéliser les populations “arriérées“ et les ramener dans la Sainte Vérité.

Plus près de nous, la droite fondamentaliste chrétienne se précipite pour un oui, pour un non dans la Bible pour justifier la peine de mort ou réclamer la pénalisation de l’avortement ou de l’adultère.

Quant à l’utilisation par Israël de la Bible dans la justification même de son existence et de son droit à croitre et prospérer sur «ce que Yahvé te donne en propriété, où tu ne laisseras la vie à rien de ce qui respire» (Deutéronome 20, 10-20), n’est ce pas un appel à une violence sacrée?

Par conséquent, toutes ces injonctions permanentes au seul Coran de se réformer pour pouvoir faire admettre qu’IL pose problème deviennent lassantes. Comme hier, «la question juive» posée par Karl Marx et qui le feront taxer d’antisémitisme, la question musulmane aujourd’hui est, et DOIT être quotidiennement posée dans les magazines, comme le Point ou l’Express sans que cela émeuve nos objecteurs de conscience.

 A-t-on réclamé le même travail d’expurgation des textes religieux lorsque les bombes de l’IRA, de l’ETA dans ces pays très chrétiens, réclamaient l’élimination de l’Autre impie au point de ne pouvoir supporter un défilé religieux avec des parades protestantes nord-irlandaises ?

Certes l’Islam a besoin d’être réformé. Il faut poursuivre, mais surtout laisser ce travail aux spécialistes, car il serait paradoxal de vouloir en faire l’apanage de quiconque sur place publique alors même que l’on réclame à corps et à cris que la religion doive rester chez elle sans contaminer le débat séculier.

Lorsque les politiques cesseront de s’en servir pour justifier leurs manœuvres, la religion cessera peut-être de servir les intérêts «pétrolifères» pour servir à nouveau Grenade et Cordoue.

Qui sait, l’Histoire a bien connu le passage des croisades ou des Borgia à la Réforme et la Renaissance.

Il est paradoxal que ceux qui se réclament aujourd’hui de la raison fassent plus confiance à la réforme des idées pour réformer les hommes, qu’aux hommes qui sont là pour les faire et les défaire.

Par Rédaction Medias24
Le 16 mars 2015 à 12h28

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