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Reprenons notre souffle

La pollution par les particules en suspension dans l’air extérieur, qui ne se limite pas à l’Asie, fait plus de 3,1 millions de victimes dans le monde chaque année, soit 5 fois le nombre de décès dus au paludisme et presque le double du taux de mortalité lié au sida.

Le 11 mars 2014 à 11h15

BANGKOK – Les histoires effrayantes circulant à propos du brouillard mouvant en provenance d’Indonésie, du smog qui fait suite à la fête de Diwali dans le nord de l’Inde, et du retour de « l’airpocalypse » en Chine illustrent les récents problèmes de pollution atmosphérique en Asie.

 

Les polluants atmosphériques, et en particulier les particules fines (de moins de 2,5 microns ou environ l’épaisseur d’un fil de toile d’araignée), entrent profondément dans les poumons, d’où ils migrent dans le sang et sont la cause de maladies cardiovasculaires, de cancers et possiblement de naissances prématurées. Mais quelle est l’ampleur réelle de ces risques sanitaires ?

Les débats à ce sujet sont hélas souvent opaques. Une mauvaise qualité de l’air est souvent décrite comme ayant atteint un certain niveau d’un indice de la qualité de l’air ou ayant dépassé une norme de l’Organisation mondiale de la santé. Mais les populations seraient en mesure de mieux comprendre la situation si elle était exprimée en termes associés à des dangers plus familiers.

Par exemple, les risques immédiats liés au fait de respirer un air pollué peuvent être décrits en termes de « micromort », une unité de risque égale au millionième d'une probabilité de décès. Lors d’une journée ordinaire, un individu moyen courre le risque d’un micromort, soit une chance sur un million, de mourir de causes non naturelles. Voilà un point de départ utile pour établir des comparaisons : le risque de la plongée sous-marine se situe à environ 5 micromorts par plongée ;  le parachutisme, à 10 micromorts par saut ; et accoucher, au Royaume-Uni, à près de 120 micromorts. A titre de comparaison, respirer à Beijing, les jours de pic de pollution,  équivaut à environ 15 micromorts.

En fait, les risques les plus préoccupants de la pollution atmosphérique sont liés à une exposition chronique, qui peut être exprimée en termes de « microvies » – une unité mise au point par le statisticien de Cambridge Spiegelhalter pour décrire les risques cumulés par une personne au cours d’une vie. Une microvie représente 30 minutes de la durée de vie moyenne d’un jeune adulte. L’individu moyen utilise environ 48 microvies par jour ; mais le style de vue influe sur la vitesse à laquelle on consomme ses microvies.

S’installer à Beijing signifie de 2 à 3 microvies de plus perdues par jour, soit une réduction de l’espérance de vie de presque 3 ans. Vivre à Hong Kong ou à Santiago, au Chili, coûtera une microvie de plus par jour, tandis que la vie quotidienne à New Delhi, l’une des villes les polluées au monde, implique de consommer de 4 à 5 microvies de plus.

Démocratiser les données sur la qualité de l’air

En comparaison, fumer quatre cigarettes par jour équivaut à 2 microvies perdues de plus, à peu près l’équivalent de la vie à Beijing. Mais le vieillissement peut également être ralenti – 20 minutes d’exercice quotidien allongent l’espérance de vie de 2 microvies par jour (sauf pratiqué dans le smog), et boire de deux à trois tasses de café représente une microvie de plus par jour. De plus, des recherches récentes laissent à penser que les microvies perdues à cause de la vie à Beijing peuvent être récupérées en s’installant par exemple à Vancouver, où la qualité de l’air est excellente.

A part renoncer à vivre en ville, on peut atténuer une partie des risques en limitant son exposition les jours les plus néfastes. Si les citoyens avaient accès à des données mises à jour sur la qualité de l’air, ils pourraient choisir de prendre des mesures protectrices, comme limiter les exercices physiques, rester à l’intérieur (idéalement avec un air filtré) et porter un masque (au minimum un masque respiratoire  N95, pas un masque chirurgical).

Malheureusement, les informations relatives à la qualité de l’air, et surtout aux particules fines les plus préjudiciables, ne sont pas aisément accessibles dans plusieurs villes très polluées. Le suivi de la pollution est pourtant à la portée des pays développés parce que l’équipement nécessaire n’est pas hors de prix. Idéalement, les données sur la qualité de l’air devraient être rassemblées, formulées de façon à être facilement comprises et diffusées en temps réel via les médias sociaux de façon à ce que les citadins puissent prendre les mesures nécessaires (en particulier les personnes sensibles). A cet égard, la Chine a progressé à grands pas, donnant un exemple que d’autres pays en développement peuvent suivre.

Bien sûr, les gouvernements ne doivent pas se contenter d’un suivi de la pollution atmosphérique, mais prendre des mesures énergiques pour la limiter. Face à la conjoncture induite par la rapide urbanisation et industrialisation de l’Asie, des efforts soutenus, comprenant des décisions politiques complexes et des compromis économiques douloureux, seront indispensables.

Rendre les informations sur la qualité de l’air accessibles à tous – c’est-à-dire démocratiser les données – permettra aux citoyens de mieux participer au débat sur les sacrifices consentis pour réduire la pollution atmosphérique. Publier ces données contribuera également aux recherches à mener d’urgence sur les répercussions sanitaires de ces nouveaux environnements extrêmement pollués. Cette démarche, qui associe l’avantage immédiat de donner aux citoyens les moyens de se protéger et l’analyse des effets à long terme de la pollution atmosphérique sur la santé, doit inciter les gouvernements les plus serrés au plan budgétaire à lancer dès aujourd’hui une campagne transparente de suivi de la qualité de l’air.

Traduit de l’anglais par Julia Gallin

© Project Syndicate 1995–2014


 

Tags : coronavirus
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Le 11 mars 2014 à 11h15

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