Russie-Ukraine : la guerre aura-t-elle lieu en janvier?
Le ministre ukrainien de la défense paraissait sûr de lui le 3 décembre dernier, quand il affirmait que le mois de janvier 2022 serait le mois où la Russie parachèvera ses préparatifs en vue d’une escalade d’envergure contre son pays. Avait-il des informations concordantes sur les intentions réelles de Moscou de mener une telle offensive, ou n’était-ce qu’une alerte pour éveiller les consciences des alliés occidentaux ?
Une chose est cependant sûre. L’Ukraine a déjà été échaudée par le passé en raison des multiples interventions russes dans ses affaires intérieures. On se rappelle du soutien de la Russie aux séparatistes ukrainiens, et de son annexion de la Crimée en 2014. Ces ingérences politiques ont été aussi accompagnées de sanctions économiques à l’égard de Kiev. La construction du gazoduc sous-marin Nord-Stream 2, entre la Russie et l’Allemagne qui évite le territoire ukrainien, en est l’exemple parfait.
Ce projet énergétique d’envergure a empoisonné les relations inter-européennes, entre ceux qui prônent un comportement réaliste avec la Russie, et les autres qui sont pour une action ferme et vigoureuse. Pour ces derniers, il est impératif de réduire la dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis de Moscou. Il est vrai que le coût du projet, 10 milliards d’euros, n’a pas laissé indifférentes les grandes compagnies européennes comme la française Engie, l’anglo-néerlandaise Shell, ou l’allemande E.On qui l’ont défendu bec et ongle.
L’acharnement de la Russie contre l’Ukraine est dicté principalement par la volonté de Moscou d’empêcher, par tous les moyens, l’adhésion de Kiev à l’Otan. Pourtant, elle sait que le parlement ukrainien a bel et bien adopté en 2017 une loi en vertu de laquelle l’adhésion à cet ensemble est devenue un objectif stratégique de la politique extérieure de Kiev. Mieux encore, l’amendement qui inscrit cet objectif dans la constitution est déjà entré en vigueur en 2019.
En septembre 2020, le président ukrainien Volodymyr Zelensky approuve, pour sa part, la nouvelle stratégie de sécurité nationale qui prévoit le développement du partenariat avec l’Otan en vue de l’adhésion du pays à l’organisation atlantique. La charte Otan-Ukraine de 1997 demeure le texte fondateur des relations entre les deux. La Commission Otan-Ukraine (COU), instaurée en 2009 à cet effet, constitue le lieu privilégié où se déroulent les consultations sur les enjeux sécuritaires.
Dès le début de la crise avec la Russie, l’Otan a pris fermement position en soutenant, sans réserve, la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine dans ses frontières internationalement reconnues. Elle a, par le passé, condamné l’annexion illégale et illégitime de la Crimée qu’elle ne reconnait pas, ainsi que les interventions militaires et soutiens de la Russie aux rebelles. C’est face à ces défis que l’Ukraine a pu bénéficier de soutiens indéfectibles des alliés pour mettre en œuvre les réformes ancrant définitivement le pays parmi les nations démocratiques.
Scénario cauchemar
La question ukrainienne s’invite de plus en plus dans d’autres instances européennes. Lors de la réunion de l’Organisation pour la Coopération et la Sécurité en Europe (OCSE), tenue au début de ce mois de décembre à Stockholm, le Secrétaire d’Etat américain Antony Blinken s’est dit "profondément préoccupé par les plans de la Russie en vue d’une nouvelle agression contre l’Ukraine".
Il a ainsi égrené les exigences de Washington : "Nous demandons à la Russie de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine, de procéder à une désescalade, de retirer les troupes récemment amassées, de ramener les forces à des positions pacifiques nouvelles, de mettre en œuvre les dispositions relatives au cessez le feu et au retour des observateurs de l’OSCE". Tout un programme.
Son homologue russe Sergueï Lavrov a, de son côté, rejeté la responsabilité des tensions en cours sur les agissements de l’Otan. Il n’a pas hésité à évoquer la perspective d’un scénario cauchemar pour la région, si ce redéploiement prend forme sur les frontières russes : "L’Otan rejette nos propositions pour faire baisser les tensions et éviter la possibilité d’incidents dangereux", a-t-il affirmé.
Il a ajouté que "l’infrastructure militaire de l’Alliance se rapproche de manière irresponsable des frontières russes. Le scénario cauchemar d’une confrontation militaire est entrain de faire son retour après cette décision de l’Otan, et l’Europe reste silencieuse". A soixante ans d’écart, cette crise ressemble, à bien des égards, à la crise des missiles à Cuba en 1962, quand l’URSS armait les communistes de Fidel Castro à quelques encablures des États-Unis.
Les alliés ne s’accommodent pas de la seule condamnation des activités russes en Ukraine. Ils renforcent intentionnellement leur présence en mer du nord pour brider l’élan russe dans la région en intensifiant les exercices militaires aériens comme maritimes. En retour, ces politiques semblent n’aider en rien à calmer les ardeurs des russes. Au contraire, elles paraissant attiser la rage du Kremlin qui accentue sa rancœur contre Kiev.
Le départ précipité des troupes américaines de l’Afghanistan a provoqué certainement chez les ukrainiens un fort malaise d’être un jour abandonnés à leur sort. De même, aux yeux de Moscou, cette défaite augure d’une nouvelle ère, où l’Amérique semble peiner à contenir la Chine, et ne peut plus faire face à d’autres conflits simultanés en Europe. Les hésitations de Barack Obama devant les crises internationales, et le retrait des américains durant la période de Donald Trump, ont laissé des traces indélébiles sur le moral des alliés.
Alors la guerre sera-t-elle déclenchée comme l’a laissé entendre le ministre ukrainien de la défense ? Regrouper 175.000 militaires sur la frontière n’est pas un acte anodin ou innocent. Il reflète l’intention de Vladimir Poutine de peser, de tout le poids de son pays, sur les décisions de l’Ukraine, qui, dans les faits, ne représente pas un réel danger pour la Russie. Le président russe sait pertinemment qu’il n’aura rien à gagner en envahissant ce pays. La défaite de l’ancienne URSS face à la résistance afghane est toujours en mémoire.
Maintenir l’influence de Moscou
Poutine souhaite certainement éloigner l’Otan de ses frontières pour maintenir l’influence de Moscou sur les autres pays satellites de la Russie. Mais il joue gros. Outre les sanctions économiques sévères brandies par Joe Biden, toute aventure du Kremlin serait risquée militairement, et s’avérera peu profitable sur le plan intérieur face à des adversaires résolus. Par ailleurs, la population russe, qui fait face à la crise économique et sanitaire, ne semble pas appuyer une telle aventure.
Poutine est un excellent joueur d’échecs qui aime disposer de son temps pour appliquer froidement sa politique. Il cherche beaucoup plus à intimider qu’à convaincre et encore moins à attaquer. Il doit cependant méditer sa propre citation : "Hitler voulait détruire la Russie, tout le monde doit se rappeler comment il a fini". L’Ukraine semble ne pas être dans son point de mire. C’est plutôt l’Otan qu’il a comme cible. Mais celle-ci n’a-t-elle pas été déclarée récemment en mort cérébral par le président français Emmanuel Macron ?
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