Sahara, l’autonomie comme seul horizon. Quand le Conseil de sécurité conforte Rabat (1/3)
Au lendemain de la résolution 2797, Stephan De Mistura a livré à Bruxelles une lecture prudente du cadre des négociations sur le Sahara marocain. Saluant un tournant du Conseil de sécurité, il a mêlé optimisme mesuré et ambiguïtés sur la suite du processus.
Juste après l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, l’Envoyé personnel du secrétaire général, Stephan De Mistura, a tenu un briefing à Bruxelles pour définir le cadre dans lequel se situeront les prochaines négociations sur le Sahara marocain. Au-delà de son interprétation personnelle des éléments contenus dans la résolution, sa récente intervention visait à tracer le cadre des futures négociations, à calmer les ardeurs des uns et à atténuer la déception des autres après l’adoption de cette historique résolution.
De Mistura a reconnu que la 2797 est une résolution importante, non seulement par son contenu, mais aussi parce qu’elle traduit une énergie et une détermination internationale pour, enfin, résoudre ce conflit vieux maintenant d’un demi-siècle. Il avoue qu’un tel élan n’a jamais eu lieu auparavant, et que ce regain d’énergie est particulièrement pertinent aujourd’hui, pour aller de l’avant et résoudre ce différend régional. Difficile de croire en ces paroles sorties de la bouche de quelqu’un qui n’a pas eu, par le passé, l’audace d’anticiper la décision du Conseil de sécurité, et de ne pas avoir le courage de ramener Alger à la raison un peu plus tôt.
Ce regain subi d’énergie au sein du Conseil de sécurité semble étonner Di Mistura, lui qui est familier des joutes onusiennes. On n’a jamais connu cela, dira-t-il, comparant le Secrétariat de l’ONU à un voilier qui a l’expérience nécessaire, et qu’il faut maintenant un vent fort et constant, et un engagement des membres du Conseil de sécurité pour arriver au bon port. Ainsi, la récente résolution est, selon lui, le fruit de cet engagement proactif des membres du Conseil de sécurité, et elle représente le cadre idoine pour des négociations sérieuses.
L’Envoyé personnel a ajouté qu’il n’y aura pas d’issue prédéterminée d’avance aux futurs pourparlers, mais que la solution à venir ne découlera que des négociations, directes ou indirectes, menées de bonne foi entre toutes les parties. Y participer donc ne signifie pas nécessairement accepter d’avance leur résultat final, dira-t-il, certainement pour rassurer l’Algérie et son affidé à s’y impliquer sérieusement. Dans son élan, De Mistura a demandé au Maroc de présenter son plan d’autonomie, élargi et actualisé, qui sera la base des négociations, tout en demandant à l’autre partie de présenter la sienne.
C’est quand il s’est prêté aux questions-réponses que l'Envoyé personnel a pu clarifier davantage sa démarche. A une question sur la résolution qui semble être favorable au Maroc, il a affirmé que pour lui, elle constitue surtout une feuille de route et une orientation vers la solution de cette crise. L’atmosphère est bonne, la dynamique va dans le bon sens, et le vrai travail commence maintenant, commente-t-il. Autant dire qu’il n’a pas voulu répondre à cette question embarrassante pour ne fâcher personne, et garder toutes ses chances pour réussir sa mission.
Pourtant l’Envoyé a jugé la récente résolution, qui a enterré définitivement l’idée impraticable du référendum, comme un document très élaboré. Chaque mot est pesé avec soin, et résulte d’une discussion, voire d’un compromis porteur d’un message, avoua-t-il. Ces messages, s’ils sont utilisés à bon escient, peuvent donc conduire à des négociations sérieuses, souligne-t-il. Pour étayer son raisonnement, il a passé en revue ses principaux acquis qu’on pourrait résumer dans les quatre points suivants :
1. la définition des quatre parties que sont le Maroc, l'Algérie, la Mauritanie et le polisario,
2. le principe d’autonomie avec la référence explicite à la souveraineté marocaine,
3. la Charte de l’ONU
4. et enfin une solution politique mutuellement acceptable.
En dépit de l’objectif clair de la résolution qui évoque l’autonomie comme seule perspective, et la souveraineté marocaine comme le préalable à toute négociation responsable et sérieuse, De Mistura a laissé entendre que la résolution prévoit également une ouverture pour la présentation d’autres idées nouvelles afin d’aboutir à une solution finale acceptée par tous. Car pour lui, le texte de la résolution offre la possibilité d’une discussion réelle et constructive, d’abord discrète, souhaite-t-il, puis après, plus ouverte et directe.
C’est cette dernière remarque qui laisse apparaitre, en filigrane, un sentiment de doute chez l’envoyé personnel. On le sent chercher à rassurer l’Algérie qui s’est fourvoyée dans ce conflit dans la perspective de le perpétuer et d’affaiblir son voisin de l’ouest. Il nous a quand même rassurés enfin que la récente résolution confie au Secrétaire général de l’ONU et à son Envoyé personnel un mandat de facilitateur, et rien d’autre, qui doit conduire à des négociations entre les différentes parties au tour de la seule initiative marocaine d’autonomie, comme le stipule la dernière résolution.
Ce principe d’autonomie que le Maroc avait déjà proposé en 2007 et que le Conseil de sécurité vient de confirmer signifie l’octroi à une région donnée, au sein d’un pays, du pouvoir de gérer ses propres affaires régionales sans pour autant tendre vers la séparation avec l’Etat central. La région en question s’auto-administre selon le cadre des accords et des lois établis, mais demeure partie intégrante du pays et de la nation. Par l’autonomie, une région obtient ainsi une liberté administrative, politique, économique et culturelle pour gérer les affaires locales qui lui sont dévolues par la loi, dans le cadre de la nation.
Dans plusieurs pays où cette pratique a été appliquée, les résultats ont été probants. Ainsi, une région autonome peut disposer de son propre parlement local, et d’un gouvernement régional pour gérer les affaires courantes selon les accords établis avec le gouvernement central. Sur le plan administratif, économique ou culturel, la région gère les secteurs clés comme l’éducation, la santé, l’agriculture, le tourisme et la collecte des impôts entre autres. Sur le plan juridique, les lois nationales s’appliquent mais la région a la possibilité d’adopter des règlements spécifiques adaptés aux réalités locales.
L’autonomie d’une région est par essence une liberté de gestion locale sans rupture avec l’Etat national. Elle est basée en premier lieu sur l’appartenance à une nation plus large, et n’est qu’une forme élaborée d’une large décentralisation, elle aussi signe de maturité. Elle vise à répondre aux spécificités régionales, sans remettre en cause l’unité nationale. L’autonomie est donc une confiance qui s’établit avec la population d’une région. Elle se base sur un équilibre subtil entre souveraineté et autogouvernance, mais pour durer, elle doit être régie par des lois et encadrée par la Constitution du pays.
L’autonomie réussie est celle qui s’inspire également de l’histoire, des traditions et des pratiques du pays. Au Maroc, les Sultans gouvernaient des régions bien lointaines de la capitale politique, à travers les khalifes et les représentants des autorités Makhzeniennes. Pourtant, durant ces périodes, les autorités ne possédaient pas les moyens de communications modernes d’aujourd’hui. En s’inspirant de notre propre histoire et des exemples réussis des autonomies régionales de par le monde, le Maroc offrira ainsi une solution réaliste, volontariste et honorable. Une issue fidèle à ses traditions historiques, conciliant à la fois l’intégrité territoriale du pays, l’épanouissement régional du Sahara marocain, et la promesse de voir enfin l’Union du Maghreb revitalisée.
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