Sahara marocain/Mali : Fin des ambivalences, les pendules remises à l’heure
Bamako rompt. Et avec lui, un vieux logiciel diplomatique vacille. Une analyse et un récit historique de Hassan Hami.
Le retrait de la reconnaissance de la pseudo-rasd par le Mali, le 10 avril 2026, n'est pas un événement anodin. C'est la confirmation que l'ère du chantage diplomatique et du fait accompli sécuritaire est sur le point d'être renvoyée aux calendes grecques.
Le Mali est un pays qui a des valeurs. Il les entretient en permanence et en fait une ligne de conduite pour rappeler l'empreinte civilisationnelle qui a toujours été la sienne depuis des siècles. Cette empreinte est marquée par la sagesse qui fixe le timing et le temps des décisions stratégiques.
Un rappel historique me semblerait utile avant de développer ma lecture de cet évènement. Il prend en filigrane l’empreinte civilisationnelle évoquée plus haut. Elle est partagée avec les pays voisins du Nord, notamment le Maroc. Elle est transcrite de manière limpide dans les manuscrits-référence de Abderrahmane Es-Saadi, "Tarikh as-Soudane (تاريخ السودان écrit en 1650 et traduit par Houdas Octave, en 1964)" et de Mahmoud Kati (Tarikh el-Fettach تاريخ الفتاش complété en 1655 par Ibn al-Mokhtar et traduit par Houdas Octave et Delafosse Maurice en 2013).
On retrouve cette empreinte civilisationnelle dans les écrits d’historiens maliens, dont notamment Adam Bâ Konaré (1990), et dans les ijazat et les manuscrits des adeptes des tarîqat soufis marocaines et africaines éparpillées dans toute l’Afrique.
Cette empreinte civilisationnelle est surtout sculptée dans les esprits éclairés tels que celui d’Amadou Hampathé Bâ, dont la citation "En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle" est désormais légendaire. Amadou H. Bâ rappelle le devoir de mémoire afin que les Africains ne perdent pas leurs âmes et renaissent à leur propre histoire.
L’Histoire incontournable : des faits qui résistent aux amnésiques
Oui, une bibliothèque telle que celle de Tombouctou qui témoigne de l’héritage commun entre le Maroc et le Mali, grâce à Ahmed Baba ; ce théologien et érudit qui vécut à l’époque saadienne dans sa splendeur. Il fut capturé en 1594 et déporté au Maroc après avoir été accusé de sédition, lors de la conquête de Songhaï. Il fut transféré à Fès et y resta jusqu’à la mort du sultan Ahmed al-Mansour. Ensuite, il fut libéré par le sultan Zaydan an-Nasser qui l’admit dans sa cour quand il apprit des choses sur sa réputation en tant que théologien et homme de lettres. Il retourna à Tombouctou en 1608.
Dans l'histoire des relations entre l'Afrique du Nord et le Soudan, des hauts et des bas ont été enregistrés. Les historiens de la colonisation et les amateurs de l'ethnologie militaire se concentrent sur les épisodes dramatiques de la chute de l'empire Songhaï à la suite de l'intervention militaire d'Ahmed al-Mansour (1590-1599).
Ces historiens ne citent que rarement que cette intervention eut lieu parce que les Turcs installés à Alger et les Portugais sur les côtes atlantiques tentaient de couper le Maroc de ses racines africaines. Ils font l'impasse sur les relations exemplaires entre le Maroc sous le règne des Mérinides et l'empire du Mali gouverné par Mansa (Ganga)Moussa (1312-1337).
Les relations exemplaires entre le Maroc et le Mali sont certes évoquées de temps à autre, mais sans grande insistance, car le souci des historiens de la colonisation est de créer une fissure politique et culturelle pour présenter le Maroc comme étant un empire fonctionnant avec un ADN hégémonique.
Au lendemain de l'indépendance, les relations entre le Maroc et le Mali ont été marquées par des lectures dichotomiques de l’Afrique indépendante, mais déjà les deux pays sont parmi les fondateurs du Groupe de Casablanca (1960-1961) aux côtés de l’Égypte, du Ghana, de la Guinée (Conakry), de la Libye et de l’Algérie (gouvernement provisoire).
Les relations entre le Maroc et le Mali auraient pu atteindre un niveau exemplaire s'il n'y avait pas eu la guerre des Sables entre le Maroc et l'Algérie en 1963. L'histoire retiendra que c'est à Bamako qu’une déclaration de fin des hostilités est signée entre le Maroc et l'Algérie, le 20 février 1964, sous l'égide de l'Organisation de l’Unité africaine (OUA) et avec la médiation du Mali et de l’Éthiopie. Le Mali est gouverné, à l’époque, par Modibo Keita (1960-1968).
À l'origine du conflit, le tracé des frontières hérité de la colonisation et l'esquisse de la règle uti possidetis juris. Une règle saluée à l'époque et qui sera, plus tard, à l'origine des conflits frontaliers qui éclateront tout au long des cinq dernières décennies. Des pays comme la Tunisie, le Sénégal, la Mauritanie (revendiquée par le Maroc à l’époque) et l'Égypte, etc., soutiennent l'Algérie.
Oui, l'Égypte qui a été récemment saluée par le président algérien Abdelmadjid Tebboune pour avoir militairement soutenu l'Algérie lors de cette guerre à l’occasion de sa rencontre périodique avec la presse nationale algérienne, le 7 février 2026. Rien de mal à rappeler que lors de l'intervention militaire égyptienne, Hosni Moubarak, pilote de son état, est capturé les Marocains avant d'être relâché plus tard par Feu le Roi Hassan II.
Le même Moubarak joue un rôle déterminant dans la libération des militaires algériens (dont certains officiers décideurs de nos jours) capturés par l'armée marocaine à l'occasion de la guerre d'Amgala I au Sahara marocain (27-29 janvier 1976).
Le destin a bien des tours dans sa poche. Le 6 avril 2026, l'Égypte sort de sa réserve et confirme sa reconnaissance de la souveraineté marocaine sur ses provinces du Sud. Cette décision est annoncée à l’occasion des travaux de la première session de la Haute Commission de Coordination et de Suivi, tenue au Caire.
L'histoire retiendra également que des pays prétendument proches du Maroc lui ont posé un lapin durant sa bataille pour la récupération de ses provinces du Sud entre 1960 et 1990. Ils se sont éclipsés au moment où la question de son intégrité territoriale traversait des moments difficiles.
La Guerre des Sables et les grains de sable qui s’ensuivront
Le Mali prend une trajectoire nuisible aux intérêts du Maroc au lendemain du renversement de Modibo Keita et de l'arrivée au pouvoir du général Moussa Traoré, le 19 novembre 1968. Le Mali devient parmi les premiers pays à reconnaître la pseudo-rasd, le 4 juillet 1980.
En conséquence, les relations diplomatiques avec le Mali passent par une longue période de tension. Toutefois, le Maroc opte pour une politique de non-rupture, dans le cadre d’une vision plus cohérente coïncidant avec ses efforts de convaincre les pays africains de la justesse de sa cause. Feu le Roi Hassan II préférait l’adage "Laisser le temps au temps". Les relations ne reprennent normalement que le 16 mai 1988.
Dire que le Mali a adopté des positions foncièrement hostiles ne serait que confirmer un fait dont les exemples fusent dans l'arène. Outre la reconnaissance de la pseudo-rasd, il y a eu l'implication directe du président malien Moussa Traoré dans la médiation entre la Mauritanie et le polisario à l’occasion du 16e Sommet de l’OUA à Monrovia (17-20 juillet 1979).
Cette médiation a conduit à la signature d'un accord de paix entre les deux balisant le terrain à la renonciation par Nouakchott à Terris al-Gharbiyya (Oued Eddhab) en 1979. Heureusement, le Maroc ne se laisse pas faire et, en exécution de ses engagements pris dans le cadre de l’Accord tripartite de Madrid de 1975, il récupère cette partie de ses provinces du Sud.
De même, tout au long des années 1980-1990, les dirigeants du polisario ont été reçus avec les honneurs à Bamako. Ce geste inutile plaçait le corps diplomatique arabe et africain (à l'exception de l'Algérie et de la Libye) dans l’embarras. Car, selon le protocole adopté à l’époque par le ministère des Affaires étrangères malien, le corps diplomatique arabe et africain était invité à participer à l’accueil des chefs d’État, notamment africains et arabes, à l’aéroport. Le doyen du corps diplomatique de nationalité palestinienne (un ancien des universités marocaines) a tenté de communiquer le désarroi de ces diplomates. En vain.
La situation s'est améliorée un peu vers la fin de la présidence de Moussa Traoré. Après le coup d'État, une accalmie s'est installée sans que la position officielle change. Cependant, le gouvernement malien prend en 1991 la décision de ne pas être co-auteur de la résolution algérienne devant la Quatrième commission de l'Assemblée générale des Nations unies. Puis, avec le temps, il continuera sur la même voie malgré les pressions algériennes.
Par ailleurs, la carte de l'Afrique était exposée et vendue dans les librairies présentant le Maroc amputé de ses provinces du sud. Il me vient en tête l'histoire de ce marchand ambulant qui, un jour, frappe à la porte de la chancellerie diplomatique marocaine pour proposer une carte de l'Afrique.
La carte du Maroc est amputée. On lui fait la remarque. Il prend la tête dans les mains et dit qu'il s'est trompé de lots de cartes. Il sort précipitamment et revient avec un autre lot qui comprend des cartes avec le Maroc dans ses frontières comportant ses provinces du Sud.
Le marchand propose que l'Ambassade achète les deux lots de cartes et ainsi elle résout le problème pour de bon. Il fait la même proposition à l'Ambassade d'Algérie à Bamako. Le marchand des cartes se défend en disant qu'il n'a pas le choix : il doit vivre. C'est ce qui pose encore une fois la question du chantage.
Comment, dès lors, expliquer la position du Mali d'hier et d’aujourd’hui ? J'en ai comme première observation la réponse d'un diplomate malien d'une grande connaissance et expertise des d'affaires maghrébines et africaines. Il dit que le Mali a le couteau algérien sous la gorge. Il n'y peut rien et compte sur la compréhension du Maroc.
Exactement ! Le Mali, lui-même, est menacé par le séparatisme au nord du pays. Non seulement à cause de la question touarègue (1963-1990-2006-2012 et 2023), mais aussi par crainte de voir le projet des États-Unis du Sahara concocté par Mouammar Kadhafi mis en œuvre. Le Mali (comme le Niger, la Mauritanie et le Tchad) aurait perdu une grande partie de son territoire si une confrontation directe avait eu lieu avec l’Algérie et la Libye.
Et ce n'est pas une surprise que ces trois premiers pays en plus de la Tunisie ont été contraints par l'Algérie à signer des accords frontaliers en 1983 en pleines tractations au sein de l'OUA sur l’admission de la pseudo-rasd. Une admission qui intervient, entrainant le retrait du Maroc de l’organisation panafricaine en 1984. L’OUA est déjà prise en otage par une poignée de pays dont l’Algérie et le Nigéria, auxquels s’ajoutera l’Afrique du Sud en 1993-1994.
Or les contraintes et les chantages subis par un pays comme le Mali qui a des ressources à revendre et une diplomatie à s'enorgueillir intriguaient les observateurs et les diplomates. Le pays ne devait rien à l’Algérie. Il aurait pu utiliser sa contribution dans la lutte de libération nationale algérienne, révélée récemment à travers la diffusion d’une déclaration attribuée à Abdelaziz Bouteflika, pour défier ses détracteurs.
Cette information est retenue jusqu'à l'année dernière quand l'Algérie dépasse le seuil de la correction diplomatique. Il faut dire que les Maliens savaient pertinemment qui était derrière l'arrogance des Algériens : la France.
Résilience du Maroc et unité africaine
Toutes les médiations algériennes ayant abouti à l'accord pour la paix et la réconciliation au Mali (prénommé processus d'Alger –mai et juin 2015) ont été supervisées à distance par la France. Oui, la France qui s'invite dans cette chronique à travers trois exemples.
Premièrement, en plein remue-ménage des relations entre le Maroc, le Mali et l'Algérie, Paris monte au créneau. François Mitterrand affûte ses armes et repart à la conquête de l'Afrique subsaharienne. Son credo par excellence est la conditionnalité comme catalyseur de la politique africaine de la France.
La 16ᵉ conférence des chefs d’État d’Afrique (37) et de France à La Baule (19-21 juin 1991) fait grincer des dents, dont celles du président Moussa Traoré. Ce dernier commence à prendre ses distances avec Paris. Alors, il est porté sur la liste noire des chefs d'État à surveiller de plus près par la France –et, si nécessaire, à neutraliser. Déjà, à l'époque, une chasse est programmée contre les régimes africains qui sont déclarés proches de l'URSS. Cette dernière est en pleine décomposition.
La France, par l'Algérie interposée, voyait d'un mauvais œil l'activisme de l'armée malienne pour asseoir la sécurité dans le nord du pays. Des intérêts en matière d'hydrocarbures qui ne profitaient pas au peuple malien étaient menacés. Il fallait remettre Moussa Traoré à sa place. On sort des dossiers libellés « crimes politiques et crimes économiques » pour le ramener à de meilleures dispositions.
La même politique de pression et de chantage est utilisée plus tard. À l’occasion de la tension entre le Mali et l’Algérie atteignant son paroxysme en 2023, on apprend que le soutien de l’Algérie à certaines mouvances touarègues et arabes s’explique par le fait que depuis 2007, les champs des hydrocarbures au nord du pays à Kidal, notamment à Taoudéni, sont pompés par la Sonatrach algérienne .
Certes les concessions de la Sonatrach sont légales, mais la reprise du contrôle de cette région par l’armée malienne aurait impacté la production algérienne, étant donné que le bassin de Taoudéni gît dans le sous-sol des frontières entre les deux pays.
Deuxièmement, la fondation France Libertés, créée le 4 mars 1986 par Danielle Mitterrand, s'active dans plusieurs pays subsahariens, dont le Mali. Danielle Mitterrand est reçue en grande pompe à Bamako en 1991. Elle communique son message qui va dans la ligne tracée à La Baule. Douche froide dans les artères du pouvoir. Le même jour, un invité de trop est reçu à Bamako : le chef du polisario, Mohamed Abdelaziz.
À l'aéroport dans le salon d'honneur, une scène insolite : au moment où Danielle Mitterrand s’apprête à quitter le salon pour embarquer pour Paris, Abdelaziz la croise débarquant d'un vol d’Air Algérie. Il est poussé vers le salon par des diplomates algériens devant l'œil incrédule du chef du protocole malien. Les diplomates algériens veulent tirer le gros lot : une sorte de prouesse diplomatique, car la réouverture de l’Ambassade du Maroc le 12 décembre1988 ne plaisait pas à l’Algérie.
Danielle et Abdelaziz se croisent. Quelques minutes d’hésitation, et Danielle Mitterrand continue son bonhomme de chemin. Des supputations meublent alors les chancelleries diplomatiques pour quelques jours. Rien à signaler, mais la phobie s’empare de Koulouba, le palais présidentiel malien.
Troisièmement, pris dans la trappe, le président malien se tourne vers le Maroc. Une médiation soft de Feu le Roi Hassan II auprès de Françoise Mitterrand est sollicitée. La cellule africaine de l’Élysée est dans l’embarras. Déjà, Moussa Traoré est rassuré. Mais pour quelques mois seulement.
Les différents gouvernements maliens qui ont dirigé le pays au lendemain de la chute de Moussa Traoré ont navigué dans les eaux troubles des relations entre le Maroc et l'Algérie. Des engagements et des promesses de neutralité ont été observés contre vents et marées. C'est-à-dire entre le marteau algéro-libyen et l'enclume franco-mauritanienne. Oui, la valse à quatre temps avec une seule piste : le maintien à distance des pays du Sahel dans une dépendance sécuritaire permanente.
Ces anecdotes dans le brûlé de la dérision
Cependant, comme les moyens de dissuasion et de persuasion ont changé, les termes du chantage et de domination ont pris une nouvelle forme.
Des acteurs proxies sont invités dans l'équation. Ils sont divisés en trois catégories. La première catégorie concerne les Touaregs. Ils sont appelés à la rescousse à travers la relance du projet de la nation touarègue. Une bonne partie du territoire malien est dédiée à ce projet.
La deuxième catégorie comprend les mouvements armés non étatiques (MANE) qui fédèrent des composantes ambitionnant de renverser des régimes en place tout en cultivant des alliances transnationales. Ces mouvements sont de connivence avec des services de renseignements des pays étrangers, notamment ceux des pays voisins.
La troisième catégorie englobe les mouvements extrémistes jihadistes ou prétendant s'y apparenter. Une bonne partie de ces mouvements surfe entre différents intérêts étrangers associant prosélytisme et banditisme dans leurs formes les plus éloquentes.
Le Mali et les autres pays du Sahel souffrent le martyre à cause de l'activité de ces trois mouvements de déstabilisation. À l'exception de certaines composantes touarègues maliennes et nigériennes, qui se sont inscrites dans le dialogue national dans le cadre du respect de l'intégrité territoriale des États, les autres composantes frôlent le seuil du terrorisme. Leur relation directe ou indirecte avec des mouvements séparatistes est maintenant consacrée (Kamal F. Sadni : Séparatisme et terrorisme : fin de l’ambivalence complice, le Maroc Diplomatique, le 25 mai 2022).
Il va sans dire que le retrait de la reconnaissance de la pseudo-rasd par le Mali est un événement important et ce pour plusieurs raisons.
Un : l'évolution du dossier du Sahara marocain, depuis la proposition marocaine d'autonomie en 2007, le retour du Maroc à l'Union africaine en 2017 et la reconnaissance par les États-Unis de la marocanité du Sahara qui a fait boule de neige.
Deux : l'adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies, le 31 octobre 2025, faisant du plan d'autonomie sous souveraineté marocaine la seule solution au conflit régional artificiel autour du Sahara. C’est sur la base de cette seule résolution que des contacts ont eu lieu à Madrid (8 et 9 février 2026) et à Washington (23 et 24 février 2026)avec la participation du Maroc, de l’Algérie, de la Mauritanie et du Front polisario.
Trois : la ligne droite et le langage de la clarté adoptés par le Maroc à travers le prisme de la question nationale dans les relations du Maroc avec les pays amis et adversaires à la fois. Ce prisme est clairement défini dans le discours royal du 20 août 2022. Il a fini par convaincre les pays amis et adversaires que la zone de confort qu’ils ont occupée jusqu’alors n’est plus acceptée.
Quatre : le sérieux et la crédibilité de l'initiative royale en direction des pays enclavés du Sahel pour faciliter leur accès à l’océan Atlantique annoncée le 6 novembre 2023. Cette initiative avance à pas certains, en dépit des tentatives d’obstruction émanant de certains pays de la région (et au-delà). Ces derniers redoutent de se voir larguer par des projets aussi ambitieux de développement de l’Afrique loin des politiques classiques qui ont fait long feu. Ils redoutent surtout de tout perdre parce qu'ils avancent à contre-courant de l'histoire et des gains réalisés par le Maroc quant à l’évolutionde la question de ses provinces du Sud.
L’initiative du désenclavement des pays du Sahel vient consolider les autres initiatives atlantiques. D’une part, le processus des États africains riverains de l’Atlantique (PEAA) lancé en 2009 et réaffirmé en 2022. D’autre part, le projet de gazoduc Afrique Atlantique, appelé initialement gazoduc Nigéria-Maroc qui est annoncé le 2 décembre 2016, à l’occasion de la visite officielle du Roi Mohammed VI au Nigéria.
Cinq : le temps où certains pays exerçaient du chantage à l'égard du Maroc en manipulant les cartes et le nombre exact des États membres de l’Union africaine est révolu. S’agissant de la carte, le gouvernement libyen de Dbeibeh installé à Tripoli s’est comporté dans ce sens. Il a affiché une carte dans laquelle on voit le Maroc amputé de ses provinces du Sud à l’occasion de la réunion des chefs des renseignements militaires des pays du Sahel et de la Méditerranée, le 9 avril 2026. Le Maroc n’y aurait pas été invité ou aurait jugé ne pas y participer étant un médiateur neutre dans la crise libyenne depuis la signature des accords de Skhirat en 2015.
S’agissant du nombre, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a glissé une phrase dans ce sens. Cette information est rapportée par certains organes de presse, vendredi. Sonko répondait, dirait-on, à la déclaration du président de la Confédération africaine de football (CAF), Patrice Motsepe, qui évoquait le nombre de 54 États membres alors qu’il est en visite à Dakar, le 9 avril 2026.
Tous les masques tomberont bientôt
Le Sénégal s’attendait à ce que Motsepe prenne position sur le différend se rapportant à la finale de la Coupe d’Afrique des nations qui s’est déroulée récemment au Maroc. Le différend est porté devant le Tribunal arbitral du Sport (TAS) saisi par la fédération sénégalaise de football. Le président de la CAF s’est gardé de jeter de l'huile sur le feu ; une attitude qu’il a adopté lors de sa visite à Rabat, le 9 avril 2026.
Si une telle tendance est confirmée par la nouvelle direction politique à Dakar, elle rappellera la volte-face d’Ibrahima Fall, alors ministre de l’Enseignement supérieur, qui, en 1983, laissait entendre que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes était sacré. Il étendait ce droit au polisario quand bien même la position officielle du Sénégal était le soutien inconditionnel à la souveraineté marocaine sur le Sahara.
Une prise de position surprenante au moment où le Sénégal était menacé par le séparatisme dans la Casamance. Il est vrai qu’Ibrahima I. Fall s’enorgueillissait d’avoir obtenu son doctorat d’État en défendant en 1972 une thèse intitulée "Contribution à l’étude du droit des peuples" à l’Université de Paris I.
Il va sans dire que ceux qui veulent revenir en arrière risquent de manquer le train quand il avancera à son allure optimale. Ils risquent effectivement de n'y voir que de la poussière.
Six : la liste de pays africains qui soutiennent la pseudo-rasd se rétrécit comme peau de chagrin. On y dénombre l’Algérie, l’Angola, le Mozambique, la Tanzanie, l’Éthiopie, l’Ouganda, le Lesotho, le Botswana, le Zimbabwe, l'île Maurice, la Mauritanie, le Nigéria, la Namibie et l’Afrique du Sud. Certains de ces pays sont en position de gel effectif qui attend d’être confirmé avant la fin de l’année 2026.
De même que plusieurs pays africains ont ouvert des consulats dans les provinces du Sud. À Laayoune, on trouve le Burundi, les Comores, la République Centrafrique, le Malawi,la Zambie, l’Estwani, Sao Tomé-et-Principe, le Gabon et la Côte d’Ivoire. À Dakhla, on trouve le Burkina Faso, Djibouti, la Gambie, la Guinée-Bissau, la Guinée (Conakry), le Libéria, la Guinée équatoriale, la République démocratique du Congo, le Cap Vert, le Tchad et le Sénégal.
Il fut un temps où l’Algérie se vantait que la pseudo-rasd disposait d’une trentaine d’ambassades dans le monde, entièrement prises en charge par le Trésor algérien. Ces représentations éphémères n’existent plus que dans 9 pays.
Sur le plan international, plus de 126 pays ont déclaré, sans équivoque, soutenir (ou ont réitéré leur soutien au) le Plan d’autonomie sous souveraineté marocaine. Le rêve indépendantiste s’évapore, car ce différend artificiel, était inscrit, à ses débuts, dans le cadre de la lutte Est-Ouest et de l’effervescence de la guerre froide. Aucune puissance ne croyait réellement soutenir ce projet de morcellement du Maroc ou aider l’Algérie et le polisario à le concrétiser sur le terrain -qui était, de toute façon, meublé et sécurisé légitimement par le Maroc.
Sept : il était désolant, triste, sidérant ce spectacle observé il y a deux jours, dans les camps de Tindouf : quatre drapeaux de pays brandis à l'occasion du défilé militaire de la pseudo-rasd pour célébrer le 50ᵉ anniversaire d'une république imaginée dans les esprits distraits de Mouammar Kadhafi et de Houari Boumediene.
Les drapeaux du Venezuela, de Colombie et de Cuba portaient par des grains de sable qui murmurent le requiem d'une utopie qui ne séduit plus les mélomanes révolutionnaires à la carte. Elle ne subsiste que par l'illusion des nuits sahariennes qui creusent par leur réalité crue dans les os d’une population retenue dans des camps. Elle circule dans cet espace de désolation dans des tombes ambulantes que même la mort rechigne à avoir pitié d’eux.
Cuba présente un exemple hallucinant. La Havane continue théoriquement de soutenir le polisario avec l'espoir de récupérer plus de 250 millions de dollars américains que l'Algérie lui doit pour avoir entraîné et éduqué des enfants sahraouis de Tindouf depuis les années 1970. Par les temps qui courent, où Cuba est asphyxié, la récupération d'une partie de cette somme sera la bienvenue.
À moins que l'Algérie ne redoute qu'honorer une telle dette envers Cuba ne se retourne contre elle au moment où les choses sérieuses commencent au Congrès des des États-Unis pour désigner le polisario comme étant un mouvement terroriste.
L'Algérie et d'autres pays qui ont tergiversé avant de prendre position sur la guerre tripartite entre les États-Unis, Israël et l'Iran. L'Iran qui est soupçonné de soutenir des mouvements proxies portés sur la liste des mouvements terroristes. Ce sera bientôt le cas du polisario.
Huit, les locataires des camps de Tindouf et les sahraouis originaires des provinces du Sud qui ont regagné le Maroc se doivent de méditer sur l’évolution de la situation et d'arrêter de jouer sur deux tableaux. Ils doivent bien étudier et assimiler les termes du discours royal ouvrant les bras aux "frères marocains" retenus de gré ou de force à Tindouf et déclarant la journée du 31 octobre "Aïd Al Wahda" (Fête de l’Unité) qui sera désormais célébrée par tous les Marocains en tant que fête nationale.
L’Unité, comme celle décidée par Feu le Roi Mohammed V en 1957, inaugurant la Route de l’Unité entre Taounate et Ketama, mettant fin à la séparation entre le nord et le centre du pays, libérés respectivement de la colonisation espagnole et de la colonisation française. Le premier coup de pioche a été donnée par Feu le Roi Hassan II, alors prince héritier. C’était le début du processus de récupération des territoires spoliés par la colonisation. Ce processus continuera, n’en déplaise aux détracteurs de tous bords.
Si le Mali, pays riche de son histoire, fait la part des choses, pour que cette histoire millénaire reste légendaire, tel n’est pas le cas de certains pays africains qui pataugent encore dans les marécages des idéologies dépassées. Il y en a même certains qui, à défaut d’avoir une histoire avérée, ont voulu falsifier celle des autres peuples .
Il en est ainsi de l’Algérie qui a tout misé sur l’absurde et a mobilisé une armada d’historiens et de chercheurs à la carte allant jusqu’à impliquer des membres des familles de certains décideurs. Amel Nesrine Lamamra, fille de l’ancien ministre algérien des Affaires étrangères Ramtane Lamamra, se distingue plus particulièrement dans cet exercice de vol-voltige. Elle a présenté une thèse à l’université de Cambridge en 2010, où elle a défendu ce qu’elle appelle le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, en prenant le polisario et la pseudo-rasd comme modèles.
Le temps est arrivé pour que l’esprit de vigilance et de courage politique et diplomatique retrouve ses marques sur le continent africain. Septembre 2026 sera le mois où les illusions s’évaporeront et les masques tomberont.
Le Mali, le Kenya, l’Égypte et tant d’autres paysafricains, européens, latino-américains et asiatiques l’ontcompris depuis 2020. Il faudra saluer leur courage et surtout leur pragmatisme. Le chantage et les compromis-compromissions n’ont plus raison d’être. Le reste des récalcitrants et des trouble-fêtes se verra bientôt taxé d’États parias et de mouvements terroristes proxies.
Le Mali, comme d’autres pays de la bande sahélo-saharienne, souffrent depuis quatre décennies, des actions sanguinaires causées par les réseaux du crime organisé, deconnivence avec des groupes terroristes. Les mouvememts dissidents dans le nord du Mali sont manipulés par l’Algérie, comme ils l’avaient été par la Libye sous Kadhafi. Bamako s’aperçoit qu’Alger perd le contrôle sur ces réseaux. Il est conscient du fait que des dirigeants s’apparentant aux mouvements séparatistes versent dans le terrorisme et le banditisme.
La création de la Confédération des États du Sahel (CES), le 6 juillet 2024, est l’aboutissement d’un processus initié en 2023 sous l’appellation de l’Alliance des États du Sahel constituée du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Les trois pays défraient la chronique et relèvent le défi de la résistance àdes pressions émanant des voisins et de pays en dehors de la région. Là aussi, le chantage et l’utilisation des proxies n’ont pas ébranlé la determination de Ouagadougou, de Bamako et de Niamey à mettre en œuvre les engagements de défense commune et de mener à bien la CES, porteuse d’espoir pour les peuples de la région.
À la veille du rapport d’étape que l’envoyé personnel du secrétaire général sur le Sahara présentera au Conseil de Sécurité vers fin avril 2026, sur les derniers développements de la question du Sahara, le processus de règlement avance à pas certains. Tous ceux qui ont cru que la guerre tripartite entre les États-Unis, Israël et l’Iran déclenché, le 28 février 2026, allait éclipser les processus de résolution des autres conflits internationaux, doivent maintenant déchanter.
Pour sa part, l’Union africaine, en tant qu’organisation qui cherche à se relever, doit rectifier l’erreur monumentale que l’ancien secrétaire général de l’OUA, Edem Kodjo, a commise à Addis-Abeba en 1982 en violation flagrante du quorum des deux tiers prévus dans l’article 18 du règlement.
L’Union africaine doit surtout corriger la mauvaise foi délibérément montrée à sa création en 2002 à Durban en Afrique du Sud. Le temps de la remise des pendules à l’heure est arrivé : les ambivalences ont fait leur temps. Le vieillard africain auquel Amadou Hampathé Bâ a rendu hommage veille au grain. Et tous ceux qui croient en la justesse de leur cause, aussi.
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La société pharmaceutique marocaine Biopharma a signé à N’Djamena une feuille de route de coopération avec l’Institut tchadien de recherche en élevage pour le développement (IRED), dans le cadre du renforcement de la coopération maroco-tchadienne dans le domaine de la santé animale.
Article : Casablanca : les autorités démentent auprès de Médias24 une rumeur sur une fermeture des commerces à 23 heures à Anfa
Les autorités ont démenti, auprès de Médias24, l’existence d’une décision imposant la fermeture des commerces, cafés et restaurants à 23 heures dans le ressort de la préfecture d’arrondissements de Casablanca-Anfa, après la circulation d’informations en ce sens sur certains sites et réseaux sociaux.