Guillaume Chaban Delmas
Cofondateur du cabinet MGH Partners.Séisme d'Al Haouz. La déconnexion française
Le traitement médiatique français de ce drame absolu que subit le Maroc est symptomatique d’un pays qui ne se reconnaît plus lui-même et adopte des réflexes hérités d’un autre siècle.
Malgré les dizaines d’articles et reportages mettant en scène les choix souverains du Maroc comme un symptôme des incompréhensions entre la France et le Maroc, rien ne semble pourtant accréditer cette thèse.
Le Maroc pilote ses opérations de sauvetage dans des conditions très difficiles et a déjà recours à l’aide de 4 pays: l’Espagne, les EAU, le Qatar et la Grande-Bretagne. Qui sommes-nous pour juger que l’aide française serait indispensable ? A croire que parmi nos éditorialistes et journalistes, certains sont devenus en quelques heures des experts des routes de l’Ourika ou de celles menant à Amezmiz.
Tout compte fait, cette honteuse séquence médiatique française doit agir comme un révélateur. On a trop souvent tenté d’expliquer les incompréhensions franco-marocaines par des choix (ou non-choix) politiques ou diplomatiques. Certains sont en partie recevables, la plupart non.
Et si ce "froid" entre nos deux pays n’était pas avant tout une question de déconnexion généralisée française par rapport à ce qu’est la France en 2023 ?
Comment ne pas arriver à cette conclusion quand on constate que depuis 72h, l’angle des médias français est en boucle sur le ton de la suspicion et du soupçon pour tout compte fait s’étonner collectivement que le Maroc n’ait pas immédiatement fait appel à son vieux partenaire français ?
Il serait grand temps, comme l’a très justement suggéré Dominique de Villepin, de ranger un peu notre drapeau dans notre poche, de fournir une assistance discrète et sur mesure. Pourquoi pas via l’Union Européenne, des ONG ou des structures privées ? A cet égard la décision du Quai d’Orsay de débloquer 5 millions d’euros à destination des ONG présentes au Maroc va dans le bon sens.
En tout état de cause, la priorité absolue du moment, au delà des complexes surannés et intérêts cachés des uns et des autres, est de rester à l’écoute de nos frères marocains sans, une fois de plus, donner des leçons dont on a le secret.
Commençons par présenter nos plus sincères condoléances aux familles meurtries et espérons un sursaut collectif français pour savoir se montrer (vite) à la hauteur de la douleur profonde qui traverse toutes ces familles de l’Atlas et tout le peuple marocain.
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