Silicon valley, nouvel acteur des relations internationales
La Silicon Valley incarne une insolente réussite technologique dans notre monde contemporain. Terre de chercheurs d’or d’abord, devenue après la seconde guerre mondiale le cœur de développement des industries liées à l’armement et à l’informatique. Elle est le lieu d’une frénésie innovatrice jamais égalée dans l’histoire humaine.
La Silicon Valley peut être appréhendée comme une nouvelle forme de colonisation qui s’est accaparée aussi bien des économies de tous les pays du monde que des individus. Aucun État, aucune entreprise, aucune personne, ne peuvent se passer des services des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). D’autres y ajoutent Microsoft, ce qui donne GAFAM.
Cette puissance tentaculaire dispose de moyens humains et financiers jamais égalés. C’est une nouvelle religion dotée de ses propres missionnaires que sont des chercheurs, des universitaires, des industriels, des think-tanks et des politiques. Tous participent à l’édification d’armadas de startups et d’incubateurs dont l’objectif est d’asseoir une nouvelle économie digitale.
Le nombre de spécialistes en tous genres est impressionnant et donne le tournis : 132.000 informaticiens et ingénieurs en logiciels, 53.000 ingénieurs de l’aérospatiale et de l’électronique, 46.000 spécialistes de la santé, 11.000 cadres des sciences de la vie et de la terre, 17.000 agents de sécurité et de police etc... Les besoins pour faire tourner les multinationales sont en constante évolution.
Ce cœur dynamique des États-Unis, devenue le centre des innovations qui impacte le monde entier, est peuplé de 3 millions de personnes. Il est le lieu de grandes universités de qualité et de pointe comme Stanford ou Berkeley. Difficile d’énumérer toutes les entreprises innovantes qui y ont pris naissance. On peut cependant citer: Hewlett-Packard, Intel, Apple, Google, Yahoo, eBay, Twitter, Netflix. La liste est loin d’être exhaustive.
Pour la seule université Stanford, elle est dotée d’un campus de 33 km, compte 17.000 étudiants inscrits, dispose d’un budget annuel de 24 milliards de dollars et emploie 14.000 personnes. 83 de ses lauréats ont reçu le prix Nobel, 27 sont lauréats des Touring Awards qui récompensent les informaticiens et 8 autres ont reçu les médailles Fields en mathématiques.
Vecteur de la puissance américaine
Lieu d’innovation et de compétitivité, la Silicone Valley est aussi un vecteur de la puissance américaine. C’est là où été inventés le premier transistor en 1947, le microprocesseur en 1971, le premier ordinateur en 1976 et le portail internet en 1995, pour ne citer que ceux-là. D’autres industries innovantes y prospèrent comme Lockheed Martin ou Tesla Motors.
En l’espace de ces dernières vingt années, les GAFA ont accumulé une puissance financière colossale qui s’est ajoutée à une puissance technologique de pointe jamais égalée. Ces deux atouts leur ont permis d’acquérir, d’une part, les fleurons technologiques dans le monde, et de l’autre d’attirer vers eux les meilleurs profils et chercheurs de la planète pour leur développement.
Tout en transformant l’économie mondiale, ces acteurs numériques sont devenus dominants en raison de leur puissance financière et les facilités à lever des fonds pour leur développement. On se souvient que Facebook a acquis la messagerie instantanée WhatsApp pour 13 milliards de dollars, et que Google s’est payé la startup britannique de l’intelligence artificielle DeepMind, pour 500 millions de dollars.
Cette extension horizontale à l’échelle internationale, accompagne l’intégration verticale aux États-Unis. Toutes les entreprises des GAFA sont liées aux complexes militaro-industriels américains. Elles ont par ailleurs de grandes capacités de lobbying auprès de l’administration à Washington. Pour ce faire, ils n’hésitent pas à recruter des grandes personnalités politiques, démocrates comme républicains, pour défendre leurs intérêts.
Ces titans du numérique sont désormais considérés comme un des acteurs de la vie internationale à l’instar des États ou des institutions internationales. Ils deviennent incontournables parce qu’ils sont indispensables à la vie moderne. Personne ne peut s’imaginer de vivre et évoluer sans l’utilisation quotidienne de ces outils.
C’est cette puissance tout à la fois technologique, économique, et financière, qui leur octroie une position politique de plus en plus reconnue de par le monde. Le Danemark ne s’est pas trompé en nommant un ambassadeur auprès de ces mastodontes de la Silicon Valley pour défendre auprès d’elles ses intérêts et suivre leur évolution.
Ces changements qui impactent notre quotidien passent parfois inaperçus. Ils sont en train de modifier les rapports à l’intérieur des nations comme entre les peuples. Ils sont aussi annonciateurs de grands bouleversements à venir. Les dangers de monopole sur les données de toutes les nations n’échappent à personne, en raison des conflits d’intérêts qui risquent d’exacerber les conflits entre les pays.
Renforcer le cadre légal
L’on se rappelle des multiples affaires qui ont émaillé la vie politique internationale par les révélations d’Edward Snowden, ou l’implication des russes dans la manipulation de l’électorat américain lors des élections présidentielles. Les États sont de plus en plus conscients qu’il faudrait renforcer le cadre légal pour limiter l’impact de ces multinationales. Le récent accord, sous la coupole de l’OCDE, pour les soumettre à une taxation de 15% à partir de 2023, va dans ce sens et présage d’un renforcement de contrôle.
On estime la capitalisation boursière des multinationales de Silicon Valley à 4.000 milliards de dollars, soit 14 fois le budget d’un pays comme la France. Apple et Amazon dépassent à elles seules 1.000 milliards de dollars. Les menaces et les risques qu’elles engendrent sont indissociables de la puissance et de l’influence américaine dans le monde. En traitant avec ces multinationales c’est avec les États-Unis qu’on a affaire.
A travers les GAFA, la Silicon Valley a apporté une révolution que l’humanité n’a jamais connue de son histoire. Les multiples inventions ont rendu subitement le monde d’hier archaïque et dépassé. Ce monde a cédé le pas à une nouvelle gestion planétaire plus rapide et surtout plus rentable. En abolissant les frontières physiques, la souveraineté des États est mise à mal. Au lieu de nier ces faits, il nous reste le devoir de reconnaître l’étendu des défis pour les relever avec courage et abnégation.
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