img_pub
Rubriques

Soulager d'un poids la génération Facebook

LOS ANGELES - Une fois de plus, les jeunes sont les moins bien lotis sur le plan politique. Le résultat du référendum du Brexit au Royaume-Uni n'est qu'un nouveau rappel d'un fossé béant entre les générations, qui recoupe appartenances politiques, niveaux de revenus et races.

Le 18 juillet 2016 à 14h54

Près de 75% des électeurs britanniques de 18 à 24 ans ont voté en faveur du "Remain" (pour rester dans l'Union européenne), pour en fin de compte voir le vote du "Leave", leur être imposé par les électeurs plus âgés. Et ce n'est qu'une façon parmi d'autres dont l'avenir économique de la génération du millénaire et celle de leurs enfants, est décidé par d'autres citoyens.

Je vais sur la fin de la cinquantaine et je crains que notre génération dans les pays avancés ne reste dans les mémoires (à notre grande honte), comme celle qui a perdu le nord en matière économique.

Crise de 2008: des leçons non retenues

Dans la période qui a précédé la crise financière mondiale de 2008, nous nous sommes délectés de l'effet de levier, en nous accordant de plus en plus souvent le droit d'utiliser le crédit pour vivre au-dessus de nos moyens et celui de prendre trop de risques financiers en matière de spéculation. Nous nous sommes arrêtés d'investir dans les véritables moteurs de la croissance: nous avons laissé nos infrastructures se désintégrer, notre système éducatif prendre du retard et nous avons laissé s'éroder notre formation professionnelle et nos programmes de modernisation.

Nous avons laissé le budget être pris en otage par des intérêts particuliers, ce qui a entraîné une fragmentation du système fiscal qui, sans surprise, a conféré un autre préjugé anti-croissance injuste au système économique. Et nous avons assisté à une aggravation dramatique des inégalités, non seulement des revenus et des richesses, mais également des chances.

La crise de 2008 aurait dû sonner notre réveil économique. Cela n'a pas été le cas. Plutôt que de nous servir de la crise pour catalyser le changement, nous avons procédé pour l'essentiel à une remise en jeu et nous avons repris de plus belle le fil de nos mêmes activités.

Plus précisément, nous avons simplement échangé des entreprises de crédit et à effet de levier privées par des entreprises publiques. Nous avons échangé un système bancaire surendetté par des injections expérimentales de liquidités par les autorités monétaires hyperactives. Ce faisant, nous avons surchargé les banques centrales, ainsi que leur stabilité financière future, au risque de mettre en péril leur crédibilité et leur autonomie politique.

Au sortir de la crise, nous avons transféré des passifs privés, depuis les bilans des banques vers les contribuables, notamment les passifs à venir, mais nous avons échoué à résoudre entièrement le cas du secteur financier renfloué. Nous avons laissé les inégalités empirer et nous sommes restés là à ne rien faire, alors qu'un trop grand nombre de jeunes en Europe subissaient le chômage et franchissaient ce cap effrayant qui mène du chômage à l'inaptitude à l'emploi.

En bref, nous n'avons pas fait assez pour relancer les moteurs de la croissance inclusive durable, ce qui a également affaibli la production potentielle et a menacé la performance économique future. Et nous aggravons ces erreurs en série par une grande incapacité à agir sur la durabilité à long terme, en particulier en ce qui concerne la planète et la cohésion sociale.

De mauvaises mesures économiques ont naturellement rejailli sur une politique désordonnée, où des segments croissants de la population ont perdu confiance en l'establishment politique, les élites d'affaires et les avis d'experts. La fragmentation politique qui s'ensuit, notamment le gain de popularité des mouvements des marginaux et anti-establishment, a encore compliqué la conception de réponses économico-politiques plus appropriées.

Pour couronner le tout, nous autorisons à présent une réaction réglementaire contre les innovations technologiques, qui bouleversent les industries établies et inefficaces et qui fournissent aux citoyens un meilleur contrôle sur leur vie et leur bien-être. Des restrictions croissantes sur des entreprises comme Airbnb et Uber ont frappé les jeunes très durement, en tant que producteurs et consommateurs.

La génération du millénaire doit progresser sur le plan politique

Si nous ne changeons pas de cap rapidement, les générations suivantes seront confrontées à des tendances économiques, financières et politiques qui vont se renforcer mutuellement et qui vont peser sur eux avec trop peu de croissance, trop de dettes, des prix des actifs artificiellement gonflés, des niveaux alarmants d'inégalités et une polarisation politique partisane. Heureusement, nous sommes conscients de ce problème préoccupant, inquiets de ses conséquences et nous avons une bonne maîtrise de la manière d'amener l'inflexion tant attendue.

Etant donné le rôle de l'innovation technologique, dont une grande partie est dirigée par les jeunes, même une petite réorientation des politiques peut avoir un impact significatif et rapide sur l'économie. Grâce à une approche plus globale de la politique, nous pourrions transformer le cercle vicieux de la stagnation économique, de l'immobilité sociale et de l'instabilité des marchés en un cycle vertueux de la croissance inclusive, en une véritable stabilité financière et en une plus grande cohérence politique. Ce qui est nécessaire, en particulier, c'est un progrès simultané des réformes structurelles favorables à la croissance, une meilleure gestion de la demande, un traitement des poches d'endettement excessif et une amélioration des cadres politiques régionaux et mondiaux.

Bien que hautement souhaitables, de tels changements ne se concrétiseront que si une plus forte pression constructive est mise sur les politiciens. Autrement dit, quelques politiciens vont se faire les champions du changement en promettant des avantages à long terme, mais qui seront souvent assortis de perturbations à court terme. Et les électeurs plus âgés qui les soutiennent vont résister à toute érosion significative de leurs droits: en se tournant éventuellement, quand ils s'apercevront de la menace qui pèse sur leurs intérêts, vers des politiciens populistes et vers des solutions dangereusement simplistes comme celle du Brexit.

Malheureusement, les jeunes ont été trop complaisants sur le plan de la participation politique, notamment sur les questions qui touchent directement à leur bien-être et à celui de leurs enfants. Oui, près des trois quarts des jeunes électeurs ont soutenu la campagne du "Remain" au Royaume-Uni. Mais seulement un tiers d'entre eux ont participé au scrutin. En revanche, le taux de participation des plus de 65 ans était de plus de 80%. Sans aucun doute, l'absence de jeunes dans les bureaux de vote a laissé la décision entre les mains des personnes âgées, dont les préférences et les motivations diffèrent de celles des jeunes, parfois en toute innocence.

La génération du millénaire a fait des progrès impressionnants dans sa manière de communiquer, de voyager, de trouver et de diffuser l'information, de mettre en commun les ressources, d'interagir avec les entreprises, etc. Elle doit à présent chercher à progresser également sur le plan de l'élection de ses représentants politiques et les mettre face à leurs responsabilités. Si elle manque à ce devoir, ma génération (la plupart du temps par inadvertance), va continuer à emprunter avec excès sur leur avenir.

© Project Syndicate 1995–2016

Par
Le 18 juillet 2016 à 14h54

à lire aussi

Le Maroc face au risque d’une inflation alimentaire diffuse et composite
ECONOMIE

Article : Le Maroc face au risque d’une inflation alimentaire diffuse et composite

Alors que les instances internationales s'inquiètent d'un nouveau choc systémique mondial lié aux tensions géopolitiques, le Maroc navigue entre une campagne agricole prometteuse et des goulots d'étranglement logistiques nationaux. Si le blé tendre reste sous protection, les filières animale, sucrière et oléagineuse demeurent exposées à une inflation de second rang et à une saturation portuaire qui grignote les marges de manœuvre. Analyse.

Pourquoi le taux d’inflation ne reflète pas toujours le vécu des ménages
ECONOMIE

Article : Pourquoi le taux d’inflation ne reflète pas toujours le vécu des ménages

Au Maroc, l’inflation ralentit, mais les ménages continuent de ressentir la hausse des prix et la pression sur leur pouvoir d’achat. Cet écart vient surtout d’une lecture incomplète du taux d’inflation, ainsi que de la nature même du panier représentatif utilisé pour mesurer l’évolution des prix.

Intelcia : Karim Bernoussi et ses partenaires reprennent 100% du capital, sortie d’Altice
BUSINESS

Article : Intelcia : Karim Bernoussi et ses partenaires reprennent 100% du capital, sortie d’Altice

Le 28 avril, les deux cofondateurs du groupe, Karim Bernoussi et Youssef El Oufir, doivent finaliser le rachat des 65% du capital détenus par le groupe Altice, dont ils n'avaient conservé que 35% lors de l'entrée du partenaire français en 2016. Une opération qui redonne à ce fleuron de l'économie marocaine sa pleine liberté de manœuvre, au moment précis où son secteur est traversé par la déferlante de l'intelligence artificielle. Karim Bernoussi, PDG du groupe, était l'invité du 12/13 de Médias24.

L’Oukaïmeden,  station d’hiver et espace culte de transhumance
SOCIETE

Article : L’Oukaïmeden,  station d’hiver et espace culte de transhumance

Alors que l’Oukaïmeden est appelé à devenir une station touristique quatre saisons à l’horizon 2027, l’anthropologue Mohamed Mahdi rappelle que ce territoire ne peut être réduit à un site de loisirs. Agdal pastoral, espace de transhumance, réservoir de biodiversité et patrimoine culturel amazigh, l’Oukaïmeden impose une approche de développement intégrée, capable de concilier tourisme, pastoralisme et préservation des équilibres sociaux et écologiques.

La météo pour le lundi 27 avril 2026
Les prévisions quotidiennes

Article : La météo pour le lundi 27 avril 2026

Voici les prévisions météorologiques pour le lundi 27 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie.

Plan d’aménagement de Marchica : un nouveau souffle socio-économique pour Nador et Beni Ensar
Architecture et urbanisme

Article : Plan d’aménagement de Marchica : un nouveau souffle socio-économique pour Nador et Beni Ensar

L'aménagement de la lagune de Marchica s’apprête à un nouveau chapitre. Au-delà des avancées de la première phase, il dessine une nouvelle transformation urbaine et touristique d'ampleur, de Nador à Beni Ensar, jusqu'au village d'Arkman. L’enquête publique s’est achevée vendredi.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité