Tony Blair, sur les traces de Paul Bremer
Alors que Donald Trump se félicite de la trêve entre Israël et le Hamas, l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair pourrait être chargé de superviser la reconstruction de Gaza. Une perspective qui suscite de vives inquiétudes, au regard de son rôle controversé dans la guerre d’Irak et de son échec, par le passé, à faire avancer la cause palestinienne.
Le président américain Donald Trump est heureux de la trêve conclue entre Israël et le Hamas, qui ont approuvé la première phase de son plan de paix pour Gaza. Trump est impatient de passer à la mise en œuvre de la phase de reconstruction qu’il voudrait confier à Tony Blair, l’ancien Premier-ministre britannique. Celui-ci avait aidé les Américains à mener leur guerre illégale contre l’Irak de Saddam Hussein.
A cette époque, Washington avait nommé le diplomate Paul Bremer pour gérer l’Irak d’après Saddam, et éradiquer le parti Baath et toutes les institutions du pays. Blair aura lui aussi pour mission d’extirper le Hamas de Gaza alors qu’il n’est pas totalement vaincu, et de changer probablement la physionomie de Gaza.
Si on peut se réjouir de l’évolution des pourparlers entre le Hamas et Israël, il ne faudrait pas non plus se bercer de trop d’illusions. On est plus en face d’un cessez-le-feu provisoire et fragile, et bien loin d’un réel accord de paix qui ouvre les perspectives à un Etat palestinien.
Par ailleurs, la possible nomination de Blair pour gérer l’après-guerre à Gaza n’a rien de rassurant non plus. On se souvient de son soutien politique et militaire aux actions de Bremer, quand celui-ci administrait l’Irak entre 2003 et 2004, où l’essentiel de ses réalisations était la totale destruction de ce pays. Le bilan de cette intervention fut lourd : un million d’Irakiens morts, 2 millions de déplacés vers les pays voisins, un million et demi de déplacés à l’intérieur du pays.
Inutile de rappeler que ces opérations militaires sont venues après le long embargo décidé contre l’Irak par le Conseil de sécurité en 1996, et qui avait provoqué à son tour des milliers de victimes.
Bremer le résident général
L’œuvre de Bremer n’était en réalité que la continuation de l’esprit de l’embargo d’avant sur l’Irak qui a engendré tant de tragédies humaines. Des estimations évoquent la mort d’un autre million et demi d’Irakiens en raison du manque de médicaments et de nourriture.
Le programme pétrole contre nourriture qui suivra n’améliorera pas non plus la vie des Irakiens. Introduit en 1996 par les Américains, et avalisé par le Conseil de sécurité, il a sombré dans des scandales de corruption, de détournements de fonds et des abus de toutes sortes. La paupérisation s’est généralisée en Irak, ainsi que l’effondrement des infrastructures et des industries vitales du pays.
Toute cette politique américaine menée avec l’implication active de Blair a conduit à l’effondrement de la société irakienne dans son ensemble. L’embargo a causé la famine, puis le programme pétrole contre nourriture a fini en scandales financiers retentissants, sans atteindre ses objectifs pour lesquels il a été adopté.
Avant de quitter ses fonctions en Irak, Bremer signe un dernier décret par lequel il accordait l’immunité aux militaires et civils américains impliqués dans la guerre, pour leur éviter les poursuites judiciaires. De retour aux Etats-Unis, il fera face à la justice de son pays en raison de ces multiples abus et scandales financiers.
Plusieurs rapports d’audit tombés entre les mains de la presse révélaient ainsi la disparition de plusieurs milliards de dollars qui ont transité vers des comptes étrangers durant l’administration de Bremer. On évoque alors des fraudes, des pots de vin, et des détournements abusifs de fonds. Une commission d’enquête s’ouvre et épingle ouvertement sa gestion et sa mauvaise utilisation des deniers de l’Etat irakien. Face à ces faits tangibles et irréfutables, Bremer quittera définitivement la fonction publique pour sombrer dans l’anonymat.
Toutes ces révélations ne s’intéressaient qu’à la mauvaise gestion des fonds, et jamais au sort réservé à la population irakienne. L’envoyé spécial de l’ONU Lakhdar Brahimi avait tout tenté pour sauver l’Irak de ce destin tragique tout en venant au secours des Américains et des Britanniques pour les aider à sortir de ce bourbier.
A chacune de ses visites en Irak, il faisait face aux tracasseries de l’administration Bremer qui cherchait à rendre sa mission difficile et ses démarches vaines. Brahimi se montrait très critique à l’égard de Bremer en personne. Il l’a traité ouvertement une fois d’incompétent et de dictateur. Bremer est le dictateur de l’Irak, et je suis sûr qu’il ne m’en voudra pas de le lui dire ainsi. Il a l’argent, il a la signature, et rien ne passe dans ce pays sans son accord, lui lance sans ambages Brahimi. Certaine presse américaine de l’époque le gratifiait sarcastiquement du sobriquet Saddam Bremer.
Blair sur la voie de Bremer ?
Certes, entre Blair et Bremer toute comparaison n’est pas raison, car ces deux personnalités ainsi que les circonstances de leurs interventions diffèrent. Mais en attendant la confirmation de la nomination du Britannique, il est légitime de s’interroger sur la gestion qu’il fera de Gaza, partant de son passé qui ne joue pas en sa faveur. C’est la presse britannique elle-même qui a lancé l’alerte sur l’implication de l’Institut Tony Blair, ITB, dans la conception du projet controversé de Gaza qui engloberait le déplacement d’au moins une partie de la population hors de sa terre.
Les détails de cette implication ont été révélés suite à une enquête menée par le Financial Times qui a dévoilé que l’ITB et Bolton Consulting Group, BCG, ont travaillé en commun sur le programme voulu par Trump. Mené de concert avec les Israéliens, le projet comprend des incitations économiques pour reloger à l’étranger jusqu’à un demi-million de Palestiniens, dans ce qui s’apparente à un nettoyage ethnique en bonne et due forme. L’objectif final de ce scénario serait de transformer cette enclave assiégée en une zone d’investissement de luxe à l’instar de Dubaï.
Les cadres de l’ITB auraient activement participé à des groupes de planification en soumettant leurs propres propositions pour développer Gaza. Tout l’aspect politico-légal à l’égard du droit international était ignoré au profit de la rentabilité économique. Ainsi, Gaza serait dans l’avenir composée de plusieurs zones résidentielles, d’îles artificielles, de lieux commerciaux, des industries manufacturières à faible fiscalité, et des industries touristiques et de loisirs entre autres.
L’objectif ultime serait donc de transformer ce territoire en une zone économiquement prospère, qui ne rappellera plus son passé de résistance face à la colonisation israélienne.
Si Blair est confirmé dans ce poste pour épauler Trump dans sa stratégie pour Gaza, que pourrait-il faire de plus pour la Palestine, lui qui a échoué dans la mission que lui a confiée le Quartet – ONU, Etats-Unis, Union européenne et Russie – de 2007 à 2015, sans grand succès ?
Pourtant, l’objectif de son mandat était bien d’aider le peuple palestinien à construire les institutions et l’économie d’un Etat palestinien viable à Gaza et en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, comme le stipulait son mandat. Pour les Palestiniens qui ont travaillé avec lui à cette époque, Blair ne s’intéressait qu’à l’aspect économique et était peu préoccupé pour mettre fin à la colonisation et à la violence des colons israéliens.
C’est ce que Tony Blair tentera de répéter à Gaza, s’il n’est pas encadré par une vision politique exigeante et juste, et d’un suivi de l’ONU et des ONG qui, délibérément, ont été écartées de la conception de ce projet.
Blair est connu pour ses liens étroits avec Trump et Netanyahou. Il a participé à la guerre d’Irak pour renforcer la suprématie d’Israël sur la région, n’a pas atteint ses objectifs quand il était à la tête du Quartet, et a préféré ne pas commenter la récente reconnaissance de la Palestine par son pays. Tout cela ne plaide en aucun cas en sa faveur. Le peuple palestinien a appris tout au long de sa douloureuse histoire que son sort est toujours discuté et négocié par des étrangers qui sont établis loin, très loin de la Palestine.
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