img_pub
Rubriques

Ellen Johnson Sirleaf

Présidente du Liberia

Tourner la page Ebola

WASHINGTON, DC – L’épidémie d’Ebola survenue l’an dernier en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia, trois des quatre pays composant l’Union du fleuve Mano, constitue la plus grave jamais observée depuis le tout premier diagnostic de cette maladie en Centrafrique, en 1976. L’impact de cette épidémie s’est révélé dévastateur, remettant en question les progrès socio-économiques considérables accomplis par nos trois pays à l’issue de dizaines d’années de conflits et d’instabilité.  

Le 23 avril 2015 à 12h11

La région a enregistré à ce jour un total de 25.791 cas et 10.689 décès – soit presque dix fois le nombre de décès survenus dans le cadre de toutes les autres épidémies d’Ebola cumulées. Pour 2014, les prévisions de taux de croissance de nos trois pays s’élevaient entre 4,5% et 11,3%. Ces prévisions ont désormais été réduites à 2,2% tout au plus. En l’absence de mesures d’atténuation des risques, une récession apparaît inévitable.

La propagation non contrôlée de la maladie a mis en lumière les défaillances de nos systèmes nationaux de santé, de même que la faible capacité de coordination et de réponse efficace des institutions régionales et internationales. En bref, nous étions piètrement équipés pour faire face à une épidémie d’une telle ampleur, et encore moins pour l’éviter.

Nous partageons la responsabilité collective des milliers de morts entraînées par Ebola, ainsi que des dizaines de milliers de personnes affectées par cette maladie. Aujourd’hui, grâce à l’engagement et à l’adaptation dont font preuve les institutions, nous sommes plus proches de remporter le combat contre Ebola. Bien que la maladie ne soit pas totalement maîtrisée et éradiquée dans la région, sa propagation connaît un ralentissement ; il nous faut désormais commencer à planifier notre rétablissement, ce qui exige de renforcer les systèmes nationaux, régionaux et internationaux destinés à protéger la vie et l’avenir de nos populations.

En qualité de présidents des trois pays affectés, nous nous sommes réunis au mois de février à Conakry, en Guinée, également rejoints par la Côte d’Ivoire, afin d’adopter une stratégie commune destinée à mettre un terme à l’épidémie, ainsi qu’à tracer le cap de la reprise socioéconomique de l’après-Ebola. Ce rassemblement a été suivi d’une réunion de donateurs à Bruxelles au début du mois de mars, ainsi que d’un rassemblement deux semaines plus tard à Freetown, en Sierra Leone, destiné à nous permettre de coordonner nos comités techniques. Nous poursuivrons par ailleurs ces efforts à Washington DC lors des rassemblements de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale.

Nous sommes déterminés à éradiquer Ebola grâce à l’échange d’informations, au partage d’expertises techniques, à la création de systèmes communautaires de santé innovants et accessibles, ainsi qu’à l’intensification des stratégies de sensibilisation du public, notamment à travers des enseignements que les familles pourront inculquer, en termes de normes liées par exemple à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène (normes WASH). Seulement alors l’investissement du secteur privé – moteur de l’emploi et de moyens de subsistance stables – pourra-t-il commencer à reprendre.

Un plan de relance économique conjoint

La propagation du virus d’Ebola a été facilitée par l’histoire et la culture commune de nos pays, qui ont permis à la maladie de traverser facilement les frontières, et de se propager rapidement des zones rurales éloignées aux centres urbains. Malheureusement, l’épidémie nous a contraints à fermer certaines de nos frontières, empêchant ainsi l’accès aux proches et aux soins.

Nous souhaitons que nos infrastructures, que nos politiques de santé et que nos points forts économiques bénéficient aux populations par-delà les frontières, au moyen de relais – systèmes de soutien communautaire et corridors de développement – permettant d’encourager la collaboration et la création d’emplois. Nous demandons également à nos partenaires internationaux de soutenir un plan de relance économique conjoint, en plaçant l’accent sur des solutions concrètes permettant d’améliorer la croissance et l’emploi.

Quatre éléments s’avèrent essentiels à notre effort de rétablissement. La première composante réside dans la création de systèmes de santé publique résilients, ce qui exige la présence de professionnels communautaires de la santé qui soient formés, afin d’étendre la couverture aux zones rurales. Ceci exige également la mise en place de programmes de gestion des eaux et de l’assainissement à l’échelle nationale, ainsi que de centres correctement équipés dans le cadre du contrôle des maladies infectieuses au sein de chaque pays.

Deuxièmement, il nous faut mettre l’accent sur les infrastructures, en particulier sur les routes, installations électriques et réseaux de télécommunication. Nous demandons à la Banque africaine de développement de prendre l’initiative dans la création d’un fonds pour les infrastructures, selon une extension de l’Initiative du fleuve Mano lancée en 2013, avec pour objectif le renforcement de l’intégration régionale. Nous demandons également à nos partenaires de reconnaître la nécessaire mise en œuvre urgente des programmes initialement planifiés sur un horizon à dix ans.

Troisièmement, il nous faut soutenir la reprise économique en encourageant la confiance au sein du secteur privé, qui a durement souffert de la hausse des prix dans la région. Plus précisément, il serait bon que la région puisse bénéficier de subventions aux entrepreneurs locaux, de financements concessionnels et de prêts pour les investisseurs étrangers, ainsi que d’un soutien budgétaire de la part du gouvernement.

Enfin, dans le sillage de la recommandation formulée par la Commission pour l’Afrique, les Nations Unies et l’Union africaine, nous en appelons à l’annulation totale de nos dettes à l’étranger. Ceci nous permettrait de retrouver la flexibilité budgétaire nécessaire pour nous permettre de cofinancer la reconstruction de nos systèmes de santé.

Nous appelons nos partenaires internationaux à soutenir notre reprise économique selon ce même esprit de coopération et de sens de l’urgence qui nous a aidé à combattre le virus Ebola. Ensemble, nous pouvons bâtir des systèmes de santé, infrastructures et institutions régionales plus solide demain qu’avant l’apparition de l’épidémie. Ensemble, nous pouvons bâtir un héritage durable de santé et de progrès pour nos populations.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

© Project Syndicate 1995–2015


 

Par et
Le 23 avril 2015 à 12h11

à lire aussi

Le Honduras décide de suspendre sa reconnaissance de la “rasd”
NATION

Article : Le Honduras décide de suspendre sa reconnaissance de la “rasd”

Le Honduras a annoncé la suspension de sa reconnaissance de la pseudo “rasd”, une décision officielle notifiée à Rabat et aux Nations Unies.

Engrais. Sous pression à cause du blocus d’Ormuz, l’Inde se tourne massivement vers le Maroc
AGRICULTURE

Article : Engrais. Sous pression à cause du blocus d’Ormuz, l’Inde se tourne massivement vers le Maroc

Entre le blocus d'Ormuz qui paralyse la production indienne, les restrictions chinoises à l'export et la crise agricole américaine, le marché mondial des engrais phosphatés traverse une période de turbulences sans précédent. Dans ce contexte, l'Inde, plus exposée que jamais à la désorganisation des flux, consolide sa dépendance au Maroc.

Hôtellerie : Marriott nomme Denis Laus à la tête du futur resort de Taghazout Bay
Quoi de neuf

Article : Hôtellerie : Marriott nomme Denis Laus à la tête du futur resort de Taghazout Bay

Prévu pour l’été 2026 aux portes d’Agadir, l’établissement comptera 250 chambres avec vue sur l’océan, plusieurs espaces de restauration et 600 m² dédiés aux réunions et événements.

La réforme des Groupements sanitaires territoriaux cherche ses preuves sur le terrain
Santé

Article : La réforme des Groupements sanitaires territoriaux cherche ses preuves sur le terrain

Cinq directeurs généraux nommés par le Roi, des indicateurs présentés comme probants dans une région pilote, mais des syndicats qui contestent et des décrets toujours manquants. La réorganisation du système de santé public marocain autour de groupements sanitaires territoriaux s'accélère. Le plus dur reste à faire.

Casablanca : le Mégarama dément tout projet de démolition sur le front de mer
Régions

Article : Casablanca : le Mégarama dément tout projet de démolition sur le front de mer

Le Mégarama de Casablanca ne fait l’objet d’aucun projet de destruction, a indiqué à Médias24 une source autorisée au sein de l’établissement, réagissant à des informations relayées en ligne sur une possible démolition de plusieurs installations du littoral.

SIAM 2026 : Maroc Telecom dévoile ses solutions Agritech pour une agriculture intelligente
SIAM 2026

Article : SIAM 2026 : Maroc Telecom dévoile ses solutions Agritech pour une agriculture intelligente

Partenaire officiel du SIAM, Maroc Telecom présente ses dernières innovations Agritech fondées sur l’IoT, l’intelligence artificielle et la 5G, afin d’accompagner la transformation digitale du secteur agricole.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité