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Trump II face à l’UE, un pistolet sur la tempe

À l’arrivée de Donald Trump au pouvoir en 2017, l’ancienne chancelière allemande Angela Merkel affirmait que le destin des européens est entre leurs mains, pour dire que l’élection de ce républicain n’aura pas d’effet sur l’Europe. Pendant tout le premier mandat de Trump, l’Union-européenne gérait comme elle le pouvait ses relations avec Washington, attendant patiemment son départ. Trump, ce président atypique, a fragilisé durant son premier mandat les relations transatlantiques établies depuis le second conflit mondial. Il est maintenant de retour.

Le 29 novembre 2024 à 12h17

Trump I avait inauguré durant son premier mandat un mode de gouvernement pour le moins déconcertant. L’Europe a eu affaire à un président qui agit par décrets présidentiels, sans consulter ses administrations et encore moins ses alliés européens. Il a dénoncé des accords internationaux, et quitté certaines organisations multilatérales, laissant l’Europe démunie face à son propre sort. Au niveau même des affaires domestiques, il tenait peu compte du Congrès et du Sénat américains. Moquant ses propres fonctionnaires et son administration, il affirmait qu’il est facile de travailler avec lui car il prend lui-même toutes les décisions.

L’Union-européenne s’est endormie sur ses lauriers, se donnant un moment de répit durant le mandat de Joe Biden qui a été pour beaucoup dans l’engrenage ukrainien. Elle appréhende maintenant le retour de Trump qui a déjà fait savoir que sa première priorité est de sortir de ce bourbier. Il a affirmé qu’il mettra rapidement fin à la guerre en Ukraine, sans détailler ni son plan de règlement ni le rôle qui sera dévolu à ses alliés européens. Ces derniers craignent par-dessus tout que cela se fasse sur leur dos, à leur détriment et au seul profit des américains et des russes.

Durant le premier mandat Trump, les européens semblaient surpris de l’avènement d’un nouveau type d’homme politique en la personne de Trump. Ce président ne correspondait pas au schéma classique qu’ils se faisaient du nouveau monde. L’Europe, pour sa part, faisait face à tant de défis, comme le Brexit, les crises migratoires et, plus tard, le début de la pandémie covid. Une partie des politiques qu’elle poursuivait plaisait peu à l’administration Trump à l’instar des politiques environnementales. Au niveau commercial, il ne leur faisait pas de cadeau, et au sein de l’Otan, il exigeait une meilleure implication financière.

La guerre que livre la Russie en Ukraine depuis 2022 est venue changer la donne et modifier les priorités et les urgences en Europe. Cette confrontation a poussé à développer une défense européenne commune renforcée, qui n’arrive pas encore à se concrétiser. Désormais, les européens investissent plus pour améliorer ses capacités de défense commune, dans le cadre de la Politique de sécurité et de défense communes, PSDC. Tous ses efforts restent cependant insuffisants, et sans l’appui des américains, leur sécurité n’est pas totalement acquise.

Dès l’annonce de sa victoire, chaque dirigeant européen est allé de son compliment pour féliciter Trump. Bien qu’on craigne sa politique, il a eu droit à des mots amicaux et si chaleureux de la part des chefs d’État européens et même d’un appel téléphonique du président français Macron. La présidente de la commission Von der Leyen lui a fait savoir que l’UE et les Etats-Unis sont plus que de simples alliés. Pourtant, chacun sait que la plupart des dirigeants de l’Union misaient sur la candidate démocrate Kamala Harris. Ils espéraient au fond d’eux-mêmes la voir remporter les élections pour ne pas avoir encore à traiter avec Trump à la tête des États-Unis.

Des responsables européens comme l’Allemand Olaf Scholz ou l’Espagnol Pedro Sanchez, étaient de ceux qui ne cachaient pas leur penchant pour la démocrate Kamala Harris. D’autres, comme ceux de la Pologne, l’Italie, les Pays-Bas ou la Hongrie, se montraient plus discrets même s’ils espéraient la victoire du républicain. Globalement, les dirigeants européens en général ont péché par excès pensant que le premier mandat de Trump était une simple parenthèse, et que tout allait redevenir comme avant. En réalité c’est le mandat Biden qui fût un intermède.

L’impréparation des européens au retour de Trump est tout simplement flagrante et incompréhensible. S’ils ont été surpris et pris au dépourvu par sa victoire en 2016, celle de cette année a été une douche froide, voire une grande déception, principalement en raison des menaces russes sur l’Ukraine. Les européens savent pertinemment que Trump n’a pas l’intention de confronter Poutine ou de lui mener la guerre à leur place. Son seul objectif est de trouver un compromis avec Moscou pour s’occuper pleinement de la Chine.

Parce que trop longtemps divisés, les européens n’ont pas pu saisir la période du mandat Biden pour mieux se préparer à ce virage qu’ils vont maintenant subir de plein fouet avec Trump II. Ils n’ont pas pu renforcer le pilier européen de l’Otan, ou alors si peu, durant cette période. Ils n’ont pas su non plus prendre le devant dans leur soutien ferme à l’Ukraine, laissant Washington seul en première ligne. En matière d’aide militaire à Kiev, ils ont offert trop peu et souvent trop tard, se cachant toujours derrière les américains pour assurer leur propre sécurité.

Les européens sont maintenant en face d’une réalité amère. Trump a répété qu’il n’a pas l’intention de confronter les russes par les armes pour plaire aux européens. Il veut négocier avec Moscou, comme il a tenté de le faire avec la Corée du Nord lors de son premier mandat. Il a une appétence à engager le dialogue avec les dictateurs pour se mesurer à eux, trouver des compromis, et préparer le terrain pour nouer de meilleures relations commerciales. Il sait que toute confrontation militaire avec la Russie serait dramatique d’abord pour l’Europe elle-même, et ne profiterait en fin de compte qu’à la Chine.

Un Trump "mieux expérimenté"

Tout laisse penser qu’avec Trump II les relations avec le vieux continent seraient compliquées et difficiles que par le passé. Trump revient à la tête de l’Amérique, mieux expérimenté et plus aguerri que par le passé. On l’a constaté dans la célérité par laquelle il a nommé les membres de son gouvernement au lendemain de sa victoire, alors que la passation de pouvoir n’aura lieu qu’en janvier. Mieux que cela, il dispose désormais de tous les leviers du pouvoir que lors de son premier mandat. Il a la majorité au Congrès et une Cour suprême acquise à sa cause.

Si l’Europe n’arrive pas à se réformer, ce n’est donc pas faute d’avoir tenté d’appliquer différentes politiques. Deux récents rapports commandés à cette fin pour sortir de cette impasse insistent sur le décrochage économique de l’Union face aux États-Unis et à la Chine, et l’absolue nécessité pour elle d’opérer des réformes urgentes. En avril dernier, le rapport d’Enrico Letta est présenté aux dirigeants européens sous le titreMuchMore Than A Market (Plus qu’un marché). Il y formule des recommandations sur la manière de renforcer le marché unique et assurer une prospérité pour l’Europe.

Un second rapport sur la compétitivité européenne présenté en septembre dernier par l’ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, est encore plus sévère dans ses constats. Il y recommande plus d’une centaine de propositions pour lancer une nouvelle stratégie industrielle afin de libérer le potentiel d’innovation, et investir dans des secteurs de pointe en mutualisant les ressources financières.

Pour Draghi, l’Europe dispose de bases solides pour devenir une économie compétitive à l’international. Elle doit cependant relever trois défis majeurs selon lui. D’abord réduire le déficit d’innovation et combler l’écart par rapport aux États-Unis et à la Chine, notamment dans le domaine des technologies avancées. Ensuite élaborer une politique cohérente, associant décarbonation et compétitivité pour une énergie propre et bon marché. Il propose surtout d’accroitre la sécurité et les systèmes de défense pour réduire sa dépendance et assurer sa survie.

Alors face à Trump II, les européens vont-ils passer à l’action et s’affirmer davantage ? Vont-ils pouvoir défendre leurs intérêts alors que Trump est épaulé cette fois par Elon Musk dont les entreprises veulent remodeler l’économie mondiale ? Tout dépend de la volonté politique des vingt-sept pays membres et de leur capacité de parler d’une seule voix, ferme et audible, ce qui semble être une gageure. Les États-Unis qui sont constitués de cinquante États différents, eux parlent et décident d’une seule voix qui sera celle de Trump… pour les quatre prochaines années.

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Le 29 novembre 2024 à 12h17

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