Un monde fou
Victor Serge a écrit l’un des livres les plus importants du début du 20e siècle quand il s’est rendu compte que la révolution bolchévique tournait au cauchemar, à la barbarie.
Communiste convaincu, il ne pouvait se résoudre à la trahison présumée des chefs d’hier celle de Dzerjinski, Boukharine,Trostsky et des milliers d’autres. Ce livre, il l’a appelé «Il est minuit dans le siècle». L’histoire lui donnera malheureusement raison, Staline a causé plus de morts que Hitler.
Aujourd’hui, la barbarie n’est pas seulement le fait des régimes totalitaires, mais est devenue généralisée: «le terrorisme islamiste» n’est que le visage le plus médiatisé, une sorte de jeune premier.
A Dresde, en Allemagne, chaque lundi, des milliers de gens se réunissent pour appeler les Européens à se défendre contre l’Islam. Dirigés par des néo-nazis, ces manifestants réclament des pogroms pour leurs concitoyens musulmans, en majorité d’origine turque.
En France, islamophobie et racisme anti-juif font la course au podium de la crétinerie meurtrière. La propagation, la diffusion de ces sentiments ne peut qu’aboutir aux tragédies.
Seules quelques voix inaudibles appellent à la raison. Celle-ci voudrait que les occidentaux se posent, au moins, la question du lien entre la déshérence sociale et les manifestations extrêmes.
Car, enfin, le nombre de convertis attirés par Daech est impressionnant. Au lieu de cela, ils préfèrent l’idée du terrorisme consubstantiel à l’Islam. De prétendus penseurs, Finkielkraut, Eric Zemmour réclament aux musulmans de «déchirer le tiers des pages du Coran». L’ignorance la plus crasse a pris le leadership au sein de l’intelligensia.
Dans les pays musulmans, on s’en remet aux sanitaires, y compris au Maroc. Le combat idéologique est déserté. Pourtant, nous sommes réellement menacés et les idées matrices du terrorisme, qui se nourrit de la haine des autres religions, ont pignon sur rue.
Pire, l’idée de la suprématie de l’Islam sur les autres monothéismes est clairement une thèse officielle.
Les Etats occidentaux craignent, à juste titre, les loups solitaires. Ces loups solitaires ne sont pas le produit des pays musulmans. Ils sont nés, élevés, (peu) éduqués chez eux. C’est la faillite des politiques d’intégration qui pousse des jeunes largués, souvent après un passage dans la délinquance, à opter pour le label Jihadiste.
Au Yémen, en Syrie, en Irak, au Nigeria, ce sont de véritables guerres de religion qui sont en cours. Elles sont les plus meurtrières depuis toujours parce que c’est l’essentialisme.
Chaque être humain est défini par son appartenance ethnique ou religieuse, il n’est plus ni femme, ni enfant, mais chiite, sunnite, chrétien ou juif. Dés lors, les crimes de masse sont faciles à entreprendre.
Puisqu’ils sont des ennemis, il est légitime de les abattre, sauvagement pour marquer les esprits. Or, l’essentialisme est devenu la règle. Tous les discours sont structurés autour de catégories: les arabes (même quand ils sont amazighs !), les musulmans, alors qu’ils s’entretuent etc.…. .
Je pensais, bêtement que la modernité c’est l’émergence de l’individu. Malraux disait le 21e sera religieux, il pensait à l’aspect spirituel. Il se trompait, ce siècle s’annonce barbare foulant aux pieds toutes les valeurs humaines.
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