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Une brève histoire de l’Occident (2/2)

Depuis des siècles, l’Occident s’est imposé comme une puissance mondiale, régissant les équilibres géopolitiques et économiques au gré de ses intérêts. De la chute de Rome à la conquête des Amériques, en passant par l’héritage scientifique et culturel des civilisations islamiques, l’histoire de l’Occident est marquée par des transformations profondes, mais aussi par une exploitation des ressources et des populations du Sud. Dans cette chronique, Ahmed Faouzi retrace les grandes étapes de cette trajectoire, interrogeant les fondements et les contradictions d’une domination qui façonne encore notre monde.

Le 16 novembre 2024 à 12h28

Dès la prise de l’Espagne par les rois chrétiens, le Maroc est devenu une cible privilégiée à portée de main. Facile à conquérir, croient les rois portugais et espagnols. Ils avaient là, l’occasion de reprendre une revanche historique sur les Maures qui ont régné des siècles sur la péninsule ibérique. Une grande partie des réfugiés, andalous musulmans et juifs, y avaient trouvé refuge. Au XVIe siècle, quelques villes sont prises sur les côtes méditerranéennes et atlantiques en attendant l’assaut final.

Le Maroc au milieu de cette galère

Les ibériques ont lancé toutes leurs forces pour prendre leur revanche, aidés en cela par le reste de l’Occident chrétien et par les Papes eux-mêmes. Le Maroc, qui ne disposait pas de forces équivalentes, résista aux vagues conquérantes. Il réussira à cantonner cette invasion sur certaines villes côtières. Les Marocains avaient surtout la foi de défendre une terre d’Islam contre les Impies. D’un autre côté, la découverte des Amériques occupait mieux les soldats européens. Ils y trouvaient des richesses faciles, et des facilités pour convertir, par la contrainte, les locaux au christianisme.

De toutes les batailles que les Marocains ont menées contre cet Occident, celle d’Oued al-Makhazen en 1578, restera capitale et charnière. Bataille décisive qui mettra fin à l’invasion du Maroc par le Portugal et à la mort du Sultan Marwan Abdelmalek et du roi portugais Sébastien 1er. Cette défaite mettra fin au Portugal en tant que pays qui sera repris par l’Espagne. Cette dernière héritera à cette occasion des possessions portugaises de Sebta et Melilia qui demeurent à ce jour sous son autorité.

L’entrée en scène des États-Unis

Après la naissance en 1787 des Etats-Unis, pays désormais peuplé d’Européens, le président James Monroe interdit à toutes les autres nations européennes de s’immiscer dans les affaires de son pays, et par extension à celles de tout le continent américain. Sa doctrine annoncée en 1823 se basait sur le triptyque suivant : pas d’interventions européennes en Amérique, toute intervention européenne serait considérée comme une menace contre les intérêts américains et enfin Washington n’interviendra pas à son tour dans les affaires européennes.

De retour sur le continent, les Européens ne tardèrent pas à organiser une autre expédition aussi aventureuse que sanglante que la précédente. La conférence de Berlin de 1884 marque le début d’une colonisation collective et d’un partage sans états d’âme de l’Afrique. Cette aventure les consola de la perte des privilèges et autres richesses en Amérique. Ils ne connaissaient de l’Afrique que les comptoirs maritimes où jadis ils organisaient la traite négrière. Leur appétit est stimulé par les richesses découvertes, comme les diamants et l’or et bien d’autres produits. Mais l’Afrique paiera elle aussi, comme l’Amérique hier, un lourd tribut par le massacre de millions d’Africains et l’exploitation éhontée des richesses du continent.

En dépit de cette expédition commune, les Européens menaient des guerres fratricides entre eux et plus particulièrement entre la France et l’Allemagne. Des confrontations qui n’en finissaient pas, et qui aboutirent au premier conflit mondial, puis à la seconde durant la première moitié du XXe siècle. Les États-Unis, qui avaient instauré une politique non interventionniste depuis le président Monroe, furent obligés d’intervenir contre Hitler et mettre plus d’ordre dans cette vielle Europe.

Les Américains se sont réellement investis pour pacifier l’Europe et relancer sa reconstruction par le plan Marshall. De l’autre, ils ont initié une organisation multilatérale à même de régler les litiges susceptibles de menacer la paix et la sécurité. Ainsi, la Société des Nations est créée mais marquera vite ses limites. Elle sera remplacée après la seconde guerre mondiale par l’Organisation des Nations Unies, dont le siège sera cette fois-ci à New-York. Puis, les Américains prennent deux décisions majeures : l’admission d’Israël à l’ONU en 1948, puis l’établissement de l’OTAN l’année d’après pour contrer le bloc de l’Est mené par l’Union soviétique.

La seconde moitié du siècle dernier sera donc marquée par la guerre froide entre l’Occident et les pays de l’Est. Avec l’effondrement du bloc soviétique au début des années 90, l’Occident se déclara vainqueur et croit encore qu’il dominera désormais seul le monde. La montée de la puissance économique chinoise d’un côté, et l’avènement de Poutine par la suite à la tête de la Russie allaient changer la donne. La guerre que ce dernier déclara à l’Ukraine ne visait pas que ce pays. Elle remettait surtout en cause l’extension de l’OTAN vers ses frontières, et le poids excessif de cet Occident sur la vie politique internationale.

La guerre que mène Moscou en Ukraine est en réalité une confrontation à l’égard de tout l’Occident mené cette fois-ci par les États-Unis. Lors du vote sur le conflit ukrainien à l’assemblée générale de l’ONU, la majorité des pays a adopté la neutralité, ne voulant s’afficher ni avec l’Occident ni avec la Russie. La guerre génocidaire que mène Israël contre les palestiniens, et le silence assourdissant des occidentaux, ont renforcé le sentiment anti-occidental de la communauté internationale. Ces deux guerres, bien que différentes dans leurs natures, ont accentué l’isolement de l’Occident, accusé à raison de défendre le droit dans l’un et de l’ignorer dans l’autre.

Ces deux conflits, en Ukraine et en Palestine, ont redistribué les cartes au niveau géopolitique. Ils ont eu un impact considérable sur la vision qu’a la majorité des peuples à l’égard de l’Occident et de sa politique de deux poids deux mesures. Le Sud global accuse les occidentaux de double standard dans l’application restrictive du droit international qu’eux-mêmes ont promu pour ne pas dire imposé. L’Occident contemple l’essor de la Chine et appréhende la montée irréversible des Pays des Brics qui remettent en question sa prédominance.

Une brève histoire de l’Occident (1/2)

Macron et la fin de l’hégémonie occidentale

Ces guerres européennes qui ne finissent pas de finir

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Le 16 novembre 2024 à 12h28

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