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Une grande convergence de la santé mondiale

Si nous parvenons à garantir la disponibilité universelle des médicaments, vaccins, et autres dispositifs de santé, et si nous redoublons d’efforts dans nos recherches en direction des futurs outils en la matière, nous pouvons espérer refermer le fossé sanitaire opposant les pays riches aux plus pauvres.

Le 8 juillet 2014 à 11h40

D’ici 2035, nous pourrions ainsi opérer une "grande convergence" de la santé mondiale, en réduisant les décès maternels et infantiles évitables, dont ceux découlant de maladies infectieuses, jusqu’à des niveaux aussi faibles que sans précédent à travers le monde. Il s’agira toutefois pour cela d’adopter une stratégie d’investissement coordonnée et axée sur l’avenir.

 

SAN FRANCISCO – Un groupe de 25 experts mondiaux en santé et en économie (auquel nous appartenons) s’est récemment mobilisé autour de l’élaboration d’une telle stratégie. Au fil d’un processus qui s’est tenu sur une année, ce groupe a identifié les outils, les systèmes, et les moyens de financement nécessaires pour atteindre cette convergence de la santé mondiale, aboutissant au Global Health 2035 un plan d’investissement ambitieux et susceptible de préserver plusieurs millions de vies humaines tout en promouvant le bien-être de tous, la productivité, et la croissance économique.

Grâce au déploiement actif d’investissements accrus en matière de santé, quelque dix millions de vies pourraient ainsi être sauvées chaque année à compter de 2035. Le gain économique en découlant se révélerait alors considérable: chaque dollar investi auprès des pays à faible revenu et des pays à revenu intermédiaire (PFR-PRI) afin d’atteindre cette grande convergence générerait un rendement de 9 à 20 dollars.

Un engagement sur le plan mondial

Notre réussite exigera un engagement sur le plan mondial, visant à permettre à chacun d’accéder aux puissantes technologies et autres services qui existent aujourd’hui en matière de santé, tels que la vaccination des plus jeunes, le traitement du VIH / Sida et de la tuberculose, ainsi que le soin prénatal des femmes enceintes. Elle dépendra également d’un accroissement des financements en faveur du développement et de la délivrance de nouveaux outils de santé permettant de traiter les troubles responsables d’un nombre disproportionné de décès chez les femmes et les enfants des PFR-PRI.

À cet égard, l’un des aspects essentiels de la stratégie de convergence réside dans l’accès au planning familial. À l’heure actuelle, plus de 220 millions de femmes à travers le monde ne bénéficient pas d’un accès à la contraception moderne – un chiffre inexcusable, dans la mesure où les démarches de développement du planning familial sont par nature extrêmement simples et peu coûteuses, sachant par ailleurs que les bienfaits potentiels se révéleraient considérables.

Pour commencer, on estime que l’amélioration de l’accès à la contraception permettrait d’éviter plus d’un tiers de l’ensemble des décès maternels, et que l’impact en résultant serait particulièrement significatif chez les futures mamans les plus à risque. Ceci concerne les jeunes femmes de 15 à 19 ans vivant dans les pays pauvres, lesquelles souffrent le plus d’un manque d’accès à la contraception, ainsi que celles présentant de multiples grossesses selon un laps de temps réduit, qu’il serait en effet possible d’espacer davantage. En réduisant le taux de grossesses non désirées, le planning familial permet également de diminuer le nombre de décès liés aux avortements pratiqués dans de mauvaises conditions.

De plus, ces avantages ne concernent bien évidemment pas seulement la mère. Il a été démontré que la réduction du nombre de grossesses à risque élevé ou non désirées, ainsi que le fait d’espacer davantage les naissances, permettait de réduire le nombre de décès chez les nouveau-nés et les jeunes enfants. Le Guttmacher Institute estime qu’une pleine réponse aux besoins de femmes en matière de contraception permettrait chaque année d’éviter la mort de quelque 600.000 nouveau-nés et 500.000 jeunes enfants.

Par ailleurs, la réduction du taux de natalité, extrêmement élevé dans de nombreux PDR-PRI, contribuerait à alléger le poids financier pesant sur les systèmes de santé de ces pays, en diminuant les coûts liés aux soins et vaccins chez la mère et l’enfant. Dans le même temps, cette réduction faciliterait ce changement social qui alimente la productivité et le rendement. Selon une étude coordonnée par l’Organisation mondiale de la santé, le rendement économique issu du développement de la contraception au sein de 27 pays présentant une natalité extrêmement élevée, tels que l’Afghanistan et le Tchad, pourrait dépasser 8% du PIB d’ici à 2035.

Ainsi, combien nous coûterait la garantie d’un accès universel aux médicaments et services de santé modernes ? Le plan d’investissement Global Health 2035 estime ce total à un montant annuel supplémentaire de 70 milliards de dollars, dont 1 milliard de dollars alloué au seul planning familial.

Accroître l’investissement dans la recherche médicale

Pour autant, la majeure partie de ces coûts pourra en fin de compte être supportée par les PFR-PRI eux-mêmes. En effet, la facture totale de cette convergence sanitaire mondiale s’élève à moins d’1% du PIB supplémentaire que ces pays devraient générer au cours des deux prochaines décennies. Autrement dit, un simple investissement public inférieur à 1% du PIB pourrait permettre d’éviter chaque année pas moins de dix millions de décès.

La mise en œuvre de partenariats innovants, en direction d’une réduction des coûts, permettrait d’alléger encore davantage la charge. Un groupe réunissant plusieurs gouvernements donateurs, fondations, acteurs du secteur privé, ainsi que les Nations Unies, s’est récemment réuni afin de diminuer le prix de l’implant contraceptif longue durée (Lévonorgestrel) de 18 dollars à 8,50 dollars par unité dans plus de 50 PFR-PRI.

Il appartient à la communauté internationale de jouer un rôle majeur dans l’accomplissement de cette convergence. Il lui incombe précisément d’accroître l’investissement dans la recherche et le développement autour des maladies touchant les plus pauvres, telles que la pneumonie et les diarrhées infantiles, qui tuent près de deux millions d’enfants chaque année. D’autre part, la mise en œuvre d’une aide financière directe auprès des PFR-PRI – par exemple en faveur de programmes de financement du planning familial ainsi que de lutte contre le paludisme et le VIH / Sida – sera nécessaire dans les années à venir.

Cette opportunité de grande convergence de la santé mondiale est aujourd’hui à portée de main. Il ne nous reste plus qu’à nous convaincre de la saisir.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

© Project Syndicate 1995–2014


 

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Le 8 juillet 2014 à 11h40

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