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Une histoire singulière d’une géopolitique qui se réinvente

La géopolitique de l’énergie redessine les alliances en Afrique de l’Ouest. Avec l’entrée en production du champ gazier Grande Tortue entre le Sénégal et la Mauritanie, une nouvelle ère de coopération énergétique s’ouvre.

Le 12 juin 2025 à 16h29

La géopolitique de l’énergie continuera à influer sur les relations internationales pour les quatre décennies à venir. Elle est sous les feux de la rampe avec de nouvelles découvertes de gisements de gaz en Afrique. À cet égard, il y a lieu de mentionner la découverte en 2015 dans le champ gazier de Grande Tortue d’Ahmeyen situé entre la Mauritanie et le Sénégal des réserves totales de gaz estimées entre 25 et 30 trillions de pieds cubes. Elles pourraient couvrir 90 km. Les chefs d’État mauritanien Mohamed Ould Cheick El Ghazouani et sénégalais Bassirou Dioumay Faye ont inauguré, le 22 mai 2025, les opérations d’exportation du gaz naturel liquéfié, depuis la plateforme flottante de ce champ.

Fait inédit qui dessine les contours d’une nouvelle géopolitique qui efface d’un revers de la main quatre décennies de relations en dents de scie entre les deux pays (H. Hami, Transition politique au Sénégal : pas de rupture, de la continuité éclairée, Maroc Diplomatique, le 30 avril 2024). Cependant, ce qui est encore plus important, c’est le fait que la nouvelle géopolitique s’inscrit – une aubaine – dans le cadre des initiatives centrées autour de l’océan Atlantique.

Qu’ils en soient conscients, partisans ou sceptiques, les deux pays n’ont d’autre choix que de prendre le train en marche. Parallèlement, la Mauritanie et le Maroc reprennent leurs relations sur une base plus transparente, plus tournée vers l’avenir. La Mauritanie est un passage obligé pour le Maroc vers l’Afrique subsaharienne. Le Maroc joue le même rôle pour la Mauritanie dans son ouverture sur l’Europe  (H. Hami, La Mauritanie, le pari de la transparence et de la stabilité, Maroc Diplomatique, le 8 juillet 2024).

Les relations entre le Maroc et le Sénégal sont normales, bien que les observateurs neutres soient étonnés quant au fait que le nouveau chef d’Etat sénégalais n’ait pas effectué de visite à Rabat comme le veut la tradition. Des supputations ici et là y vont avec leur cortège d’impertinence et de lecture erronée. Cela est fait de telle manière, comme si les relations séculaires entre les deux pays pouvaient être atteintes de paralysie par le simple fait de changement, somme toute normal, de dirigeants politiques.

Fusion des intérêts et répudiation de la suspicion

Le président sénégalais aurait sans doute des priorités plus urgentes dans le voisinage immédiat (la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest-Cedeao), établie en 1975 et (l’Alliance des États du Sahel-AES), créée en 2024 ou avec l’Europe, notamment la France, laquelle – promesses de campagne du Président Bassirou Dioumay Faye expliquant – ne serait plus privilégiée dans les relations internationales de ce pays.

L’ombre de l’Algérie se balade dans les environs et pousse les pays de la région à plus de vigilance en raison du tourbillon dans lequel se meut ce pays. L’Algérie ne s’avoue pas vaincue dans sa lutte pour le leadership africain qu’elle livre au Nigéria, à l’Afrique du Sud, à l’Egypte et, forcément, au Maroc.

L’examen de l’état des relations entre les pays concernés renvoie aux épisodes des premières années post-indépendance. On est surpris de constater que l’histoire se répète.

J’ai écrit dans un précédent article que j’étais un fervent lecteur des mémoires des chefs d’Etat, de gouvernement et des ministres des Affaires étrangères (H. Hami, Les archives, ces trésors qui rattrapent le temps et reconstituent l’espace, MEDIAS24, le 26 novembre 2024).

Une passion qui m’a fait penser, compte tenu des circonstances, aux Mémoires de Kacem Zhiri1 sur les relations entre le Maroc et la Mauritanie. L’auteur y réserve un chapitre au Sénégal. Zhiri a été le premier ambassadeur marocain accrédité à Dakar (1961-1962) et a été chargé de suivre de plus près la situation en Mauritanie à une époque mouvementée des relations post-indépendance des pays africains.

Zhiri a été ensuite successivement ambassadeur en Yougoslavie (1962-1964) et en Algérie (1964- 1965). Ces nominations étaient bien réfléchies en raison d’une part,  des tensions entre le Maroc et l’Algérie résultant de la Guerre des Sables (1963) et de l’autre des tractations autour de la création de l’Organisation de l’unité africaine.

Par ailleurs, les rapports de force au sein du mouvement des Non-alignés dont la Yougoslavie était parmi les chefs de fil dictaient la présence à Belgrade d’un diplomate au fait des calculs diplomatiques à un moment historique durant lequel l’esquisse de la Conférence des 3 A (Afrique, Asie, Amérique latine) se dessinait. Le témoignage de Kacem Zhiri sur l’histoire diplomatique de la région à cette époque est on ne peut plus d’actualité.

Il m’appartient d’en apporter la preuve. Cependant, ce sera à travers une lecture à froid. De quoi s’agit-il ? Les mémoires de Kacem Zhiri remontent à 1961-1962. Déjà à l’époque, on y apprend des vérités sur les péripéties des relations en zigzag entre le Sénégal et la Mauritanie d’une part,  et entre le Sénégal et le Maroc, de l’autre. La toile de fond des relations entre les trois pays a été la position du Maroc à l’égard de la Mauritanie indépendante que Rabat considérait encore comme faisant partie de la mère patrie.

La suspicion est le maître mot. Et les convoitises en plus. La suspicion est partagée par le Sénégal et la Mauritanie dans la mesure où, à l’époque, le Parti de l’Istiqlal marocain, auquel appartenait Zhiri, considérait que les frontières historiques du Maroc allaient jusqu’au fleuve Sénégal.

Les convoitises se bousculaient également dans l’entendement des dirigeants sénégalais dans la mesure où le Sénégal nourrissait l’espoir que la partie sud de la Mauritanie peuplée par des populations noires lui sera concédée d’une manière ou d’une autre. Une position étrange tant il est vrai que le Sénégal était un défenseur farouche de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation.

Le Sénégal, au même titre que la Tunisie, s’est opposé aux revendications marocaines sur la Mauritanie, mais pas pour les mêmes raisons. Habib Bourguiba croyait pouvoir récupérer la partie des frontières rattachées par la France à l’Algérie en s’inscrivant dans le projet de création de la Mauritanie. Il en aurait pour preuve une promesse vague du Général de Gaulle en 1958.

Cette année était cruciale, car la même promesse aurait été faite par la France au Maroc au sujet du Sahara oriental à condition que le Maroc cessât de soutenir le Front de libération nationale (FLN) algérien et s’engageât à laisser la France effectuer des essais nucléaires dans cette région.

On apprend aussi dans les Mémoires de Zhiri le rôle d’un médiateur de fortune, d’origine libanaise, qui aurait noué les premiers contacts entre la diplomatie marocaine et la diplomatie mauritanienne. La France était en embuscade et aurait encouragé ce type de médiation à distance.

La géopolitique s’avère parfois être une sorte de conte de fées. Le cercle vicieux dans lequel tournaient les protagonistes pour empêcher le Maroc de récupérer ses frontières historiques était animé par l’idée du partage sur la base d’une historiographie coloniale étriquée.

Une alliance d’intérêts vitaux immédiats s’est créée entre la France, l’Espagne, l’Algérie, la Mauritanie et le Sénégal. Plus tard, à la suite du coup d’Etat contre Modibo Keita, le Mali s’y est joint.

La situation interne au Maroc et en Mauritanie a été déterminante dans l’échafaudage de l’échiquier diplomatique à l’époque. C’est la même perception qui a animé le comportement de l’Algérie durant les années 1970 pour faire volte-face à l’accord sur les frontières signé en 1972.

On comprend mieux aujourd’hui pourquoi le Maroc était seul. La France et l’Espagne coloniales étaient à l’aise en déléguant le soin de créer la zizanie à deux entités nouvellement créées. L’introduction d’un mouvement séparatiste dans l’arène était un plan savamment conçu par les parties contractantes, bien que l’objectif réel de chacune fût différent.

Un flash-back utile

Déjà, en Mauritanie, la lutte d’influence entre Mokhtar Ould Daddah المختار ولد دادة et Sidi Mokhtar Ould Yahia Anedjay المختارولد يحيى اندجاي سيدي faisait rage ; l’un, plus terre à terre et l’autre, plus engagé avec la France où il avait été membre de l’Assemblée nationale. Ould Daddah était partisan de l’instauration d’un régime présidentiel.

Anedjay était partisan d’un régime parlementaire du fait qu’il avait puisé ses connaissances sur l’organisation institutionnelle dans l’expérience de la 4e République. Toujours cette histoire du disciple et du maître,  de l’apprenti sorcier et du pionnier (et inversement selon la perception de chacun)  que l’on retrouvera à la même époque au Sénégal.

En effet, au Sénégal, la rivalité entre Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia y ressemblait, à quelques exceptions près –et pour les mêmes explications citées plus haut. Toutefois, la hantise de tous les acteurs mauritaniens et sénégalais était le Maroc -dit impérial.

La tentative d’établir un espace sans le Maroc a échoué quand celui-ci reconnaît l’indépendance de la Mauritanie en 1969. Il était conscient que l’objectif des alliés susmentionnés a été de passer à l’acte II : la création d’un nouvel État fantoche entre le Maroc et la Mauritanie.

Soixante ans après, l’histoire fait son mea culpa. Au lieu de rabâcher le prétexte de l’irrédentisme, elle pousse les pays de la région, à l’exception de l’Algérie, à enterrer le principe de l’intangibilité des frontières par l’intégration économique suivant une vision tournée vers l’avenir. Il s’agit d’un processus qui marche à la tortue, mais qui va s’accélérer en raison des dernières reconnaissances de la souveraineté marocaine sur le Sahara.

De quoi s’agit-il ? Il est désormais de notoriété que les luttes et les rivalités endémiques en Afrique portent sur le tracé des frontières héritées de la colonisation. Il existe une cinquantaine de conflits sur les frontières terrestres, maritimes et fluviales en Afrique.

Les conflits sont catalogués selon les préférences des chercheurs et des politiciens, mais la plupart des experts s’accorde sur six catégories au moins : des conflits frontaliers dont les belligérants sont identifiés, des conflits liés aux troubles et guerres civiles, des conflits identitaires à forte charge ethnique et tribale, des conflits liés aux ressources et des conflits liés aux réseaux du crime organisé, dont le terrorisme et le séparatisme.

Les divergences sur le choix de régimes politiques et de projets de sociétés ne sont, en réalité, qu’un prétexte. Depuis la fin hypothétique de la guerre froide et le chamboulement des priorités stratégiques et géopolitiques des acteurs majeurs internationaux, l’indexation des conflits, leurs acteurs bénéficiaires et leurs agents interposés est désormais plus nuancée.

Au Maghreb, les divergences sur les frontalières sont autrement plus éloquentes, car elles portent sur la perception de la définition des frontières historiques et celles des entités étatiques créées par la bonne volonté des puissances coloniales.

La question du Sahara marocain entre dans ce cadre. Il y a eu une répartition de tâches consenties en connaissance de cause (ou par la force des choses) entre les puissances coloniales (la France et l’Espagne) et deux Etats nouvellement créés (la Mauritanie et l’Algérie). S’agirait-il là d’une lecture plate? Pas du tout.

Par le fait d’empêcher le Maroc de récupérer au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale  des territoires, dont l’amputation a été décidée en 1884-1885, 1904, 1906, 1911 et 1912, les puissances coloniales veillaient à ce qu’un tel processus ne fît boule de neige dans les anciennes colonies africaines et au-delà.

Cette lecture peut être décelée dans les Mémoires de Kacem Zhiri quand il partage une confidence de Mokhtar Ould Daddah selon laquelle la Mauritanie avait tiré profit des divergences entre le Maroc, la France et l’Algérie pour tirer son épingle du jeu. Il était d’avis que l’entêtement « présumé » du Maroc, ne lui aurait pas laissé de choix que de s’aligner sur la France.

Une opinion que Mokhtar Ould Daddah a survolée dans ses Mémoires publiées en 2003  dans lesquelles il confirmait qu’il n’avait jamais pensé à la réunification avec le Maroc. Cette révélation récuse l’opinion qui circule dans l’imaginaire de certains cercles politiques et populaires au Maroc selon laquelle Mokhtar Ould Daddah aurait sollicité, en vain, une rencontre avec Feu le Roi Mohammed V pour concocter la stratégie idoine susceptible de permettre au Maroc de récupérer la Mauritanie.

Mieux, certains observateurs sont d’avis que la survie de la Mauritanie n’aurait pas été possible si le Maroc n’avait pas été forcé de se retirer de Tindouf, Bashar et Touat, à la suite de la Guerre des Sables de 1963. En effet, la France redoutait que la victoire du Maroc ne le poussât à tenter une aventure similaire pour récupérer la Mauritanie. Cela aurait rappelé les épisodes de l’Armée de libération marocaine et les circonstances de l’opération Ecouvillon (Teide) franco-espagnole en 1958.

L’intégration par l’interdépendance

L’histoire c’est de l’histoire comme l’aurait dit un analyste en panne d’arguments. Qu’en est-il du présent et de l’avenir ?

Le hasard fait bien les choses. Une reconstitution dans l’esprit et la forme d’un espace plus proche de la période précoloniale, mais cette fois-ci avec des Etats souverains reconnus dans leurs frontières. La différence, c’est que cet espace repose sur l’idée de la prospérité commune, l’interdépendance bénéfique et le partenariat intelligent et pragmatique. Les différentes initiatives autour de l’Atlantique offre cette opportunité. Elle est salutaire et incontournable.

Quand le gazoduc Afrique-Atlantique sera réalisé, il le sera concomitamment avec les réseaux routiers et autoroutiers que les pays concernés auront finalisés. La résolution des conflits frontaliers et la maitrise des divergences qui persistent, depuis des décennies, se fera par l’intégration dans l’interdépendance positive tournée vers l’avenir.

De la compétition et de la concurrence certes, mais dans un esprit de complémentarité.
Des analystes, cherchant la rigueur à tout prix, peuvent finir par tomber dans le Taken for granted qui fausse leurs conclusions.

Il en est ainsi de ceux qui pensent que les initiatives atlantiques visent à créer une situation de fait hégémonique dans laquelle le Maroc rafle la mise au détriment des autres pays africains du littoral atlantique. Ils font monter les enchères et raviver les spéculations sur une supposée concurrence déloyale entre le port de Dakhla dans le Sahara marocain et les ports de Dakar, Cotonou, Yaoundé, Lagos, d’Abidjan, Durban, Cape Town, Walvis Bay etc. Baliverne !

Ces experts emboîtent le pas à d’autres analystes qui font une comparaison machinale entre le port de Tanger Med et le nouveau port de Nador (dont l’inauguration est prévue pour 2026) et les autres ports des pays voisins des deux rives de la Méditerrané.

Les ports marocains vont créer un effet d’entrainement. Ils vont pousser vers la mise à niveau des ports, d’abord, marocains et ensuite, africains. Les initiatives atlantiques que parrainent le Maroc ne rimeraient à rien si elles étaient jouées solo. Les partenaires africains, notamment ceux qui sont intégrés dans le forum des vingt-trois pays possédant une façade atlantique, l’ont compris, en dépit du scepticisme de départ enregistrés en 2009 et en 2011.

Il y aurait certes des tentatives d’obstruction dans les coulisses, mais elles seraient vouées à l’échec, parce que l’Afrique détient une chance inouïe de prendre son destin à bras le corps. La plupart des pays africains y croit. Ce qui m’amène à la question fondamentale que voici : jusqu’à quand la poignée de détracteurs étatiques africains continuera à s’agripper aux chimères de la puissance éphémère ?

Un espace de paix et de sécurité est possible. Il devient encore plus urgent dans cette phase transitoire de l’après-Covid. Le rajeunissement des classes politiques africaines ne devrait pas s’accompagner de la précipitation dans la prise de décisions stratégiques. Il ne serait pas salutaire de répéter aveuglement les expériences des années 1990 avec des conférences nationales à n’en point finir. Ces conférences n’ont réussi ni faire table rase du passé colonial, ni tracer, de manière cohérente, les grandes lignes d’un futur basé sur la logique du possible réalisable.

Un vide sécuritaire sans garde-fous est dangereux. Il pourrait donner des idées aux réseaux du crime organisé, outillés par des nostalgiques de la guerre froide. L’un des risques les plus dangereux serait l’oisiveté des mouvements paramilitaires partiellement démobilisés et des réseaux terroristes inféodés à des Etats régionaux à cheval entre l’aventure et le suicide programmé.

Les gardiens des équilibres géostratégiques à l’échelle internationale ne le permettraient sans doute pas. Le schéma tactique qu’ils auraient confectionné à cette fin fait de l’Atlantique une priorité stratégique. Et ce n’est pas un hasard que le Royaume-Uni a rendu publique sa nouvelle doctrine stratégique au lendemain de la reconnaissance de la souveraineté marocaine par l’appui au Plan d’autonomie qualifié de proposition la plus réaliste pour la résolution du conflit artificiel autour du Sahara.

L’Afrique atlantique a son rôle de premier ordre à jouer. Une chance inespérée qui façonne une histoire géopolitique réinventée. L’intérêt porté à cette dynamique par des pays comme l’Espagne, le Portugal, la France, le Royaume-Uni et les pays scandinaves est une preuve tangible d’un changement avéré de paradigme. Cela est possible à travers des plats de résistance qui donnent un appétit contrôlé pour les besoins d’une bonne hygiène stratégique.

Un,  l’engagement du Maroc, de la Mauritanie et du Sénégal, d’une part, du Nigéria, des pays du Sahel, et, d’une façon générale, des pays compacts intégrés dans le projet du gazoduc Afrique-Atlantique, de l’autre.

Deux, la mise en œuvre d’une vision fédératrice prometteuse, à travers une approche participative intégrant les secteurs publics et privés et visant la réalisation de la prospérité commune.

Trois, la vision fédératrice prometteuse sera le fer de lance pour le gel des conflits endémiques et la relance des organisations régionales sur une base égalitaire qui enterrera les pratiques hégémoniques des trente dernières années.

Quatre, l’instauration d’un climat de confiance est une condition incontournable pour la réussite de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) qui est opérationnelle depuis 2020.

Cinq, la saccade des soutiens à la souveraineté marocaine sur ses provinces du Sud soit par l’appui au Plan d’autonomie, soit par la reconnaissance claire et nette est une illustration de la refonte des relations internationales se rapportant aux zones problèmes (issues areas).

Six, l’esquisse de stratégies nouvelles dans la sous-région qui rassure les pays menacés de séparatisme et de terrorisme. La résolution de la question du Sahara marocain est un gage de sécurité pour la Mauritanie, le Sénégal, en particulier (l’intégration de la dimension psychologique dans la culture politique et la structure mentale) et pour le reste des pays d’Afrique de l’Ouest en général (l’érosion de la force nuisible des mouvances soutenues par certains pays de la région).

Sept, une ambition partagée par de nombreux pays de la région. Il en est ainsi d’initiatives telles que l’alliance politique africaine  (APA) créée en mai 2023. L’APA a tenu sa 3e réunion ministérielle, les 2-3 juin 2025 à Lomé. La 1e réunion avait eu lieu, le 03 mai 2023 au Togo et la 2e réunion, le 15 mars 2024 à Bamako. Constituée avec dix (10) pays au départ, elle en compte, aujourd’hui, vingt-un maintenant (21).

Huit : les préoccupations sécuritaires des pays africains de la sous-région sont évidentes. Elles les poussent à la diversification de leurs relations en vue de se libérer des contraintes sécuritaires et économiques qu’ils ont subies depuis six décennies. A cet égard, la 3e réunion de l’APA susvisé insiste sur deux éléments d’importance : l’autonomie stratégique en matière de défense et de sécurité et l’ouverture de l’Afrique sur les BRICS.

Neuf : l’ébauche de tentatives sérieuses pour la relance du dialogue entre la CEDEAO et l’AES qui se fait concomitamment à l’ouverture et  à l’engagement de la plupart des pays membres des deux organisations à s’investir sérieusement dans les différentes initiatives atlantiques.

Dix : l’insistance des pays membres de l’APA sur la nécessité de consolider les relations avec les BRICS est une technique de marchandage à l’égard des pays européens et des Etats-Unis divisés au sujet de la guerre entre la Russie et l’Ukraine qui se déroule à distance en Afrique de l’Ouest. Ils peuvent gagner au change quelle que puisse être l’issue des tractations pour la résolution du conflit entre Moscou et Kiev.

Le démantèlement du groupe Wagner en 2023 et son remplacement par l’organisation paramilitaire Africa Corps et l’implication présumée d’experts ukrainiens dans les agitations que connait la bande sahélo-saharienne donnent une nouvelle lecture du paradigme "discontinuities", cher à Oran Young, épiloguant sur la lutte sur des terrains secondaires entre des acteurs étatiques en conflit direct sur leurs frontières nationales.

Il en découle que la réinvention de la géopolitique africaine est associée à la géopolitique de l’énergie dans un espace atlantique dynamique. Dans cet espace, la Mauritanie, le Maroc et le Sénégal jouent un rôle important.  Les suspicions  d’antan des dirigeants mauritaniens et sénégalais brillamment décrites dans les Mémoires de Kacem Zhiri n’ont plus raison d’être.

La succession des évènements à travers les différentes initiatives d’apaisement et de réalisme dans la région, y compris celles visant la résolution des conflits endémiques, est susceptible de joindre l’utile à l’agréable, c’est-à-dire, associer l’ouverture et le regard optimiste sur l’avenir dans la transparence et le respect mutuel.

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1Kacem Zhiri, قاسم الزهيري، مذكرات ديبلوماسي عن العلاقات المغربية الموريتانية ‘’Les Mémoires d’un diplomate sur les relations entre le Maroc et la Mauritanie’’;  Kitabweb-20130forumaroc.net

2Mokhtar Ould Daddah, La Mauritanie entre vents et marées, KHARTHALA, 2003.

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Le 12 juin 2025 à 16h29

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