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Une transition énergétique audacieuse et réaliste

Une transition énergétique réussie doit se construire à la fois sur les progrès de l'économie et du climat. Elle doit se fonder sur des faits scientifiques, économiques et techniques, comprendre les multiples dilemmes et les compromis épineux et accélérer la mise en œuvre de solutions pratiques.

Le 21 août 2022 à 19h14

ABOU DHABI – La croissance record des énergies renouvelables (qui a dépassé les 80 % de toute nouvelle capacité de production d'énergie l'an dernier), est le signe le plus évident jusqu'à présent de l'accélération de la transition énergétique. Mais certains faits ont montré dernièrement que l'option consistant à débrancher le système énergétique actuel avant de construire une option alternative suffisamment robuste met en danger les progrès économique et climatique – et remet en question la possibilité d'assurer une transition juste et équitable pour tous.

Une transition énergétique réussie doit se construire à la fois sur les progrès de l'économie et du climat. Elle doit se fonder sur des faits scientifiques, économiques et techniques, comprendre les multiples dilemmes et les compromis épineux et accélérer la mise en œuvre de solutions pratiques. Pour y parvenir, il nous faut opter pour une approche inclusive qui tire parti de l'expérience de tous les secteurs de la société et qui, d'abord et avant toute chose, n'exclut pas le secteur de l'énergie.

Le monde était déjà confronté à un profond resserrement de l'offre d'énergie alors que les économies commençaient à rebondir après la pandémie de COVID-19. Le conflit entre la Russie et l'Ukraine a encore accentué davantage le resserrement du marché, ce qui forcé les pays à réévaluer leurs besoins énergétiques stratégiques urgents à court terme. Le message adressé aux gouvernements semble donc clair : les politiques visant à désinvestir trop tôt dans les hydrocarbures, sans autre choix viable adéquate, sont autodestructrices. Elles risquent de porter tort à la sécurité énergétique, de miner la stabilité économique et de laisser moins de revenus à investir dans la transition énergétique.

Il nous faut donc une nouvelle stratégie réaliste, pratique, favorable à la croissance et favorable au climat. La stratégie doit comprendre la complexité des systèmes énergétiques et industriels. Mais l'ampleur de la transition requise est colossale, en ce sens qu'elle nécessite une plus grande harmonisation et une collaboration sur tous les fronts, allant de l'allocation des capitaux à la conception des produits, en passant par les politiques publiques et les changements de comportement. Cela implique d'examiner tout d'abord le côté de la demande du système énergétique. L'énergie éolienne et solaire font des progrès notables. Mais la plus grande part de l'énergie est utilisée dans l'industrie lourde, l'industrie, la construction, les transports et l'agriculture. Ces secteurs, dont l'intensité en carbone est plus difficile à réduire, ont le plus fort impact sur le climat et nécessitent donc dès à présent davantage d'investissements.

Alors que les investissements dans les énergies renouvelables ont dépassé les 365 milliards de dollars l'an dernier, les investissements combinés dans le stockage de l'énergie, la capture du carbone et la chaîne de valeur de l'hydrogène n'ont été que de 12 milliards de dollars. Cela reste nettement insuffisant. On estime que la transition énergétique aura besoin de plus de 250 billions de dollars d'investissements au cours des 30 prochaines années. De toute évidence, aucun pays, et encore moins aucune entreprise n'a la capacité d'entreprendre un projet aussi colossal par ses propres moyens.

Mais le financement n'est pas le seul problème. Les transitions énergétiques demandent du temps. Bien que l'éolien et le solaire aient représenté la grande majorité de toutes les nouvelles capacités de production d'énergie en 2021, ils ne représentent encore que 4 % de la composition énergétique actuelle. À mesure que les besoins énergétiques du monde vont encore s'accroître, le maintien de la sécurité énergétique mondiale va exiger que le pétrole et le gaz représentent encore une part importante du mélange énergétique pour les décennies à venir.

C'est pour cette raison que nous devons faire davantage dès maintenant pour réduire l'impact du pétrole et du gaz sur le climat. Les producteurs, les gouvernements et le secteur privé doivent œuvrer de concert afin de s'assurer que chaque nouvelle unité de production soit moins gourmande en carbone que la précédente. Pour cela, il faudra des politiques budgétaires de soutien par des incitations fiscales, une efficacité opérationnelle par la technologie, des engagements plus importants en vue de réduire le méthane et le brûlage en torchère, ainsi que des investissements beaucoup plus importants dans les technologies de capture du carbone.

Ces réalités guident l'approche des Émirats arabes unis dans la transition énergétique, qui implique de continuer à répondre aux besoins mondiaux actuels, tout en investissant dans les nouveaux systèmes énergétiques de demain. Les EAU disposent de trois des plus grandes centrales solaires monosites au monde, ont investi dans des projets renouvelables dans plus de 40 pays développés et en développement et prévoient d'augmenter leur portefeuille d'énergie renouvelable à 100 gigawatts d'ici 2030. Nous avons également investi dans l'énergie nucléaire et nous sommes en train de jeter les bases de la chaîne de valeur de l'hydrogène, qui est essentielle pour atteindre zéro émission nette.

Bien que les EAU demeurent un fournisseur fiable de pétrole et de gaz parmi les moins gourmands en carbone au monde, nous réduirons encore leur intensité carbone de 25 % avant la fin de cette décennie. Par ailleurs, en tant que premier pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord à annoncer une initiative stratégique zéro émission nette en 2050, nous décarbonisons notre économie secteur par secteur. Nous avons mis en place le premier programme de capture du carbone à l'échelle industrielle de la région et toute l'électricité consommée par notre compagnie pétrolière nationale provient désormais de l'énergie nucléaire et solaire à zéro émission de carbone.

À l'approche de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP27) et alors que les EAU se préparent à accueillir la COP28 en 2023, nous devons nous concentrer sur des solutions pratiques qui aideront à résoudre le trilemme de la sécurisation d'approvisionnements énergétiques accessibles, abordables et durables. Si le processus de la COP doit respecter les promesses de l'Accord de Paris, nous avons alors besoin d'un dialogue inclusif sur le cadre d'une transition énergétique réaliste. Ce dialogue devrait réunir tous les interlocuteurs, aussi bien les gouvernements que les membres de la société civile, ou encore les scientifiques et le secteur privé. Il doit inclure des professionnels de tout le secteur de l'énergie, parce qu'une discussion rationnelle sur les aspects pratiques d'une transition énergétique qui réduit les émissions sans entraver le progrès économique n'est pas possible sans eux.

N'attendons donc pas plus longtemps pour entamer cette conversation. Si nous voulons tenir nos promesses de l'Accord de Paris, nous devons produire dès à présent des résultats pour le climat et l'économie. Notre objectif ultime doit être la réduction des émissions, pas celle du progrès.

 

Sultan Al Jaber, ministre de l'Industrie et des technologies de pointe des Émirats arabes unis, PDG de l'ADNOC (Abu Dhabi National Oil Company), président de Masdar et Envoyé spécial des Émirats arabes unis pour le changement climatique.

© Project Syndicate 1995–2022

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Le 21 août 2022 à 19h14

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