Abdallah-Najib Refaïf
Journaliste culturel, chroniqueur et auteur.Variations sur un mois sacré et sucré
Maintenant que Ramadan tire à sa fin et que certains jeûneurs bougons ne tirent plus la tronche, prenons quelques minutes pour en évoquer, avec le sourire et dans le calme si possible, quelques faits saillants et des choses vues, lues ou entendues au cours de cette période de l’année à nulle autre pareille. Thème de cette évocation : Ramadan entre hier et aujourd’hui ; ou : Qu’a-t-il de changé ?
D’abord il y a la première gorgée de lait frais. Elle sera suivie d’une datte dodue bien mûre et bien sucrée. La rupture du jeûne est un moment de plaisir inégalé que seuls les ventres vides durant une journée peuvent apprécier. La suite se confondra dans une course échevelée vers un menu plus ou moins varié, standardisé ou fantaisiste selon la bourse du jeûneur. Et puis il y a la télé. Ce meuble a évolué dans sa forme et ses fonctions, son volume et sa technologie mais guère, ou si peu, dans ses prestations ramadaniennes.
Il y a longtemps, lorsque la télé n’existait pas encore parmi nous, seule la radio accompagnait le menu traditionnel du f’tour ou iftar comme disent les jeûneurs chics. Et à la radio, déjà, ce sont les rires des sketchs et les pleurs des feuilletons radiophoniques aussi sirupeux que bavards qui se confondaient avec le bruit que fait le mangeur en mâchant dès le coup de canon. Il faut dire qu’à l’époque, l’annonce de la rupture était faite à coups de canon qui donnaient le départ à une course effrénée vers les agapes. Ce sont aussi des coups de canon, appuyés par l’appel strident, et ma foi plutôt alarmant, d’une sirène juchée sur une forteresse jouxtant de hauts remparts surplombant cette ville antique, qui annonçaient la fin du Ramadan. A ce sujet, pour la petite Histoire ou la Grande, allez savoir ! voici un fait rare dont le mystère n’a jamais été élucidé et que les moins de 60 ans ne peuvent pas se rappeler. A la fin des années 60, la sirène devant annoncer en fin de journée la fin du Ramadan s’est déclenchée seulement le lendemain vers le coup de midi. On a eu alors droit à une demi-journée de fête. Un mini-Aid en somme. Mieux que rien, disaient les résignés.
Qu’est ce qui a changé depuis le temps des temps ? Les gens peut-être ; le monde sans doute. Mais surtout la perception du fait religieux et les rapports que certains entretiennent avec la pratique de la religion notamment pendant le mois de ramadan. Si la quête de la spiritualité est une tendance louable qui n’a pas besoin d’explications rationnelles, la ruée de certains vers une pratique religieuse saisonnière d’une manière effrénée pendant ce mois laisse perplexe. Exemple : ce vendredi, plus que d’habitude, une foule bigarrée en costume traditionnel ou en vêtement de jogging se précipitant vers la grande mosquée de la ville, à pied ou en voiture. Un grand embouteillage entrave alors la circulation à cause des véhicules mal garés, des bus en file indienne et des piétons pressés qui traversent en diagonale. On s’énerve, on se chamaille et des mots d’oiseau sont même échangés entre des fidèles furax ou en hypoglycémie. La recherche de la spiritualité se transforme dès lors en une profane et vulgaire course à l’échalotte. Passe alors sur le trottoir d’en face une jeune fille portant jean et tee shirt moulant et qui visiblement ne se rend pas à la mosquée. Trois jeunes habillés également en jean et en tee-shirt, plus sous le bras, un petit tapis de prière made in China, lui font des réflexions peu amènes sur son accoutrement. L’un d’eux prévient : "Eh les gars, faut pas trop la regarder, ça va casser notre ramadan ! Elle, elle s’en fiche, elle ne va même pas à la mosquée !"
Les causes du "cassage" du Ramadan est le sujet de discussion et de controverse par excellence en ce mois sacré, mais si massacré par la suspicion et les idées reçues. Les causes du "cassage" selon les exégètes du moment sont multiples et souvent insoupçonnées. D’aucuns vont jusqu’à interdire d’avaler sa propre salive, ce qui a multiplié les cracheurs à répétition sur les trottoirs des grands boulevards… Si l’on ajoute à ces "interdits" celui de l’usage du dentifrice, du parfum et autres cosmétiques pour les femmes on imagine aisément l’haleine de fauve et le look blafard de certains jeûneurs et jeûneuses atteints de troubles obsessionnels du comportement un mois durant.
Mais de tous les "interdits", il en est un qui demeure encore et toujours un sujet d’étonnement pour le touriste non averti ou peu informé en visite dans notre beau pays : l’absence de cafés ou restaurants ouverts pendant la journée. En effet, ce même vendredi à l’heure où une foule se hâte vers la grande mosquée de la ville, quelques touristes égarés cherchent à se sustenter. C’est l’heure du déjeuner et pas un établissement d’ouvert aux alentours ni même plus loin. Si, un seul, leur indique un passant qui passe son chemin. En effet, un couple, un seul, est attablé devant un repas frugal à la terrasse d’un petit café-snack, sous le regard, on ne sait si d’envie ou de réprobation, de quelques passants autochtones hagards. Le nom de ce café ? Allez, un petit coup de pub pour participer à la promotion du tourisme local. Il s’appelle "Capri". Oui, cher lecteur, mon frère, mon semblable, c’est comme le titre de cette vielle chanson onctueusement nostalgique des années 60 de notre jeunesse insouciante.
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