Vers une industrie de la recherche biomédicale au Maroc?
Les recherches biomédicales sont définies comme étant les recherches organisées et pratiquées sur l’être humain en vue du développement des connaissances biologiques et médicales. Elles devraient représenter une activité essentielle à tout établissement de santé dont l’objectif est la formation et/ou la pratique des soins.
Il est aujourd’hui évident que la recherche biomédicale ne saurait être concentrée dans les seuls pays du Nord, en raison de leurs avancées.
L’épidémiologie locale doit être prise en considération et les politiques de santé devraient s’appuyer sur des données nationales. La recherche dans ce domaine comporte non seulement une dimension de recherche au sens global du terme, mais comporte également un enseignement de portée plus générale, telle que le développement de la rigueur scientifique avec pour corollaire, l’amélioration de la qualité des soins.
Plus précisément, la recherche clinique a une valeur structurante sur le moyen et le long terme. Elle est à la fois un mode privilégié d’accès à l’innovation thérapeutique pour le patient et une source de formation continue pour les professionnels de la santé. La RB améliore ainsi la qualité des soins et offre de nombreuses opportunités:
* Sur le plan sanitaire, à travers un accès précoce des patients aux médicaments issus de la dernière innovation;
* Sur le plan économique, à travers l’export des médicaments fabriqués localement qui bénéficieront de l’image qualitative fournie par les activités de recherche clinique. De même, l’installation de sociétés de prestation de service pour la recherche clinique, notamment les CRO cliniques et précliniques, permettrait la création de nombreux emplois qualifiés.
* Sur le plan scientifique: la recherche clinique nécessitera forcément un transfert des connaissances et dans certains cas un transfert technologique avec une ouverture plus prononcée sur l’innovation;
* Sur le plan de la formation: l’activité de recherche clinique permettra la mise en place de formations professionnelles à forte employabilité pour les jeunes lauréats des universités médicales et scientifiques.
A ce jour, la recherche marocaine bénéficie d’un environnement endogène et exogène plutôt favorable:
*bonne connaissance de certaines endémies sévissan dans le pays,
*exploration des affections émergentes ou des maladies rares d’origine génétique,
*amorce de recherches sur les pathologies cancéreuses et liées à des modifications de l’environnement ;
*recherches suivant des critères d’excellence parfois quasi verticales, conduites en continu de la clinique au laboratoire.
Par ailleurs, de nombreux points positifs lui ont été reconnus : existence de chercheurs compétents, disponibilité de ressources, ouverture et amélioration de la transparence, développement numérique, etc.
Cependant, de nombreux facteurs freinateurs sont aujourd’hui reconnus par l’ensemble des parties prenantes, dont:
*une faible culture de la recherche,
*une faible qualité des projets sur le plan méthodologique et leur lien avec la décision et l’action,
*une connaissance insuffisante de la méthodologie de recherche et de mobilisation des fonds de soutien,
*un manque de pilotage de suivi et d’évaluation,
*un problème d’éthique,
*une faible qualité des équipements et l’hétérogénéité de leur état
*et l’absence de motivation suffisante des enseignants-chercheurs pour de multiples raisons, qui résultent, en partie, d’une absence de travail d’équipe.
Pourtant, l’analyse de cette activité fait apparaître un potentiel de développement des activités d’outsourcing de la recherche biomédicale de près d’un Milliard de Dirhams par an, pour le Maroc, soit près de 10% du potentiel de la région MENA.
C’est dans ce sens que dans le cadre du Plan d’Accélération Industrielle 2014-2020, le gouvernement marocain a lancé en Mars 2016 un projet de mise en place d’un projet d’écosystèmes, dont un dédié spécifiquement à la recherche biomédicale et focalisée sur les essais cliniques. Ce projet prévoit des mesures incitatives législatives, économiques et académiques.
Le Maroc ambitionne donc de développer les activités de R&D pharmaceutiques tant pour les essais cliniques que pour l'outsourcing des autres services R&D pharmaceutiques.
Ce chantier doit donc absorber le retard pris et tenir compte des expériences des pays ayant réussi dans ce secteur à l’échelle international. Il renferme un vaste programme de réorganisation de l’administration en vue de répondre avec célérité aux demandes des promoteurs de la recherche et un programme de formation ciblé pour les acteurs de la recherche et enfin la mise en place des procédures qui renforcent encore davantage la protection des personnes.
Ces axes sont en effet indispensables; c’est de leur mise en place et de leur consolidation que pourront naître tous les autres réflexes liés à la recherche tels que le travail d’équipe, l’ouverture sur l’environnement, et bien entendu et avant tout, la mise en place de projets pertinents et de production scientifique.
Professeur Najia Hajjaj-Hassouni
Directrice du Centre d’Innovation, Université Mohammed VI des Sciences de la Santé, Casablanca
Ancien Doyen de la FMP- Université Mohammed V, Rabat
Membre de l’Académie Française de Médecine- Paris
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