Vivre à Gaza et y mourir
C’est dans le secret le plus absolu que Hamas a préparé et programmé son attaque contre Israël. Jusqu’à cette journée du 7 octobre, ce pays était jugé comme une grande forteresse imprenable. Par terre, air et mer, les militants du Hamas qui, hier bricolaient leurs attaques, semblaient cette fois-ci maitriser leurs actions et connaître au détail leurs objectifs. Rien n’a été laissé au hasard. Même les prises de vue du ciel n’ont pas été négligées, pour fournir aux réseaux sociaux du monde, les images de leurs audaces.
Cette opération a causé des centaines de morts de part et d’autre, dont une grande partie des civils. Des prisonniers israéliens ont été emmenés comme otages vers Gaza. Les militants du Hamas connaissaient apparemment bien leurs cibles. Ils ont agi rapidement avant de regagner leurs bases arrière. L’organisation palestinienne semble avoir acquis une grande expérience de sa longue confrontation avec l’Etat d’Israël. Ses chefs ont certainement mesuré que leur opération, vue d’Israël comme une humiliation, allait inéluctablement mener vers une vengeance aveugle et encore plus meurtrière que par le passé.
Cette brève revanche de Hamas a eu des rebondissements qui dépassent de loin la région. On a cru pour un moment que la question palestinienne est définitivement reléguée aux oubliettes et n’est plus une priorité de la communauté internationale. Qu’elle est devenue le dernier souci des peuples et qu’elle est entrée dans le cycle de l’oubli. La première conséquence palpable de cette attaque est que la cause palestinienne est de nouveau à l’ordre du jour.
L’autre impact de cette attaque est au niveau d’Israël. Netanyahou qui a voulu remodeler la vie politique d’Israël à sa convenance, en réformant la justice, pour échapper vraisemblablement aux poursuites judiciaires, est devant un échec cuisant. L’élite du pays en général, et les forces armées de Tsahal en particulier, ont été les premiers à dénoncer son projet de réforme, vu comme un abus de pouvoir et un entêtement anti-démocratique. Cette opération va certainement le rappeler à l’ordre.
On se rappelle que cette réforme a fait sortir le peuple israélien par milliers dans les rues des grandes villes. Elle a poussé aussi plusieurs hauts cadres, dont des militaires, à démissionner et certains à quitter même définitivement le pays. Le limogeage du ministre israélien de la défense Yoav Galant en mars de cette année est venu démobiliser encore les troupes et semer le doute au sein de cette institution. Cette politique du gouvernement ultra-nationaliste de Netanyahou, arrogante à l’égard des israéliens et agressive vis-à-vis des palestiniens, a mené le pays vers cette catastrophe.
Cette attaque du Hamas aura à n’en pas douter des conséquences également sur l’autorité palestinienne en Cisjordanise. Aux yeux des palestiniens et des peuples qui soutiennent sa juste cause, celle-ci est dépassée et ne remplit plus son rôle. Incapable de mener des négociations sérieuses avec le gouvernement israélien, Mahmoud Abbas, 86 ans, est critiqué pour ce statuquo intenable de ni guerre ni paix. Une grande partie de la population palestinienne fustige son pouvoir et reproche la corruption endémique au sein de son administration.
Au-delà de la Palestine et d’Israël, l’attaque de Hamas rebat les cartes dans le monde arabo-musulman. S’il y a un pays qui se frotte les mains depuis le 7 octobre c’est bien l’Iran. En dépit de la réconciliation avec l’Arabie-Saoudite en mars dernier, Téhéran n’a pas désarmé et cherche obstinément à brouiller les pistes et à annihiler ou ralentir toute entente au Moyen-Orient. Les autres pays qui se sont joints à cette jubilation diplomatique sont à l’évidence l’Algérie et le Hezbollah libanais.
Les autres victimes collatérales de cette opération sont ce qu’on a coutume d’appeler les pays arabes modérés qui ont renoué récemment avec Israël dans la perspective de repenser l’équilibre régional et de trouver une sortie honorable au conflit palestino-israélien. Ce rapprochement, mené avec la supervision des américains, visait à contenir l’expansionnisme iranien d’un côté, et de l’autre pousser palestiniens et israéliens à se mettre autour d’une table pour négocier la paix.
Au-delà de la sphère arabe, l’opération "Déluge d’Al-Aqsa" a mis à nu la partialité de l’Occident et de ses deux poids deux mesures à l’égard de la Palestine et d’Israël. La prise en compte de la seule version israélienne, condamnant cette attaque, sans souligner la souffrance que subissent les palestiniens qui, depuis maintenant soixante-quinze ans souffrent le martyr, démontre aux yeux du monde que cet ensemble est devenu une partie de la problématique et non une force d’une solution.
Les manifestations qui se sont déroulées dans les grandes villes européennes et américaines en soutien à la Palestine ont démontré le hiatus entre les dirigeants et les médias de ces pays d’une part, et leurs opinions publiques de l’autre qui réclament la justice pour les palestiniens. L’Occident, qui s’étonnait de voir le sud global resté neutre dans le conflit qui l’opposait à la Russie à propos de l’Ukraine, a maintenant la raison pour laquelle cette confiance est perdue.
Dans la bande de Gaza s’agglutinent 2,3 millions palestiniens qui vivent sur un espace de 370 km carrés. La moitié de la population vit au-dessous du seuil de la pauvreté, et 60% a moins de 18 ans. Les gazaouis ne bénéficient que de deux heures d’électricité par jour et boivent souvent de l’eau non-potable. Cette parcelle de la terre de Palestine est, au vu et au su de cet Occident-là, la plus grande prison à ciel ouvert de la planète Terre.
Ces souffrances qui dépassent l’imaginaire humain font de cette parcelle de la terre sainte une région qui a marqué l’histoire de toute l’humanité. Les philistins y vivaient depuis des millénaires avant le Christ et leur bravoure est relatée même dans les évangiles. Ils savaient comment manier les pharaons et les israélites depuis cette époque. C’est dans ce lieu que débuta la première Intifada en 1987, révolte de la pierre qui s’étendra sur tous les territoires occupés de la Palestine. C’est suite aux luttes des palestiniens de Gaza qu’Israël a négocié les accords d’Oslo en 1994.
C’est également à Gaza où l’organisation Fatah de Yassir Arafat est née en 1959. Elle sera la principale composante de l’Organisation de Libération de la Palestine, OLP, qui mènera le combat pour faire connaitre le droit des palestiniens à l’existence face à la propagande qui voulait leur dénigrer ce droit. C’est aussi dans cette région qu’en 1976 fut créé le mouvement Hamas issu des frères musulmans avec l’établissement de la première université. Les israéliens savent que de cette région sortiront toujours ceux qui maintiendront la flamme de la résistance palestinienne.
Gaza est maintenant une prison à ciel ouvert que le monde devrait commencer à regarder en face. Tristement, l’Occident n’en parle que quand un israélien est mort, et tourne son regard quand c’est le palestinien qui est la victime. Le compte macabre des morts à Gaza de 2008 à 2020 était de 5.590 de palestiniens contre 251 israéliens, selon l’ONU, et ce nombre a tendance à croitre encore avec l’attaque qui vient d’avoir lieu.
L’usage excessif de la force auquel Israël a toujours recours pour faire taire les palestiniens est une chimère et un leurre qui ne la servira pas à moyenne et longue échéance. D’autres pays, plus puissants que l’Etat hébreu, l’ont essayé par le passé au Vietnam, en Afrique du Sud et ailleurs, à leurs dépens, avec les résultats que l’on sait. Comme la violence ne fait appel qu’à la violence, ce cercle vicieux doit être interrompu par tous les moyens et ce pour le bien de tous. Il ne le sera que si l’Occident d’abord assume sa responsabilité historique de ce drame par l’instauration d’une paix juste et équitable entre palestiniens et israéliens.
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