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Voici venu le temps du grand moussem multilatéral

À partir du 22 septembre se tient à New-York les réunions annuelles de l’Assemblée Générale des Nations Unies. Cette 79e session sera précédée par le Sommet de l’Avenir, puis d’une journée sur l’état d’avancement des objectifs de développement durable ODD, et enfin le débat général de haut niveau. Cet événement multilatéral annuel est un grand moment de la vie politique internationale. Pour tous ceux qui s’intéressent aux relations internationales, ils trouveront dans cette foire d’empoigne un concentré des grandes questions de l’heure.

Le 20 septembre 2024 à 10h00

YCe forum majeur est tellement important que les États s’y préparent avec soin, longtemps à l’avance. Chaque délégation planifie et organise sa participation avec vigueur pour y mener un travail de lobbying conséquent. L’objectif étant de présenter et défendre ses priorités, renforcer ses alliances, aborder avec le reste de la communauté internationale les défis mondiaux, et la manière de les relever. Chaque pays évalue ses priorités en matière de politique étrangère, et les sujets qu’il souhaite défendre avec ses autres partenaires, et parfois contre d’éventuels adversaires.

La participation à cet événement annuel répond donc à une démarche exigeante et de rigueur. Durant toute l’année, une coordination est instituée entre le ministère des affaires étrangères et les autres départements pour unifier les positions du gouvernement sur les thématiques souvent complexes. Le but ultime étant de les défendre d’une manière efficace et par une seule et même voix. Sur place, chaque délégation travaille avec ses alliés, régionaux et internationaux, pour faire valoir ses priorités et surtout les faire accepter. Le discours du chef de l’État prononcé lors de cette occasion reste le point culminant de toute cette stratégie.

La session de cette année verra un évènement d’importance par la tenue du sommet de l’Avenir. Ses organisateurs espèrent aboutir à un pacte international orienté vers l’action, pour donner une nouvelle vision de ce que devrait ressembler la coopération internationale pour ce siècle. Ses décisions concerneraient le développement durable, le financement du développement, la paix et la sécurité internationales, la science et la technologie, la jeunesse et les générations futures, et la transformation de la gouvernance internationale.

C’est certainement cette gouvernance internationale qui pose à la communauté internationale le plus d’obstacles. Depuis le début du siècle dernier, ce sont les américains qui ont conçu, et pris en charge, une grande partie du financement du système multilatéral. L’établissement de la Société des Nations, SDN, que Washington avait introduit dans le traité de Versailles de juin 1919, visait à réduire les tensions entre les puissances de l’époque. Dans une volonté d’isolationnisme, le Sénat américain avait opposé son véto pour y adhérer.

Bien qu’ils n’aient pas été membre à la SDN, les américains continuaient à y être influents à côté de leurs autres alliés. En réalité, l’idée de créer cette structure est le fruit des think tanks et autres fondations américaines, comme Rockefeller Foundation ou la Carnegie endowment for international peace. En apportant les financements, les américains influaient directement sur l’élaboration des normes internationales dès l’entre-deux-guerres. Ce sont, en grande partie, ces mêmes règles qui s’imposeront à la communauté internationale, après le second conflit mondial et l’instauration de l’ONU.

Depuis, les relations internationales telles qu’imposées par Washington, ont changé de dimensions mais sont restées immuables. Les pays autrefois colonisés par les puissances européennes se sont émancipés. La population mondiale est passée de deux milliards d’habitants en 1920 à huit actuellement. L’effondrement du bloc de l’Est, l’extension répétée de l’Otan, la guerre entre la Russie et l’Ukraine, et la passivité de l’occident face au génocide des palestiniens, autant de facteurs qui ont fait perdre au système international une large partie de sa crédibilité.

Pour beaucoup, le système onusien est devenu inopérant et a besoin d’un profond toilettage. Il ne fait que perpétuer les seuls intérêts occidentaux, au détriment des autres nations perçues comme appoint. C’est certainement pour cette raison, qu’à la veille de chaque Assemblée générale, les américains s’aventurent à annoncer des initiatives de réformes de l’ONU, pour répondre en partie aux demandes de réformes du système multilatéral. Cette année leur ambassadrice à New York, Linda Thomas Greenfield, a affirmé encore le soutien à la création de deux sièges permanents au Conseil de sécurité pour les pays africains. Pour rappel, cette annonce fût formulée par le président Joe Biden lors de la 77e session de l’AG en septembre 2022.

À cette époque, Biden faisait valoir que l’ajout de sièges de membres permanents au Conseil de sécurité garantirait une réponse plus large aux principaux problèmes auxquels le monde est confronté. Il citait les défis des famines et de la crise climatique, pour souligner qu’il est temps que l’ONU devienne plus inclusive pour que nous puissions mieux répondre aux besoins du monde, affirma-t-il. La réalité, c’est que le monde est devenu ingérable avec un conseil de sécurité qui ne représente que la seule volonté des puissants que sont les cinq membres permanents du conseil de sécurité.

C’est pour apporter des réformes à l’institution onusienne que, dès sa prise de fonction en janvier 2021, Biden avait placé Greenfield au poste d’ambassadrice auprès de l’ONU. Cette afro-américaine est une démocrate de longue date qui connait parfaitement l’Afrique pour y avoir passé de longues années comme ambassadrice au Liberia et au Nigéria, et comme coordinatrice humanitaire au Rwanda entre autres. Elle a vécu une traversée de désert sous l’ère Trump, quand celui-ci l’avait obligée à quitter la diplomatie.

Son retour au poste de représentant permanent à l’ONU, avec grade de ministre, fût une revanche personnelle et une promotion voulue par Biden lui-même. Quand elle a commencé en diplomatie comme une jeune femme noire américaine de Louisiane, elle était un outsider, selon ses propres termes. On m’avait prévenu que ce serait difficile pour quelqu’un comme moi de réussir.  Les démocrates ont vu en elle la personne qui coche les trois critères : la compétence, d’être issue de la diversité, et d’incarner l’idéal américain.

Ses premières décisions à l’ONU furent sans concession. Elle initia d’abord le retour de son pays au sein des institutions internationales que Trump avait quittées. Ensuite elle aida à éponger rapidement les dettes américaines vis-à-vis des organisations internationales qui s’élevaient à l’époque à trois milliards de dollars. Greenfield était consciente que, si son pays voulait rester influent, il lui fallait payer ses contributions comme les autres puissances. Ne pas le faire c’est, selon elle, se condamner à perdre en influence sur la gestion des grandes questions qui agitent le monde.

Mais son grand combat reste l’intérêt qu’elle porte à l’Afrique. De ses longues expériences dans ce continent, l’ambassadrice fût marquée par deux facteurs. Le peu d’intérêt de son pays au continent noir d’une part, et la mainmise de la Chine sur des pans entiers des économies africaines de l’autre. Depuis, elle milite pour une meilleure implication de son pays, afin de ne pas laisser la Chine s’accaparer toutes les richesses du continent noir, dira-t-elle. Pour elle, les dettes des pays africains à l’égard de la Chine sont colossales, et les africains sont mal à l’aise face aux ouvriers chinois qui raflent la mise et ne s’intègrent jamais, selon elle.

Greenfield croit fermement par ailleurs, que les africains préféreraient travailler avec les États-Unis mais ils n’ont pas toujours le choix. Nous devons être plus proactifs dans notre engagement sur le continent africain, souligne-t-elle, et de continuer : j’ai une longue expérience à propos de l’influence nuisible de la Chine, de leur stratégie d’endetter les africains pour les piéger. La Chine est pour elle un adversaire stratégique qui pose des défis à la sécurité, à la prospérité et aux valeurs américaines.

En annonçant, à quelques jours de l’ouverture de la 79e session de l’ONU, leur volonté d’élargir les membres permanents du conseil de sécurité à deux membres africains, sans cependant leur octroyer le droit de veto, les américains jettent un pavé dans la mare de l’ONU qu’ils ont eux-mêmes créée et continuent à superviser. Ce message est destiné aussi bien aux africains qu’aux chinois. Washington devance ainsi les autres membres permanents, en accédant à la demande africaine, en dehors des négociations qui seront menées au sein de l’ONU.

Quoiqu’il en soit, cette annonce reste un geste historique important à quelques semaines de la fin du mandat de Biden. Celui-ci espère par-là consolider son héritage, avant l’avènement de Kamala Harris ou de Donald Trump. L’arrivée probable de ce dernier retardera à coup sûr cette réforme du Conseil de Sécurité tant l’ancien président républicain est connu pour le peu d’intérêt qu’il porte à l’Afrique. C’est sous sa présidence que les aides à l’Afrique ont été drastiquement réduites, et c’est encore lui qui déclarait récemment qu’il se comportera en dictateur pour expulser les immigrés, y compris les africains.

L’annonce de cette proposition américaine d’intégrer deux pays africains au Conseil de sécurité a suscité déjà tant d’espoirs à travers l’Afrique. Certains pays africains s’imaginent déjà siégeant parmi les permanents, tandis que d’autres s’inquiètent que cela se fasse à leurs détriments. La presse américaine table pour sa part sur l’adhésion des deux nations anglophones, que sont l’Afrique du Sud et le Nigéria, pour siéger au conseil, et en exclue les pays arabes d’Afrique du Nord. Elle pourrait avoir raison quand on sait que, dans la répartition géopolitique américaine, l’Afrique du Nord fait partie du Middle East and North Africa, la région MENA, et non de la sphère africaine. Dont acte.

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Le 20 septembre 2024 à 10h00

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