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Zohran Mamdani, le musulman qui brigue le poste de maire de New York

Zohran Mamdani est un exemple de cette nouvelle génération d’élus issus de la diversité qui bousculent les codes. S’il est élu en novembre, il deviendra le premier maire musulman de New York.

Le 11 juillet 2025 à 16h05

Zohran Mamdani, âgé seulement de 33 ans, vient de gagner les primaires du Parti démocrate pour se présenter au poste de maire de la ville de New York aux élections de novembre prochain. Pour imposer sa candidature, il faisait face à deux autres ténors du Parti démocrate, le maire sortant Eric Adams et Andrew Cuomo. Ce dernier, ancien gouverneur de la même ville, avait démissionné il y a quatre ans dans la foulée d’un scandale qui a éclaboussé sa carrière. Si Mamdani est élu, il sera le premier maire américain et musulman à diriger New-York.

Eric Adams, lui, est le maire sortant, et occupe ce poste depuis 2022. Officier de police, il prend sa retraite en 2006 et s’implique dans la vie politique à New York. Il siège d’abord au Sénat de la ville, et en devient maire suite aux élections législatives de 2021. En 2024, il est inculpé et mis en examen pour corruption, fraude et sollicitation de dons venant de la Turquie. Avec l’arrivée au pouvoir des républicains, l’administration Trump abandonne toutes les poursuites contre lui. Cette grâce pour le rendre éligible a suscité des controverses, et provoqué des démissions de procureurs et des adjoints du maire.

C’est dans ce climat délétère que Mamdani s’est présenté pour être candidat du renouveau pour les démocrates aux prochaines élections. Lui veut apporter son sérieux et son abnégation pour servir les citoyens de sa ville qu’il connait parfaitement à force de les fréquenter et de les servir. Eric Adams, son adversaire, s’est entouré durant sa campagne des représentants de différentes communautés new-yorkaises qui le soutenaient pour barrer la route à Madani, mais en vain.

Face à ce succès, le président Trump s’est vu obligé d’intervenir en taxant Mamdani de tous les noms et en le traitant de communiste. Sous forme de menace, il lui a conseillé aussi de bien se comporter s’il est élu, lui signifiant qu’il aura besoin d’argent de la Maison Blanche pour gérer New York. Puis il lui reprocha ses critiques contre Israël. Mamdani avait en effet déclaré qu’en tant que maire, il arrêterait Benjamin Netanyahou suite au mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale l’accusant de crimes de guerre. Car New York est une ville dont les valeurs sont conformes au droit international, disait-il. Cette position répond au mandat émis de la CPI, accusant Netanyahou de crimes de guerre.

Même si Trump l’accuse d’être communiste, Mamdani persiste et signe, en se déclarant socialiste démocrate au seul service des gens modestes. Il a également réitéré son désir de travailler pour favoriser l’égalité des chances de tous les habitants de New York. Après sa victoire, il a promis qu’il serait le maire de tous les citoyens sans distinction. Que ses premières mesures concerneraient la gratuité des déplacements en bus, et le gel des loyers des locataires dans le besoin. Le candidat a reçu par ailleurs des soutiens et des encouragements de plusieurs personnalités démocrates, dont Bernie Senders.

Des musulmans élus en Europe

Mamdani n’est pas le seul musulman à briguer un poste de responsabilité aux Etats-Unis. D’autres ont réussi à se faire élire dans d’autres Etats comme au Michigan. Dans les autres pays occidentaux, des citoyens de confession musulmane peinent, avec plus ou moins de succès, à intégrer le jeu politique. Sous d’autres cieux, comme au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas, certains musulmans ont réussi à se hisser à des postes de responsabilités. En France par contre, la situation semble désespérée pour les Français musulmans qui, à quelques rares exceptions, ne peuvent prétendre qu’à des postes subalternes. Ils n’ont souvent d’autre choix que de s’effacer, et d’adopter un profil bas, ou mieux encore de s’exiler pour briller ailleurs.

Le destin du maire de Londres Sadik Khan en est l’exemple type de ce succès que seules les démocraties anglophones permettent à leurs citoyens musulmans. Issu d’une famille modeste, habitant dans un council house, forme d’HLM, Khan est devenu à 45 ans maire de Londres au nom du Parti travailliste, succédant ainsi au charismatique Boris Johnson. Lui, qui vient d’une famille modeste et dont le père est chauffeur de bus, a battu sans appel son rival conservateur Zacharias Goldsmith. Celui-ci, de confession juive, est le fils du milliardaire Sir James Goldsmith, et fut plusieurs fois ministre dans les gouvernements conservateurs.

Contrairement à Goldsmith qui a fait ses études dans les institutions d’élite, comme Eton College et Cambridge, Khan a étudié le droit à l’université de Londres. Il est devenu par la suite avocat très proche des soucis de petites gens, et un membre actif du Parti travailliste. Ainsi, il s’est confronté aux problèmes du peuple avec qui il se sent proche, et c’est en leur nom qu’il s’est présenté comme candidat à la mairie de Londres. Etre musulman ne pardonne pas, dira-t-il, mais Sadik Khan, à l’instar de Mamdani, a su en faire une force grâce à ses compétences et sa proximité avec ses concitoyens.

Très populaire, les Londoniens qui l’ont élu le sentent proche d’eux, toujours prêt à les écouter et à régler leurs problèmes. C'est une personne charmante et décontractée, souvent avec chemise sans cravate, et qui assume de surcroît ses origines sans complexe. Pour convaincre son auditoire, il n’hésite pas à faire usage de son accent oxfordien pour les nantis, et parfois du cockney English pour s’adresser aux habitants des quartiers difficiles. Pour les gouverner, les Londoniens avaient le choix entre le représentant de la fortune arrogante et hautaine, ou la modestie et l’intelligence de quelqu’un de très proche de leurs soucis quotidiens.

C’est un autre parcours que celui du maire de Rotterdam, Ahmed Aboutaleb, venu du Rif marocain aux Pays-Bas pour rejoindre son père alors qu’il avait juste 15 ans.  La migration à cet âge tardif l’a marqué à vie. Il dira lui-même que la migration est sans pitié, et qu’elle est terriblement difficile, car elle exige un prix incroyablement élevé. Il fera l’effort d’étudier pour être ingénieur électronicien mais reste attaché à la chose publique et à la politique de proximité. Membre du Parti travailliste lui aussi, il est plusieurs fois ministre avant d’être nommé, par décret royal, bourgmestre de la ville de Rotterdam de 2009 à 2024.

Durant tout son parcours, Aboutaleb a prôné le dialogue multiculturel et la mixité sociale, tout en menant une lutte contre toutes les formes d’extrémisme. Après l’assassinat du cinéaste Theo Van Gogh en 2004, il se démène pour calmer les esprits. Il pousse certains extrémistes islamistes à s’inscrire dans les valeurs démocratiques, ou alors à plier bagages et quitter le pays, comme il leur signifia lui-même. C’est pour son rôle citoyen qu’il fut nommé personnalité de l’année en 2015, et que beaucoup de ses concitoyens néerlandais voyaient en lui un futur Premier ministre.

Si on contemple la réussite de ces deux maires de confession musulmane en Occident, le premier facteur derrière leur réussite reste d’abord l’éducation qu’ils ont reçue. Tous sont hautement diplômés et très instruits, et c’est ce qui fait leur réputation et leur sérieux. L’acquisition du savoir est la clé de leur réussite pour s’imposer, mais elle reste insuffisante. Le travail acharné au service des autres est l’autre élément capital. Ils ont conscience qu’ils doivent, d’une manière ou d’une autre, travailler dur pour rendre à leurs pays d’accueil une partie de ce qu’ils ont réussi à obtenir.

La confiance qu’ils ont en eux-mêmes et dans leurs traditions familiales, culturelles et religieuses est l’autre atout derrière leurs réussites. Ils ne sont pas aliénés, ou se sont effacés pour plaire et s’intégrer dans le moule. Au contraire, ils sont restés fiers de leurs origines, tout en demeurant des citoyens à part entière de leurs pays adoptifs. Ils vivent leur citoyenneté d’une manière permanente et non à temps partiel, faisant de leurs origines un atout, et non un handicap, pour progresser et grandir. Leur origine n’a jamais constitué un frein qui crée en eux ces complexes d’infériorité, ou ces sentiments d’inutilité.

Tous ces élus de confession musulmane sont entièrement assimilés dans leurs pays d’accueil, mais ils sont restés fidèles à eux-mêmes. Ils n’aspirent qu’à être utiles aux autres et qu’on reconnaisse leurs vraies valeurs dans la société. Ils ont fait de leurs différences un moteur pour leurs ambitions, balayant ainsi les idées reçues qui font de leur religion une croyance incompatible avec le progrès et la démocratie. Ils ont déjà réussi leur intégration, sans pour autant être dissous dans la culture majoritaire. N’est-ce pas cela ce que la démocratie occidentale prône ouvertement ?

En dépit de ces rares réussites, le chemin reste encore long pour que la majorité des citoyens musulmans trouvent toute la place qu’ils méritent dans les sociétés occidentales. Les discriminations ont toujours cours dans l’establishment politique, et les préjugés qu’ils subissent dans leurs sociétés respectives sont presque quotidiens. Ils resteront aux yeux de certains, et pour longtemps encore, objet de discrimination, et ils seront constamment confrontés à l’instrumentalisation de leur religion pour ralentir leur intégration et freiner leurs ambitions.

Zohran Mamdani comme bien d’autres musulmans qui vivent aux Etats-Unis ou en Europe, en fait amèrement l’expérience. Mamdani est, pour le moment, candidat des démocrates pour présider aux destinées de New York pour les élections de novembre prochain. Ses adversaires, qui sont maintenant nombreux, feront tout pour l’en empêcher, ou tout au moins compromettre sa campagne par différents subterfuges. Les différents lobbys qui règnent sur New York aiguisent déjà leurs couteaux pour trouver la faille par laquelle ils pourraient mettre fin à son ambition débordante.

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Le 11 juillet 2025 à 16h05

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