Nouveau modèle de développement: première sortie médiatique de Benmoussa
Chakib Benmoussa a effectué ce dimanche 8 décembre, sa première sortie médiatique depuis sa nomination le 19 novembre dernier par le Roi Mohammed VI, à la tête de la Commission sur le nouveau modèle de développement. Compte rendu.
Benmoussa a rencontré ce dimanche un groupe de journalistes pour un échange informel au sujet du nouveau modèle de développement. Voici les premiers éléments qui tracent le cadre général. Ces éléments sont extraits de l'échange général avec M. Benmoussa. Parfois, il s'agit de déductions de l'auteur de cet article. Lorsque les guillemets sont employés, il s'agit de citations:
La commission livrera son rapport fin juin 2020. Ce rapport sera remis au Souverain. Entretemps, elle travaillera avec le maximum d'interactions, de débats, d'échanges...
Le résultat de ce travail ne sera pas un simple avis, au sens juridique du terme. Ni un modèle "dans le sens de modélisation et de simulations". Il sera probablement une "vision partagée" des dix ou quinze prochaines années. Un horizon ni trop court ni trop long, autorisant les mesures structurelles et "qui parlera aux jeunes".
La commission sera composée "d'experts", avec une diversité d'origines, de disciplines, de genre. Elle comprendra des Marocains installés à l'étranger, et ne sera composée que de Marocains. Le nouveau modèle de développement sera comme l'a voulu le Roi, "maroco-marocain".
Chakib Benmoussa ne répond pas aux questions concernant le nombre de membres qui vont composer la commission. Tout ce que l'on comprend, c'est que leur nomination pourrait intervenir prochainement. Une petite structure permanente, de secrétariat, de communication et coordination sera installée dans les anciens locaux qu'avait utilisée la Commission supérieure de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique.
Les membres de la commission du nouveau modèle de développement seront bénévoles. A la fois experts et bénévoles, on ne pourra pas exiger d'eux qu'ils s'y consacrent à plein temps. Benmoussa lui-même partage déjà son temps entre Rabat et Paris où il reste ambassadeur du Maroc et aura à gérer des échéances importantes dans les relations bilatérales. La commission doit achever son travail fin juin et ne devrait plus avoir d'existence au delà de cette échéance, sauf décision contraire du Roi.
Un socle social admis par tous
Quel est le mandat de la commission? En quoi consistera son travail?
Le cahier des charges a été fixé par le Roi et annoncé dans différents discours, car cela fait deux ans que le Souverain en a parlé pour la première fois. Il n'y aura pas lieu d'établir un benchmark international. Tel n'est en tous les cas pas le coeur de la mission. Il s'agira de pointer du doigt ce qui ne fonctionne pas, de lister ce qui fonctionne, et ce qui peut fonctionner. De lever les obstacles, les freins au développement, à l'épanouissement des initiatives. D'identifier ce qui marche bien à petite échelle pour le proposer à une échelle plus vaste, nationale. Pour ce dernier point, Chakib Benmoussa cite les exemples du préscolaire ou des écoles de la deuxième chance.
Au final, il y aura un état des lieux "franc, objectif, sans tabous, n'excluant aucun sujet".
Le modèle sera "global, donc pas seulement économique. Comment créer de la valeur, de la richesse, comment encourager l'entrepreneuriat, l'innovation, les emplois, comment effectuer la redistribution, améliorer l'éducation, la santé, les transports, les services publics"...
Ce sera un modèle intégré, ayant plusieurs composantes: le lien social, le culturel, les valeurs, la gouvernance (centrale ou territoriale);...
Pour ce qui concerne la méthodologie, Chakib Benmoussa cite de nouveau le Roi: l'approche dela commission sera inclusive, participative, il s'agira de recevoir, d'analyser les différentes contributions (y compris celles adressées par les partis politiques au cabinet royal), d'écouter les acteurs économiques, les syndicats, les associations, d'organiser ou de participer à des débats, des rencontres... Bref, ce ne sera pas un entre-soi entre experts.
Dans le cahier des charges, Benmoussa relève un objectif central: l'humain au centre du développement. En découleront les questions d'emploi, de redistribution, de croissance économique.
Juridiquement, il s'agit d'une commission consultative. Sa valeur ajoutée sera l'expertise multi disciplinaire, la cohérence qu'elle va apporter, la levée de différents blocages. Dans le livrable, il y aura également des programmes à lancer ainsi que des mécanismes de mise en oeuvre et de suivi de ces propositions de référentiel. "L'idée est de s'inscrire au maximum dans les propositions d'action".
Le rapport final, dont la durée de vie sera de 10 ou 15 ans, sera un cadre de référence pour l'avenir. Sera-t-il opposable à tous, y compris les partis politiques qui seront au gouvernement pendant cette période? Question légèrement prématurée. Au stade actuel, la commission est "portée au plus haut niveau". Elle tient sa légitimité de cela, de l'adhésion de tous ceux qui vont interagir; et des attentes de l'opinion et des acteurs institutionnels. Benmoussa ne l'exprime pas en ces termes; mais tout se passe comme si on allait mettre des garde-fous pour les dix ou quinze ans, dans les domaines sociaux, économiques, culturels, voire politiques. Ce sera une vision partagée par les experts, les contributeurs et par tous ceux qui vont adhérer à cette vision. Elle contribuera a priori au renforcement du lien social et indiquera une direction.
A ce stade donc, la future vision tiendra sa force, davantage de sa légitimité que d'une formulation juridique. Elle sera un socle et la mécanique de la mobilisation devrait contribuer par elle-même au lien social.
Benmoussa a été nommé le 19 novembre 2019. A une question de Médias24 au sujet des instructions du Roi ce jour-là, Benmoussa répond: "Sa Majesté a énuméré les termes de référence de la mission et exprimé son soutien à cette commission ainsi que l'esprit dans lequel elle doit travailler."
A noter que Chakib Benmoussa s'est entouré de deux personnes: Mehdi Gaouane, un jeune diplomate de carrière, détaché par les Affaires étrangères; et Sana Smyej (agence Publikart) qui le conseille en communication à titre bénévole.
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