Croissance: 2020, l’année de la reprise ?
2020 pourrait bien être l’année de la reprise de la croissance économique. Bank Al-Maghrib prévoit une hausse du crédit bancaire au secteur non financier de 4,4% et une croissance du PIB de 3,9%. Plusieurs chantiers et tendances sont de nature à favoriser la reprise.
En 2018, la croissance économique s’est établie à 3,1% (estimation) et le crédit bancaire au secteur non financier a également progressé de 3,1%, compte tenu de la stagnation des financements aux entreprises privées.
En 2019, le ralentissement devrait persister, voire s’aggraver. Dans son dernier rapport sur la politique monétaire, Bank Al-Maghrib prévoit une croissance économique limitée à 2,7% et une progression du crédit bancaire du même ordre que celle de 2018.
La campagne agricole compromise de la saison 2018-2019 et la lente reprise des activités non agricoles expliqueraient la poursuite de l’atonie.
2020 sera-t-elle l’année de la reprise ? Bank Al-Maghrib et des banquiers sondés par Médias24 semblent optimistes.
La Banque centrale s’attend à une croissance du PIB de 3,9% et une hausse du crédit bancaire de 4,4%. Des prévisions réalisables à en croire les banquiers qui parlent de tendances et de mesures en cours favorables :
- Les grandes entreprises des secteurs porteurs vont renforcer leurs investissements. Les secteurs mentionnés par les financiers sont l’énergie, l’agroalimentaire, les transports, la santé et l’éducation (privé)…
- Le processus d’assainissement des secteurs en difficulté s’approchera de sa fin : promotion immobilière, métallurgie, minoterie…
- Les régions entreront en scène à travers de nouveaux mécanismes de financement des investissements : infrastructures, transport, parcs industriels, énergie…
Certaines d’entre elles sont déjà bien avancées dans la structuration de leur approche. L’idée est de créer des sociétés de gestion (sociétés de développement régional) qui géreront des véhicules (SVP ou Special purpose vehicle) lesquels porteront les projets d’investissement.
Ces véhicules seront capitalisés par les régions (dont les transferts de l’Etat et les ressources propres augmentent) mais aussi par les investisseurs institutionnels (caisses de retraite, compagnies d’assurance…), et feront appel au crédit bancaire pour renforcer leurs ressources.
- Le nouveau mécanisme de financement de l’Etat sera activé pour les premières opérations. Il s’agit de faire financer des projets d’investissements publics par des institutionnels que l’Etat rémunérera par des redevances. Les discussions entre les parties sont entamées.
- Les garanties publiques aux crédits bancaires destinés aux TPE et PME seront renforcées : une annonce du ministère des Finances est attendue prochainement, apprend Médias24 de source bancaire. La quotité des crédits garantie par l’Etat sera relevée, ce qui facilitera l’accès des TPME au financement bancaire.
- De nouvelles offres de financement destinées aux PME et TPE seront lancées par certaines banques à partir de cette année.
- Le remboursement du crédit TVA détenu par les entreprises sur l’Etat : 28 milliards de DH sur un total de 40 ont été débloqués en 2018. L’impact de cette bouffée d’oxygène sur l’économie n’a pas été immédiat, il sera différé dans le temps.
La mayonnaise ne prend pas...
Selon les banquiers sondés, la machine n’est pas totalement grippée. Les demandes de crédit sont là, le secteur y répond. Certains dossiers sont même de très bonne qualité.
En 2018, plus de 50 milliards de DH de nouveaux crédits bancaires ont été accordés. Il s’agit d’un montant net des remboursements. La production de crédits est donc plus importante.
Dans ces 50 milliards, 28 sont relatifs au remboursement du crédit TVA détenu par les entreprises publiques et privées sur l’Etat par voie d’affacturage. Ce qui laisse 22 milliards de DH de nouveaux financements à l’économie.
« Ce montant est important mais il n’est pas suffisamment bien réparti sur les différents secteurs pour générer une dynamique économique inclusive qui crée des emplois. D’où l’effort à faire pour soutenir la TPME. Il faut que les entreprises sentent qu’il y a un effort de la part de toutes les parties prenantes», précise une source, ce qui renvoie à la problématique de la confiance et de l’attentisme, soulevée dans les milieux des affaires et confirmée par Abdellatif Jouahri, wali de la Banque centrale.
Dans son intervention, ce dernier a interpellé les politiques pour donner de la visibilité et montrer le cap. Mais ils ne sont pas les seuls responsables.
« Le ministère des Finances et celui de l’industrie font régulièrement des annonces et adoptent des mesures mais la mayonnaise ne prend toujours pas. Il faut que tout le monde s’y mette », déplore un banquier.
Ce dernier appelle à une plus forte implication des banques de la place dans le financement de l’économie et la prise de risque. « Il n’y a que les 3 grandes banques de la place qui financent vraiment l’investissement et l’entreprise. Les autres se contentent des opérations spot et du financement des particuliers. On ne les voit plus sur les grands dossiers de crédit », conclut-il.
>>Lire aussi: Lahlimi appelle à ouvrir le robinet du crédit pour relancer la croissance
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