Fermeture des écoles à Casablanca: parents en colère, enfants déçus (témoignages)
Le gouvernement a décidé, à la veille de la rentrée scolaire, de fermer toutes les écoles de Casablanca. Les parents d'élèves ayant opté pour le présentiel sont perdus. Les élèves, notamment ceux en bas âge, sont déçus. Témoignages.
Le nombre de cas Covid a explosé à Casablanca. Pour endiguer la propagation du virus dans la ville, le gouvernement a été contraint de pendre une série de mesures, notamment la fermeture de toutes les écoles, primaires, secondaires et supérieures de la métropole, à partir du 7 septembre, pour 14 jours.
Les parents ayant choisi le présentiel pour leurs enfants sont surpris et pris de court. Il s'agit majoritairement de personnes qui travaillent toute la journée, et qui n'ont aucun moyen de garder leurs enfants, ou de leur faire l'école à la maison. Cette décision chamboule donc toute leur organisation.
Les élèves, eux, notamment les plus petits (petite, moyenne et grande section), qui étaient contents de retrouver leurs amis, même si les conditions sont particulières, sont déçus et ne comprennent pas pourquoi ils devront encore une fois être privés d'école.
Voici quelques témoignages recueillis par Médias24.
Samir, père d’un enfant de 6 ans, exprime sa colère. Samedi 5 septembre était le dernier délai pour inscrire son fils. Dans cette école privée, les parents sont obligés de payer des frais d’inscription, en plus des frais du mois de septembre et d’un chèque de garanti pour le mois de juin, à chaque rentrée.
"Pour mon fils, j’ai choisi le présentiel cette année. D’une part, parce qu’il n’apprend rien avec les cours à distance, et d’un autre côté, parce que ma femme et moi travaillons toute la journée et nous n’avons aucun moyen de le garder ou de lui faire des activités. Quand j’ai pris connaissance de la décision gouvernementale dimanche soir, je me suis précipité à l’école lundi pour demander un remboursement. Je préfère une année blanche que de payer encore une fois tous les frais pendant plusieurs mois, sans rien en retour. Mais l'école a refusé".
"L'année dernière, notre fils n’a bénéficié d’aucun suivi à distance durant les mois de confinement. Nous avons reçu sur le groupe Whatsapp de l’école un programme pour les mois de mars et avril, mais sans aucun suivi. Nous étions livrés à nous-mêmes", ajoute ce père de famille.
Pour Hakima, maman de deux enfants au primaire, dans une école publique, et d’une fille à l’enseignement supérieur, c’est le flou total.
Cette analphabète travaille dur pour que ses enfants puissent étudier. Elle a déboursé une" fortune" pour l'achat des fournitures avant la rentrée. Avec la fermeture des écoles, c’est sa fille aînée qui devrait, encore une fois, faire l’école à la maison pour ses deux petites sœurs, et suivre en parallèle ses propres cours. "C’est une situation délicate pour nous. Ce n’est pas évident".
Abdelilah, père de deux filles dans une école privée, est très en colère. Ses enfants, excitées de retrouver leurs amis de classe, étaient en pleurs après avoir appris qu'il n'y aura pas de rentrée scolaire.
"J'ai appris la nouvelle le soir même, à 22H30. C'était le choc total. Mes filles se sont mises à pleurer et voulaient à tout prix aller à l'école lundi".
"J'ai opté pour le présentiel cette année pour deux principales raisons. Tout d'abord, parce que je pense que les effets psychologiques de l'enseignement à distance sur les enfants sont plus graves que le Covid-19. Deuxième chose, c'est qu'on ne peut pas maîtriser les enfants lors de l'enseignement à distance, ils n'apprennent rien. L'expérience de l'année dernière a prouvé qu'il y a beaucoup de difficultés avec ce mode d'enseignement".
Comme toutes les écoles de la ville, l'établissement où étudient les filles d'Abdelilah ne s'attendait pas à une telle décision. "Jusqu'à présent, aucune organisation n'a été mise en place pour assurer le distanciel à tous les élèves. Les maîtresses ont créé des comptes whatsapp pour commencer les cours mardi. Ensuite, elles nous ont envoyé un message pour reporter les cours jusqu'à mercredi. On attend toujours. C'est la cacophonie et nous sommes perturbés", nous confie notre interlocuteur qui ne cache pas son angoisse si le présentiel ne reprend pas. Si la situation épidémiologique ne permet pas un retour aux classes après ces 14 jours, "on va forcément adopter l'enseignement à distance, comme pour les trois derniers mois de l'année dernière. De toute façon, on n'a pas le choix...", conclut-il.
Même son de cloche auprès d'Ali, père de deux enfants à la mission. "Je me demande toujours comment je vais m'organiser pour ces deux semaines, d'autant plus que ma femme et moi travaillons à plein temps, et n'avons aucun moyen de passer au télétravail".
"C'est difficile pour nous tous les matins, on est chamboulés. Pour l'instant nous n'avons aucune visibilité pour la suite, nous allons patienter pendant les deux semaines qui viennent, pour comprendre comment vont évoluer les choses".
"Nous avons payé une fortune pour nos enfants au dernier trimestre de l'année dernière, pour leur garantir leurs places à l'école cette année. L'établissement exige chaque année le paiement des frais d'inscription ainsi que les deux premiers mois de l'année, vers le mois de mars".
"Les cours à distance ont commencé aujourd'hui, mais ils sont bâclés. L'école n'a pas eu le temps de se préparer. Nous payons pour une journée d'école, mais nous n'en avons que pour une heure ou moins par jour avec le distanciel", s'indigne-t-il.
Les enfants en bas âge doivent aller à l’école
Joint par nos soins, Noureddine Akkouri, président de la Fédération nationale des associations des parents d’élèves au Maroc, se montre compréhensif et rassurant.
"Il s’agit d’une décision tout à fait normale et qui touche d’autres quartiers dans différentes villes marocaines".
"Certes, c’est une décision annoncée à la dernière minute, à la veille de la rentrée scolaire, mais elle est temporaire. Je pense que les choses reviendront à la normale dans 14 jours, et que ceux qui ont choisi le présentiel pourront de nouveau se rendre à l’école".
"Les familles ont été surprises mais il faut les rassurer. Celles dont les enfants n’auront pas de cours à distance devront être remboursées par les écoles", souligne-t-il.
"Par ailleurs nous appelons le ministère à permettre aux enfants âgés jusqu’à 9 ans d'aller à l'école durant cette période, en particulier ceux dont les parents travaillent et qui n’ont ni la possibilité de leur faire l’école à distance, ni de les faire garder par une autre personne. A mon avis, les écoles sont actuellement vides, elles peuvent donc se permettre d’ouvrir et de gérer quelques classes, comme la maternelle, le CE1, CE2 et le CE3. C’est une catégorie qui ne peut pas rester seule à la maison, contrairement aux plus âgés, qui peuvent même suivre les cours seuls, à distance", conclut notre interlocuteur.
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