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ECONOMIE

Le prix des viandes rouges en nette baisse, celui des volailles en forte hausse

Le prix des viandes rouges est en nette baisse, contrairement à celui des viandes de volailles, qui a flambé après une crise sans précédent. Explications.

Le prix des viandes rouges en nette baisse, celui des volailles en forte hausse
Kenza Khatla
Le 15 septembre 2020 à 15h20 | Modifié 10 avril 2021 à 22h53

Le prix des viandes rouges (ovines et bovines) est actuellement en baisse dans les boucheries du milieu urbain, mais aussi dans les souks en milieu rural, atteignant entre 45 à 70 DH le kilogramme.

Cette baisse peut être expliquée par trois principaux facteurs, d’après M’Hammed Karimine, président de la Fédération interprofessionnelle des viandes rouges (Fiviar).

Le premier facteur est "la baisse du pouvoir d’achat". "La ménagère a désormais beaucoup moins de budget à dépenser pour son panier. Le premier impacté est naturellement l’aliment le plus cher, et donc les protéines animales, notamment la viande rouge, qui coûte en temps normal entre 70 et 80 DH le kilo".

"Il s’agit d’une crise jamais vécue, et les gens ont de moins en moins de ressources. Dans différents secteurs, notamment l’hôtellerie, le personnel est soit au chômage technique, soit en activité réduite…". Plusieurs personnes ont également perdu leurs emplois, ce qui a induit une baisse de la demande.

Le deuxième facteur est "l’abondance de l’offre", face à une demande qui n’est pas au rendez-vous.

"Actuellement, l’offre en viandes rouges est conséquente, principalement parce que le tourisme est quasiment à l’arrêt", nous explique M. Karimine.

"Le Maroc tourne à 12 millions de visiteurs par an. Depuis mars, il se retrouve avec 6 millions de visiteurs en moins, et donc 6 millions de consommateurs de viandes rouges en moins. Les touristes sont généralement de grands consommateurs de viande, puisqu’ils disposent d’un pouvoir d’achat élevé".

Par ailleurs, il faut noter que cette "abondance de l’offre revient chaque année durant les mois de septembre et octobre", souligne le président de la Fiviar.

"La saison agricole démarre en octobre, et les bêtes destinées à l’abattage représentent la banque des agriculteurs" et donc leur principale source de revenus.

"Pour financer la campagne de cette année, ils devront vendre leurs bêtes", ce qui contribue encore plus à la baisse des prix, puisque l’offre dépasse la demande. "C’est comme ça tous les ans en cette période."

Flambée des prix de la viande blanche

"Il s’agit d’un retour de manivelle", après une baisse historique des prix du poulet de chair et de la dinde, nous confie Abderrahmane Ryadi, secrétaire général de l’Association nationale des producteurs de viandes de volailles (APV), joint par Médias24.

Actuellement, le prix du poulet vif, sortie ferme, varie entre 14 et 15 DH/ kg, contre 7 DH durant les mois passés. "Le prix a donc doublé".

Concernant la dinde, le prix, sortie ferme, varie entre 15 et 15,5 DH/ kg pour le vif, contre 14 DH pour les abattoirs. Le consommateur final devrait débourser entre 2,5 à 4 DH de plus chez les riachat. Il s’agit d’une marge qui permet à celles-ci de couvrir leurs charges (eau, électricité, location, personnel…). Cette variation dépend du quartier, populaire ou chic, ainsi que du nombre de riachat dans le même quartier, et donc de la concurrence.

Chez les magasins et les grandes surfaces, les prix sont un peu plus chers, ceux-ci étant obligés de s’approvisionner auprès des abattoirs.

Selon M. Ryadi, "il s’agit d’une flambée temporaire, due à l’énorme baisse des prix qu'on a enregistrée entre mars et août".

L’augmentation des prix de la viande blanche s’explique par "la baisse de l’offre". "Le secteur avicole était déjà en surproduction à la veille de la crise sanitaire. Il s’agit d’un problème qui dure depuis environ deux ans. L’arrivée du Covid a été accompagnée par de nombreuses mesures restrictives qui ont causé un effondrement historique de la demande (jusqu'à -50%), suivi d’une énorme baisse des prix", ajoute notre interlocuteur, notant qu'"il s'agit des prix les plus bas que le secteur ait connu durant les 50 dernières années d’activité".

"Le poulet était vendu à 7 DH/ Kg durant les mois précédents. Des éleveurs l'ont même vendu à 5 DH/ kg, contre un prix de revient de 11 DH/ kg, soit une perte allant jusqu’à 70% de la valeur du produit."

"Certains n’ont pas tenu le coup, d’autres ont même perdu leur capital. La majorité a donc décidé d’arrêter son activité, ce qui a entraîné une chute de l’offre et par conséquent une hausse des prix, à partir de l’Aid Al Adha. C'est donc le peu d’éleveurs qui sont restés en activité qui vont profiter de cette flambée".

Nouvelle baisse des prix prévue dans 10 semaines

"Cette flambée est temporaire", insiste M. Ryadi. "Les éleveurs qui ont arrêté leur activité en pleine crise vont rouvrir dans l'espoir de profiter de la hausse des prix. Ainsi, l’offre va de nouveau augmenter, ce qui engendrera une nouvelle baisse des prix".

D'un autre côté, "les producteurs de poussins n’ont pas réduit leurs importations, malgré la crise, ce qui est paradoxal. Cette situation va de nouveau créer une surproduction". 

"Le secteur se retrouvera encore en crise après les 10 prochaines semaines", prévoit le SG de l'APV, qui déplore l'inexistence d'un système de régulation au Maroc.

"Nous n’avons pas de prévisions à long terme qui permettent de cadrer la chaîne de production durant les deux ou trois prochaines années. Les producteurs n’ont de la visibilité que pour les 24 heures qui suivent, et c’est le mal profond de notre secteur. On se retrouve souvent dans des situations de surproduction, qu'on a du mal à gérer, puis directement dans des périodes de sous production, avec des prix très élevés".

"A l’étranger, la production est fixée par des contrats, qui se basent sur les besoins et les prévisions des deux ou trois années qui suivent", conclut notre source.

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Kenza Khatla
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