Les prévisions économiques de Bank Al-Maghrib sont-elles déjà obsolètes ?
2,3% de croissance, déficit extérieur limité à 3,5% du PIB, réserves en devises stables… Les prévisions macroéconomiques annoncées mardi par Abdellatif Jouahri sont probablement dépassées par une situation qui évolue négativement de jour en jour.
Le conseil de politique monétaire de Bank Al-Maghrib, tenu mardi 17 mars, a abaissé le taux directeur de 25 points de base, à 2%.
Bien que cette baisse soit d’une faible ampleur en comparaison aux décisions prises par d’autres Banques centrales dans le monde pour faire face à la récession attendue en 2020, elle prouve qu’il y aura ralentissement économique au Maroc et que BAM a pris cette décision « dans l’objectif de soutenir l’activité économique », comme annoncé dans son communiqué.
Sauf que les prévisions annoncées par Abdellatif Jouahri, et sur la base desquelles l’abaissement du taux directeur a été décidé, paraissent déjà trop optimistes, compte tenu de l’ampleur de la crise que vit le monde et le Maroc actuellement.
Il est certes précisé que ces prévisions sont sujettes à révision significative à court terme, si la pandémie Covid-19 n’est pas contenue rapidement. Mais elles semblent déjà dépassées.
Voici les prévisions annoncées par BAM pour 2020 :
- Une croissance de 2,3%, soit le même niveau qu’en 2019, avec une baisse limitée à 2,7% de la valeur ajoutée agricole et une croissance de 2,9% de la VA non agricole.
- Une inflation en baisse à 0,7% contre 1,3% en 2019.
- Accélération des exportations, hausse modérée des importations, baisse des recettes touristiques et stabilisation des IDE. En gros, BAM table sur une baisse du déficit courant de la balance des paiements à -3,5% du PIB contre -4,4% en 2019.
- Des réserves en devises de 246 milliards de DH, stables par rapport à 2019, soit 5 mois d’importations de biens et services.
- Une croissance des crédits bancaires au secteur non financier de 4,5% « compte tenu des effets du programme intégré d’appui et de financement des entreprises ».
L'ampleur de la crise
Sur le plan de la croissance, il y aura bel et bien une baisse de la valeur ajoutée agricole, mais celle-ci risque d’être d’une plus grande ampleur que ce qui est prévu. Le déficit pluviométrique cette année est très élevé et le niveau des réserves des barrages est très bas. Toutes les cultures non irriguées ont subi de lourdes pertes qui impacteront l’offre. Même l'irrigation a été arrêtée dans plusieurs régions. Par ailleurs, les aliments de bétail ont flambé, poussant les agriculteurs à se débarrasser de leurs bêtes.
De plus, l’export de produits agricoles subira les effets de la baisse de la demande mondiale et des perturbations des chaines d’approvisionnement.
Pour le secteur non agricole, une croissance de 2,9% semble peu probable. La consommation des ménages accusera le coup à cause de revenus moins importants dans le monde rural et en provenance de l’étranger (transferts des MRE), mais aussi à cause de la panique et des mesures de précaution liées au Coronavirus.
Quant à l’offre, elle subira une forte baisse pour plusieurs secteurs d’activité qui ont du mal à s’approvisionner ou qui se réorganisent pour limiter les risques de propagation du virus.
Ceci sans parler des secteurs directement touchés par les mesures de précaution décidées par les autorités, comme le tourisme et le transport.
De son côté, l’inflation pourrait bien subir le double effet de la hausse des prix de certains produits qui connaissent une forte demande en cette période de panique, et de la baisse des prix d’autres produits à cause de la baisse de la demande ou des cours internationaux.
Pour les exportations, parler d’accélération en 2020 n’est plus d’actualité. L’industrie automobile, premier secteur exportateur, subira de plein fouet l’arrêt de la production décidé par Renault Maroc. Le textile, qui fait face à un ralentissement de la demande en Europe et à des problèmes d’approvisionnement en matières premières, n’est pas mieux loti. L’export agricole sera également impacté comme précisé plus haut.
Ainsi, et malgré la baisse de la facture énergétique suite à l’effondrement des cours pétroliers, qui pourrait compenser la baisse des exportations, le déficit du compte courant risque d’augmenter, sachant que l’activité touristique est à l’arrêt, que les transferts des MRE risquent de chuter et que les IDE pourraient être suspendus dans la conjoncture actuelle.
Le risque de baisse des réserves en devises est donc important, ce qui peut impacter la valeur du dirham dont la bande de fluctuation vient d’être élargie.
Quant au crédit bancaire, il serait difficile d’imaginer des entreprises lancer des investissements dans le contexte actuel. Même le programme intégré d’appui et de financement des entreprises pourrait connaitre un coup de frein momentané à cause d’une baisse attendue de la demande. Toutefois, les lignes de trésorerie pourraient être renforcées pour permettre aux entreprises de faire face à leurs charges, notamment salariales.
En tous les cas, si ces prévisions semblent trop optimistes, elles seront actualisées avant juin, le conseil de BAM ayant décidé de se réunir plus tôt que d’habitude pour réévaluer la situation.
Mais ce qui est sûr, c’est que les indicateurs et les tendances actuelles montrent que l’économie a besoin de bien plus qu’une baisse du taux directeur ou d’un moratoire sur les cotisation sociales et crédits bancaires…
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